Bertrand Monthubert prend la présidence du Conseil National de l’Information Géographique

Mathématicien de formation, Bertrand Monthubert a fait de la politique de gestion de données géolocalisées une de ses spécialités. Ancien directeur de l’Université Paul Sabatier, il préside aujourd’hui les associations OpenIG, dédiée aux services relatifs à l’information géographique, et Occitanie Data (prochainement renommée Ekitia), qui vise à préfigurer un pôle de la donnée en Occitanie et accélérer la transformation numérique autour du Big Data et de l’IA. Il quittera ses fonctions de conseiller régional délégué à l’Enseignement supérieur et à la Recherche aux prochaines élections pour occuper la présidence du CNIG.

Bertrand Monthubert, Quelle est la mission du Conseil National de l’Information Géographique ?

La mission du CNIG est d’éclairer le gouvernement dans le domaine de l’information géographique, notamment en assurant la coordination des contributions des différents acteurs, aussi bien nationaux que territoriaux, par exemple les plateformes de mutualisation de l’information géographique qui existent dans chaque région. En région Occitanie, il s’agit de la plateforme OPenIG, dont je suis président. C’est à ce titre que j’ai été sollicité pour prendre la présidence du CNIG. Nous avons pu constater ces dernières années que l’arrivée d’acteurs comme Google, Waze ou encore Open Street Map, a bouleversé le modèle traditionnel ainsi que le périmètre du domaine de l’information géographique, qui était jusque-là assez balisé. Nous avons dès lors repris conscience que lorsque l’on parle d’information géographique, on parle de données très stratégiques. Il peut s’agir par exemple de données permettant de répondre aux questions liées à l’adressage, qui seront à la fois nécessaires à la planification du déploiement de la fibre ou encore à l’optimisation des services de secours, très consommateurs de ce genre de données. L’objectif du CNIG tel qu’il m’a été fixé et tel que je le conçois, c’est de passer d’une mission assez technique à l’identification des questions les plus stratégiques sur le rôle, non seulement de l’information géographique, mais plus largement de la donnée ayant une composante géolocalisée.  

Quelles sont les premières actions que vous allez mener ?

Ce qui est intéressant dans ce conseil, c’est qu’il regroupe des personnes variées, aussi bien des représentants de l’État, notamment neuf ministères concernés par l’information géographique, mais aussi des représentants d’associations de collectivités territoriales qui sont à la fois productrices et utilisatrices de données géographiques, des entreprises, ainsi qu’Afigeo, l’association française pour l’information géographique. Ma première action va évidemment de contacter tous ces différents acteurs du conseil plénier qui, pour des raisons très variées, a été en sommeil depuis plusieurs années. Il va donc s’agir de le faire redémarrer, et pour cela nous allons devoir analyser leurs besoins et leurs attentes vis-à-vis d’un tel conseil afin qu’il puisse jouer pleinement son rôle dans une élaboration de décisions stratégiques, et pas seulement de décisions techniques. Ces dernières sont évidemment nécessaires, mais elles sont souvent difficilement appréhendables et ont tendance à trop isoler l’information géographique, alors que je pense qu’au contraire, elle est au cœur des politiques publiques. Que ce soit en termes de mobilité, d’environnement, de déploiement d’infrastructures, nous dépendons totalement de l’information géographique. Aussi, nous évoquerons la question du périmètre de notre sujet. Aujourd’hui, la donnée est très souvent localisée, et pour autant il y a beaucoup de ces données qui n’apparaissent pas comme des composantes géographiques au sens traditionnel du terme. Je crois qu’il faut élargir le périmètre, mais pour cela je souhaite en discuter avant avec les acteurs.

Quels premiers objectifs vous êtes-vous fixés en tant que président du CNIG ?

Le premier objectif est de redonner vie au CNIG, c’est fondamental. Le deuxième objectif sera de définir ensemble une feuille de route. Nous avons commencé à y travailler. Je ferai des propositions bien entendu, mais je souhaite que nous les affinions ensemble et que l’on décide à la fois des objectifs en commun et du programme de travail pour y arriver.

Quelles ont été les motivations qui vous ont conduit à accepter d’occuper la présidence du CNIG ?

La première motivation pour accepter la présidence du CNIG est venue des échanges que j’ai pu avoir avec ceux qui me l’ont proposée. Il y a un vrai souhait de travailler cette bonne articulation entre le niveau national et le niveau territorial, et cette articulation peut se faire sous deux formes complémentaires. La première forme consiste à analyser ce qu’il se passe au niveau international et en subsidiarité au niveau territorial, chacun agissant à son niveau. La deuxième forme, à laquelle je crois beaucoup, est de s’appuyer sur la capacité d’innovation des territoires pour porter des projets qui vont servir, non seulement le territoire, mais bien au-delà encore. Cela est une évolution dans la relation avec l’État que je souhaite porter, et ma nomination comme président du CNIG en est, je pense, le symbole. Le fait de choisir un représentant d’une organisation territoriale, c’est un vrai choix politique marquant. De plus, il y a aujourd’hui un travail très important à faire concernant la question de la gouvernance des données, sur laquelle je travaille dans le cadre du partenariat mondial sur l’intelligence artificielle (PMIA). La façon dont se structure cette gouvernance des données est en cours de définition, et je pense que le CNIG va pouvoir jouer un rôle dans l’écriture de cette définition. C’est aussi une de mes motivations.

Propos recueillis par Clément Seilhan

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