Julien Miqueu d’InnoSide: “Shopignon est une forme de contre-pouvoir au coronavirus”

Julien Miqueu d’InnoSide: “Shopignon est une forme de contre-pouvoir au coronavirus”

 

 
Depuis le 17 mars dernier, les commerces dits “non essentiels” voient les rideaux de leur boutique fermés, entraînant une perte de chiffre d’affaires pour les commerçants qui manquent de solutions adaptées pour écouler leurs stocks.
C’est dans ce contexte qu’InnoSide, start-up toulousaine spécialisée dans la prédiction des mouvements de foules appliquées au marketing comportemental, a lancé sa plateforme gratuite de réalité virtuelle, Shopignon, qui pourrait être la solution pour de nombreux commerçants en détresse. Cette plateforme vous permet d’entrer virtuellement dans une boutique à l’aide d’une photo prise en 360°, et de faire votre shopping comme si vous y étiez. Entretien avec Adrien Leuci et Julien Miqueu d’InnoSide.

Un nouveau pas pour l’inclusion numérique

«À chaque fois que j’utilise un site d’e-commerce, il y a tout en ligne, c’est sympa. Sauf que les commerçants autour de chez moi n’y touchent pas», constate Julien Miqueu, président d’InnoSide, à propos de l’utilisation des sites de e-commerce par les commerçants de son quartier. «Parfois il s’agit d’une simple allergie à la technologie, mais il y a aussi des commerçants découragés à l’idée de devoir s’engager dans ce processus fastidieux du référencement de tous les articles de la boutique, pour étoffer un site internet qu’ils n’estiment pas à leur image, et à travers lequel il ont le sentiment de perdre le contrôle de leur merchandising, de leurs stocks et de leur contact client», ajoute-t-il. C’est suite à cette réflexion qu’InnoSide a décidé de s’interroger sur l’adaptabilité et l’accessibilité du site e-commerce classique.

L’idée de Shopignon a été de penser le problème à l’envers: c’est à la technologie de se plier aux conditions du commerçant. «Grâce au savoir-faire d’Innoside, Shopignon est une proposition de valeur qui humanise et dissipe la froideur de la technologie en la rendant la plus invisible possible. Cette solution de boutique « phygitale » (néologisme de physique et digitale) permet aux commerçants d’inviter leur client “chez eux”, et de maintenir ce contact humain et chaleureux, qui fait leur métier et qu’ils ne retrouvent pas dans les sites e-commerce aux designs trop froids et épurés pour certains». Shopignon leur donne ainsi accès à la technologie tout en réduisant l’automatisation qu’elle implique, afin de les laisser maîtres de leurs activités.

Une plateforme qui ne fera pas l’unanimité

En ce qui concerne les utilisateurs, Shopignon ne va pas forcément chercher à atteindre l’utilisateur habituel, mais aussi ceux qui n’utilisent pas, ou peu les smartphones. «Ce système de photo à 360° offre une dimension plus tangible, plus instinctive et donc plus accessible pour les moins initiés à la technologie, tout en permettant d’attiser la curiosité à découvrir l’intérieur des boutiques (la décoration, la photo du commerçant, les produits en tête de gondole, le rayonnage, etc.)» explique Julien Miqueu.

Cependant, les deux entrepreneurs ont conscience que la plateforme ne fera pas l’unanimité. «Même si Shopignon permet une nouvelle visibilité et offre des perspectives de conquête de nouveaux adeptes, nous savons très bien que cette plateforme ne conviendra pas à tout le monde. L’utilisateur lambda a une attente particulière liée à l’attitude normalisée des grands groupes, et certains abandonneront immédiatement, car Shopignon sera différent des standards auxquels ils sont habitués», ajoute Adrien Leuci.

Au-delà du confinement

Officiellement lancée en mars 2020, Shopignon était en bêta-test depuis janvier dernier et comptait de premiers retours très positifs. «Avec la situation de confinement actuelle, nous avons ressenti cette envie commune de se recentrer sur les valeurs humaines et ce besoin pressant des commerçants de lâcher prise et de s’ouvrir à l’expérimentation. C’est à ce moment que l’on s’est dit: on y va. C’est pourquoi nous nous sommes empressés de finaliser la plateforme pour la rendre disponible le plus rapidement possible», explique Julien Miqueu.

Si les commerces présents sur Shopignon ne sont situés qu’à Toulouse, les deux entrepreneurs ne comptent pas s’imposer de frontières pour autant. «Nous sommes actuellement limités à Toulouse pour des mesures sanitaires. Mais si un commerçant de Strasbourg nous dit qu’il veut ouvrir sa boutique, nous le ferons. Nous avons d’ailleurs reçu une demande provenant de Tokyo, d’un commerçant intéressé par la plateforme. Chez Shopignon, nous n’avons pas de “plans” pour être scalable, nous ne nous posons délibérément pas les questions “et si ça marche? si on a une masse critique?” à l’avance».
Pour l’instant, la plateforme compte quatre commerçants pour une centaine d’utilisateurs, mais le président d’InnoSide espère voir la plateforme «se propager comme un contre-pouvoir au coronavirus».

 

Propos recueillis par Clément Seilhan

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