Éric Salobir, Conseil national du numérique : « L’IA doit être au service d’un projet de société avec l’humain au centre »


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Le Conseil national du numérique a fait escale à Toulouse pendant deux jours la semaine dernière. Certains de ses membres ont rencontré les chercheurs en intelligence artificielle et robotique d’Aniti et du Laas-CNRS. Le prêtre Éric Salobir, membre de ce conseil et qui préside la Human Technology Foundation, qui travaille sur l’impact des technologies sur l’humain et la société, nous explique la démarche actuelle suivie par l’organisation étatique.

Éric Salobir, pourquoi le Conseil national du numérique [1] s’est-il rendu à Toulouse la semaine passée ?
Nous avons entrepris, depuis plusieurs mois, de faire la tournée des territoires pour faire le point sur les activités de recherches en France en matière d’intelligence artificielle (IA). À Toulouse, il y a l’un des trois pôles français dédié à l’IA. Nous avons mené des auditions au sein d’Aniti [2] et du Laas-CNRS [3]

En ce moment, nous nous intéressons tout particulièrement aux interactions humain-machine dans le monde du travail. Au sein du laboratoire du Laas, nous avons voulu voir comment étaient programmés les robots destinés à interagir dans des environnements ouverts avec d’autres collaborateurs.

La robotique peut être source de troubles dans le monde du travail ?
La robotique peut créer mal-être et frictions. Par exemple, un robot qui évite aux salariés de faire un certain nombre de déplacements, cela parait positif. Mais on peut se rendre compte que c’était pour eux un moment de discussion avec des collègues, et de pause entre deux activités. On ne peut pas mettre l’homme en situation d’efficacité maximum huit heures par jour. Le cerveau ne fonctionne pas ainsi. Dans le monde du travail, il y a la tentation de privilégier la machine au dépend de l’homme, imprévisible et soumis à des contingences humaines (aller au toilettes, se reposer, etc.).

Quelle vision défend le Conseil national du numérique par rapport à la place de la machine ?
Nous voulons privilégier des schémas dans lesquels le robot va donner du pouvoir au collaborateur humain plutôt que d’autres modes de fonctionnement, qui sont ceux, par exemple, de certaines grandes plateformes américaines, dans lesquelles c’est plutôt l’homme qui est un appendice de la machine.
Tous nos travaux, au sein du Conseil national du numérique, sont guidés par une certaine vision de la technologie qui doit être au service d’un projet de société avec l’humain au centre. L’homme ne doit pas être vu seulement comme une source de profit, notamment à travers l’utilisation de ces données

À quoi va servir vos échanges à Toulouse ? Que retenez-vous de votre visite ?
Ces rencontres vont enrichir nos recommandations, les rapports que nous écrivons, ainsi que les échanges avec les membres des différentes administrations pour mettre en place de nouvelles politiques publiques.
Une vraie interdisciplinarité commence à naître dans la métropole toulousaine, malgré les difficultés dans le monde de la recherche à impulser des dynamiques de recherche croisées. Dans la région, l’aéronautique est également une bonne base pour le développement de la robotique, car avoir à réfléchir sur un environnement aussi complexe qu’une chaîne d’assemblage d’avion permet de développer des outils et des protocoles puissants.
Globalement, les choses avancent mais il est encore difficile pour certains chercheurs, éloignés de la phase d’utilisation, de se sentir concernés par les conséquences éthiques de la robotique et de l’IA. Le robot doit apprendre à prédire l’humain pour bien interagir avec lui, que son comportement soit socialement acceptable. Mais il faut aussi que l’humain apprenne à connaitre le robot et n’attende pas tout de lui.

De prochains rendez-vous à travers la France ?
Oui. Notre démarche va se prolonger et s’amplifier à partir de cet été. Nous allons organiser des rencontres à travers la France qui vont aller au-delà des experts. Nous voulons entendre les citoyens, la jeunesse tout particulièrement, sur ces questions. Nous allons revenir en Occitanie notamment. Il faut aller plus loin que notre milieu parisien et institutionnel.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : Les membres du Conseil national du numérique en audition au sein d’Aniti. Crédit : Conseil national du numérique.

Notes

[1] Seize membres nommés par le Premier ministre et quatre parlementaires.

[2] Artificial and natural intelligence Toulouse institute.

[3] Laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes.

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