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Par Michel Ktitareff, depuis la Silicon Valley, pour Midenews
Même les rois de la high tech s’intéressent au « géoingéniering ». Bill Gates, le fondateur de Microsoft, reclassé dans la philanthropie, a déjà consacré plusieurs millions de dollars à financer des recherches. « David Keith, de l’université de Calgary, et moi-même, avons effectivement expliqué à Bill Gates de quoi il s’agissait et il a mis de l’argent à notre disposition », reconnaît Ken Caldeira, du Department of Global Ecology, à l’université de Stanford. « Il nous a non seulement laissés libres de nos recherches mais a abandonné à l’avance tous droits éventuels sur le résultat de ces recherches ». Selon le porte-parole de Bill Gates, John Pinette, ce dernier considère la géoingénierie comme un moyen de « gagner du temps » par rapport aux efforts consistant à limiter les rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et à celui nécessaire pour arriver aux énergies « propres ». Dans lesquelles il est aussi impliqué financièrement.
Entretien avec David Victor, directeur du programme Energy & Sustainable Development à I’Institute for International Studies, à l’Université de Stanford, également professeur de droit qui siège au Conseil des Relations Internationales, à New-York. Il explique ici pourquoi le geoengéniering est peut-être une solution à long terme pour l’avenir de la planète.
David Victor : « La géoingénierie peut devenir la solution d’urgence dont aura besoin la planète un jour »
- Quand et comment avez-vous été convaincu que les approches de géoingénierie valaient la peine d’être explorées d’un point de vue scientifique ?
David Victor : J’ai toujours été sceptique sur le fait que les gouvernements parviendraient à faire des progrès rapides pour réguler l’émission de gaz à effets de serre. C’est évidemment un problème complexe et sa résolution demandera des décennies de négociations ardues. Si l’on ajoute à cela le fait que l’évolution du climat est encore plus fragile que ce que nous croyions auparavant, il devient évident qu’il faut se préparer pour le cas où il faudrait une solution d’urgence. Il y a trois ans que je m’intéresse à la géoingénierie. Le problème est qu’elle peut fournir ce type de solution, mais qu’elle n’offre pas que des garanties. Il nous faut faire encore beaucoup de recherches et tester toutes les options possibles. En plus, il nous faut construire un cadre pour ces recherches et éventuellement le déploiement des solutions. Je travaille à mettre en place ce cadre.
- Etes-vous optimiste sur les chances de constituer un socle scientifique véritable et solide en matière de géoingénierie ?
David Victor : A mon avis, c’est du « 50-50 ». Il y a beaucoup d’idées intéressantes émises à ce sujet, mais justement on émet davantage d’idées qu’on ne mène de vraies recherches technologiques ou des réflexions sérieuses sur un mode de gouvernance dans ce domaine. Je m’inquiète également du fait qu’il faudra tester un jour ces nouvelles technologies et que, dans bien des pays, l’opinion publique risque de s’y opposer.
- Pensez-vous que l’on pourrait parvenir bientôt à des résultats scientifiques qui permettraient aux dirigeants de la planète et à leurs opinions publiques d’accepter le concept de la géoingénierie ?
David Victor : Je ne crois que nous parviendrons à obtenir les résultats scientifiques qui nous offriraient instantanément le soutien de l’opinion publique. Celle-ci s’inquiètera, à juste titre, des risques que cela pourrait causer à la planète et plus l’on saura ce qu’est la géoingénierie, plus l’on s’apercevra qu’elle n’est pas sans risque. Le problème est que ne rien faire contre le réchauffement climatique est également risqué et il vaudrait donc mieux avoir une solution de secours immédiate si ce risque climatique se matérialise. Dans les deux cas, les risques sont difficiles à appréhender et à mesurer, même si l’on peut craindre que les changements climatiques ne deviennent rapidement incontrôlables. La géoingénierie ne sera jamais la bienvenue, mais elle peut-être tolérée un jour à l’égard de tels risques…
Propos recueillis par Michel Ktitareff, pour Midenews
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