Nicolas Brien, France Digitale : « Seulement 0,2% de l’assurance-vie pour l’innovation ! »

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Nicolas Brien est le Directeur Général de France Digitale, association dédiée au développement des startups françaises. France Digitale a fait étape à Toulouse ce 15 mars 2018*. Entretien.

Nicolas Brien : Oui, en partie, mais il reste selon nous encore de nombreuses mesures à prendre et la liste va s’allonger car nous préparons une deuxième version du Manifeste des startups. Avant d’en parler davantage, il est important de rappeler le contexte qui a amené France Digitale à rédiger la première version en mars 2017. La campagne présidentielle était lancée et nous achevions notre « tour de France », durant lequel nous avons rencontré plus de 1 000 jeunes entreprises innovantes. Nous étions nombreux à nous demander quand il allait être question des startups au cours de cette campagne présidentielle. Comme le sujet n’était pas abordé, nous avons souhaité réunir les propositions que nous avions entendues, sous la forme d’un « manifeste » qui proposait 16 axes de réflexion. En l’occurrence, le seul candidat présent lors de l’événement « Hacking 2017 », c’était Emmanuel Macron, qui a dit qu’il allait intégrer les 16 axes de propositions de notre manifeste à son programme. Depuis, nous avons le sentiment qu’un certain nombre de nos propositions ont été prises en compte, notamment au niveau de l’enseignement ou de l’entreprenariat, mais il essentiel d’aller plus loin ! D’autant plus que nous allons insister sur certaines propositions et en formuler de nouvelles dans le manifeste 2.0.

  • Quels sont les points les plus marquants du nouveau manifeste ?

Nicolas Brien : Tout d’abord, nous gardons à l’esprit que ce manifeste va être publié un an avant les élections européennes de 2019. Concrètement, nous souhaitons que les dirigeants européens favorisent l’émergence de « licornes » européennes, c’est-à-dire d’entreprises qui – selon la définition étasunienne – ont une valorisation boursière supérieure à un milliard de dollars. Selon la plupart des analystes mondiaux, c’est en Europe que se situe le plus grand nombre de licornes « potentielles ». Nous voudrions que cela se concrétise et qu’un plus grand nombre de startups européennes et françaises passent du statut de « TPE » (ndlr : Très Petites Entreprises) à celui d’ETI (ndlr : Entreprise de Taille Intermédiaire, soit celles qui comptent entre 250 et 4 999 salariés selon la législation).

  • Quelles sont vos propositions pour favoriser l’émergence de telles entreprises ?

Nicolas Brien : En France, l’épargne est supérieure à 6 000 milliards €. Il ne serait pas réaliste de demander que la majeure partie de cette épargne soit dédiée aux nouvelles technologies, dont le numérique. Ce n’est pas ce que nous proposons. Nous proposons plutôt que les « niches » fiscales soient progressivement supprimées sous leur forme actuelle pour que les sommes potentiellement investies dans le numérique ne soient plus détournées des startups. Prenons le cas de l’assurance-vie, qui représente à elle seule un quart de l’épargne en France. Quelle part de ces 1 500 milliards d’euros est consacrée aux startups ? 0,2% ! Il ne serait pas raisonnable de demander que cette proportion passe de 0,2% à 100%, mais il paraît justifié que la situation évolue.

Par ailleurs, le modèle du « salarié-actionnaire » devient de plus en plus nécessaire si la France souhaite conserver ses talents !

  • En France, les acteurs du numérique évoquent une « fuite des cerveaux » et un déficit de candidats, phénomène qui serait surtout lié au fait que les talents du numérique sont bien mieux rémunérés à l’étranger, notamment en Amérique du Nord : êtes-vous d’accord sur ce point ?

Nicolas Brien : Non ! Il faut en finir avec ces poncifs sur l’avantage qu’il y aurait à travailler à l’étranger. Oui, les ingénieurs qui travaillent en France sont 2,5 fois moins payés que dans la Silicon Valley, mais les coûts (loyers, nourriture, charges…) sont au moins 2,5 fois plus élevés. La véritable différence, c’est que les Etats-Unis sont un marché unifié, alors qu’une startup européenne doit envisager 28 approches différentes si elle souhaite avoir une envergure au niveau de ce continent. Pour résumer la situation actuelle, j’ai recours à cette formule que je trouve juste : lorsqu’une startup étasunienne doit courir un « 100 mètres », une startup européenne doit courir un 110 mètres haies. Les données de départ ne sont pas les mêmes, mais au final, on voit que de nombreuses entreprises décident de localiser leur R&D en Europe et leur service commercial aux Etats-Unis. A terme, je ne pense pas que cela joue en défaveur de l’Europe !

Propos Recueillis par Pascal Boiron, MID e-news

* Le France Digitale Tour 2018 compte 11 étapes, contre 8 pour l’édition 2017. L’étape toulousaine a eu lieu dans les locaux de La Mêlée (Cantine de la rue d’Aubuisson), ce 15 mars 2018, notamment avec des interventions de Nicolas Brien, Directeur Général de France Digitale, de Bertrand Serp, vice-Président de Toulouse Métropole en charge du numérique, et des rencontres entre les startups locales et des venture capitalists (VC), voir la photo ci-dessous.

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