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Installé dans la Silicon Valley depuis plusieurs années, Loïc Le Meur est aujourd'hui le blogueur français le plus influent et le plus suivi. Créateur de la plateforme Seesmic en 2007, sa start up a dû licencier les deux tiers de son effectif en mars dernier. Il répond en exclusivité aux questions de Midenews, avant son intervention le 26 avril dernier au salon La Mêlée Numérique.
Note de la rédaction : le tutoiement est de rigueur lorsque l'interviewé vit de l'autre côté de l'Atlantique.
- Avant de parler de business, peut-on savoir à quoi ressemble ta journée type ?
Loïc Le Meur : Les échanges numériques occupent logiquement une place importante dans mes activités. Cela comprend la consultation de la presse technologique, comme Techmeme ou Techcrunch, la gestion et la modération de mon blog, l'envoi et la réponse aux courriels, sachant que j'en reçois environ 500 par jour. Ces activités représentent deux à trois heures chaque jour.
Ensuite, il faut savoir que beaucoup d'affaires sont initiées dans la Silicon Valley dans le cadre de rencontres non conventionnelles, pour nous Français en tout cas. Ainsi, ma journée commence systématiquement par un jogging au cours duquel je peux croiser les fondateurs de Google ou d'autres grands noms du numérique. On improvise ensuite régulièrement des déjeuners rapides : je vois par exemple aujourd'hui le créateur de Path et je dinerai avec le fondateur d'Instagram, qui a revendu sa société à Facebook pour un milliard de dollars. Avant cela, si le temps le permet, je quitte le bureau vers 17 heures pour faire du kitesurf, ce qui me permet également de rencontrer des créateurs de start up et des décideurs de l'industrie informatique.
- Cela ne ressemble pas vraiment à une journée de travail en France. Tu n'as pas parlé de réunion ni d'entretiens téléphoniques, notamment...
Loïc Le Meur : Des réunions de deux ou trois heures avec plus de dix personnes, cela ne se fait plus dans la Silicon Valley, y compris dans les grandes entreprises. C'est considéré comme une perte de temps. Quant au téléphone, il est réservé aux conversations avec les proches. Pour le business, tout se passe par e-mail. Une autre différence importante avec la France est la gestion de l'agenda : on ne prend plus de rendez-vous 15 jours à l'avance car la visibilité maximale est à deux ou trois jours. Je sais qu'il peut être mal vu dans l'Hexagone de quitter le bureau à 17 heures pour aller faire du kitesurf, mais ce n'est pas le cas ici : ceux qui travaillent le plus ne sont pas forcément ceux qui quittent leur poste de travail le plus tard.
- Comment se porte Seesmic après les licenciements du mois dernier ?
Loïc Le Meur : Je suis transparent à ce sujet. Nous étions une trentaine et nous ne sommes plus que 12, ce qui n'est évidemment pas agréable mais qui était inévitable. Pour moi, le plus important était que tous ceux qui nous quittaient retrouvent un travail. C'est chose faite et ils ont reçu en moyenne 15 propositions chacun dans les trois semaines qui ont suivi leur licenciement. J'ai par ailleurs publié leurs profils LinkedIn sur mon blog, le 25 mars dernier. Adapter la taille d'une entreprise à ses revenus est une chose naturelle. Concrètement, Seesmic a aujourd'hui renoué avec la croissance et peut de nouveau avoir des projets de développement.
- Tu travailles également sur le projet d'événement Le Web à Londres, en juin prochain : où en êtes-vous ?
Loïc Le Meur : Le thème général de ce rendez-vous sera "faster t han relative", soit aller plus vite que le temps réel.
- N'est-ce pas de la science fiction ?
Loïc Le Meur : Non, c'est un enjeu essentiel pour l'industrie, qui a commencé à utiliser ces technologies pour valider ses choix. C'est vrai pour les voitures, pour les films, pour les boissons, etc. On peut aujourd'hui prédire le succès ou l'échec d'un produit avant sa production, notamment en étudiant la réaction des consommateurs au projet lui-même sur Internet. Et pour chacun de nous, cela va également changer de nombreuses habitudes. Prenons l'exemple de Highlight et de son système de positionnement en temps réel. Cette semaine, un de mes amis m'expliquait qu'on avait voulu lui rendre visite à l'improviste. Quand le visiteur est arrivé devant chez lui, la porte était ouverte...
Un autre exemple d'anticipation est le projet de Google avec ses lunettes connectées : elles reconnaissent la personne, vont chercher les informations sur Internet et vous permettent d'aborder la personne que vous ne connaissez pas en lui demandant : "alors, c'était comment ce week end en Espagne ?". Vu de France, cela peut paraître intrusif, mais cela permet surtout de respecter le temps des autres et de savoir immédiatement si on peut avoir des projets en commun...
- Que dit-on des start up françaises dans la Silicon Valley ?
Loïc Le Meur : On n'en parle pas. Je suis français, je suis né et j'ai grandi à Perpignan, mais il ne faut pas se voiler la face. Le secteur américain des nouvelles technologies ne s'intéresse pas aux start up françaises et ne retient que quelques projets au niveau européen.
Propos recueillis par Pascal Boiron, Midenews
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