Samantha Jerusalmy, Elaia Partners : « Il n’y a plus assez de bons projets numériques par rapport aux capacités d’investissement ! »

samantha-jerusalmy-elaia-partners-il-ny-a-plus-assez-de-bons-projets-numeriques-par-rapport-aux-capacites-dinvestissement

Présente à Toulouse ce 15 mars 2018 à l’occasion de l’étape de France Digitale dans la Ville Rose, la « capital-risqueuse » Samantha Jerusalmy explique dans cet entretien exclusif que le nombre des projets de startups « de grande qualité » est désormais inférieur aux capacités d’investissement.

Notamment diplômée de l’EDHEC, de la Schulich Business School de Toronto et de l’Université de Chicago, Samantha Jerusalmy est l’une des dirigeantes du fonds de Venture Capital Elaia Partners (dont elle est associée depuis 2014). Ce fonds dédié au numérique est l’un des plus importants en France. Il a investi 250 M€ dans une cinquantaine d’entreprises, dont Criteo, Scoop.it ! (son fondateur toulousain, Marc Rougier, a d’ailleurs rejoint Elaia Partners en 2016), Sigfox ou Teads. Samantha Jerusalmy est membre du board de Fretlink, Zenchef, Carnet de Mode, CookAngels, Scoop.it!, Edoki Academy et Ykone. Elle a également intégré le bureau de France Digitale. Samantha Jerusalmy a répondu aux questions de MID e-news lors de sa visite à Toulouse, le 15 mars 2018,  au cours de laquelle elle s’est entretenue avec plus de 10 startups locales. 

  • Vous êtes trentenaire, femme engagée dans la parité femmes-hommes chez les « venture capitalists » et vous vous déplacez en province : ne vous sentez-vous pas « décalée » par rapport aux investisseurs traditionnels et pensez-vous représenter la nouvelle génération des « venture capitalists » ?

Samantha Jerusalmy : Je ne pense pas qu’il faille parler de « nouvelle génération » en ce qui me concerne, car je travaille dans les métiers du venture capital depuis plus de 10 ans. Ce qui est vrai, c’est que je souhaite – je ne suis pas la seule – que les investissements soient mieux répartis en France et que la profession se renouvelle davantage. Aujourd’hui, plus de 70% des fonds levés en France le sont dans la région parisienne. Par ailleurs, on sait que la profession de « venture capitalist »* est en très grande majorité composée d’hommes (4% de femmes seulement), vivant en Ile-de-France et âgés de 50 ans en moyenne.

  • Est-il vrai que les startups françaises sont de plus en plus appréciées par les « venture capitalists » étrangers ?

Samantha Jerusalmy : Oui c’est vrai, mais c’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. C’est une mauvaise nouvelle dans la mesure où les venture capitalists étasuniens sont désormais omniprésents lors des secondes levées de fonds, c’est-à-dire les « séries B » initiées par les startups françaises les plus prometteuses. C’est également une mauvaise nouvelle si l’on veut bien reconnaître qu’il y a « de plus en plus d’argent sur la table », mais que si le nombre de projets croît fortement dans l’Hexagone, le nombre de startups pérennes ne progresse pas. De ce point de vue, il y a plus d’argent à investir qu’il n’y a de projets exaltants ! A l’inverse, c’est une bonne nouvelle en ce qui concerne l’attractivité de l’écosystème des startups françaises et la reconnaissance des talents des entrepreneurs, des techniciens et des projets lancés en France.

  • Le modèle économique du capital risque en France n’est-il pas à bout de souffle, notamment parce que la part de « prise de risque » est faible ?

Samantha Jerusalmy : Les investisseurs avec lesquels nous travaillons demandent 120% de leur mise de départ, alors que la moyenne française était plutôt de 104% ou 105% sur l’ensemble des secteurs d’activité. Forcément, cela demande de faire évoluer les modèles économiques. Cela concerne les fonds de capital risque, qui doivent logiquement être de plus en plus performants, mais cela impacte également les startups, qui doivent veiller à ce que leur valorisation ne diminue pas, comme c’est le cas en ce moment. En France, la valorisation moyenne d’une startup n’est plus que de 3 M€, ce qui est peu. Au final, la réponse est : oui ! les modèles économiques des fonds de venture capital changent et les nouveautés arrivent principalement d’Amérique du Nord.

Propos recueillis par Pascal Boiron, MID e-news

* venture capitalist : capital-risqueur en français (environ 200 fonds en France).

Partager cet article:

Laisser un commentaire