Toulouse. Delair et l’Isae-Supaero vont développer un drone à hydrogène transatlantique


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ToulÉco

Delair et l’Isae-Supaero vont concevoir un drone à hydrogène liquide qui pose les jalons de l’aviation bas-carbone de demain. Il effectuera fin 2023 son premier vol sur la route aérienne légendaire des pionniers de l’Aéropostale, inaugurée par Jean Mermoz, entre le Sénégal et le Brésil.

Les drones d’aujourd’hui sont les avions de demain augurent bon nombre d’experts aéronautiques. Quoi de mieux, en effet, que de tester des ruptures technologiques sur des vols sans pilote ni passager avant de les transposer aux avions de ligne. Or, aujourd’hui, c’est la propulsion à hydrogène (H2) qui concentre les efforts d’une filière visant la mise en service d’un avion zéro émission en 2035. Une technologie que le fabricant toulousain de drones professionnels Delair et l’école d’ingénieurs Isae-Supaero vont développer en avant-première, dans le cadre d’un projet baptisé « Défi Mermoz ».

Ce programme comprend la conception et la fabrication d’un drone à hydrogène liquide, transformé en électricité grâce à une pile à combustible. Ne rejetant que de l’eau, donc a priori non polluant, le drone sera capable de traverser l’Atlantique. Un premier vol est prévu fin 2023 sur la ligne commerciale de l’Aéropostale ouverte en mai 1930 par Jean Mermoz, reliant le Sénégal à Natal au Brésil. « Ce sera une première mondiale. Nous visons une commercialisation de ce drone à horizon 2024, après l’obtention de l’attestation de navigabilité par l’EASA (Agence européenne de la sécurité aérienne) », rapporte Bastien Mancini, COO de Delair (Voir encadré).

Sous les radars des industriels aéronautiques

Silencieux, discret, d’une grande autonomie de 3500 km pour trente heures de vol (bien supérieure aux drones conventionnels à batterie électrique), le drone pourra répondre à des missions d’inspection d’ouvrages vastes et isolés, de surveillance des frontières ou de zones maritimes. Le programme devrait représenter un investissement de 7 millions d’euros, financés par Delair et des fonds publics et régionaux. Le Corac (Conseil pour la recherche aéronautique civile), doté de 1,5 milliard d’euros sur trois ans par l’État et l’Europe pour soutenir le développement d’un avion bas carbone, n’a pour l’heure pas annoncé son soutien au « Défi Mermoz ». Pour autant, le projet de ce drone 100% électrique, en particulier la question du stockage d’hydrogène liquide, intéresse de près les grands acteurs de l’aéronautique, Airbus, Thales ou Safran, engagés dans la décarbonation de l’aviation.

Preuve de concept par l’Isae-Supaero

Les premières briques technologiques du drone seront posées au cours de l’année 2021 par les équipes de recherche de l’Isae-Supaero. Pour cette preuve de concept, l’école a conclu un partenariat avec le fabricant singapourien de piles à combustible, H3 Dynamics, qui étudie une implantation à Toulouse, et le coréen Hylium Industries, fournisseur des réservoirs. Cette première phase exploratoire bénéficie d’un budget de 160.000 euros en provenance du Feder et de la Région. « Ce n’est que dans un deuxième temps, à la fin de 2021, que Delair prendra la suite de ce projet », explique Jean-Marc Moschetta, professeur d’aérodynamique et responsable du projet au sein de l’Isae-Supaero. Ce premier démonstrateur, de près de 15 kg pour une envergure de 3,60 m, validera la capacité transatlantique de l’aéronef sans pilote à hydrogène liquide avant le démarrage du « Défi Mermoz » avec Delair.


Isabelle Meijers, Touléco

Sur les photos :
En haut : Le démonstrateur du drone devrait valider sa capacité transatlantique dès fin 2021 . Crédit : H3 Dynamics.

En bas : Jean-Marc Moschetta, responsable du projet au sein de l’Isae-Supaero, pilotera une équipe de six à huit étudiants chercheurs. Crédit : Isae-Supaero.

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