vendredi 25 mai 2012
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Les solutions de la Silicon Valley pour recycler le CO2 PDF Imprimer Envoyer
Dimanche, 09 Mai 2010 16:23

Berceau de l’industrie des TIC, la Californie mobilise aujourd’hui sa puissance financière et ses capacités en R&D pour limiter le rejet dans l’atmosphère de gaz à effet de serre. Plusieurs start-up veulent en faire du ciment, des plaques de plâtre… ou du biocarburant.

 

 

Michel Ktitareff, correspondance de la Silicon Valley pour Midenews

 

Le ciment est la troisième plus importante source d’émission de CO2 (le pire gaz à effet de serre), après la combustion du charbon et celle du gaz naturel. L’activité humaine en produit entre 1 et 2 m3 par habitant et par an, et la tendance n’est pas près de s’inverser, la construction étant partout en expansion dans le monde, notamment en Asie.

Avec 5 % de la totalité des rejets de gaz à effet de serre, rien d’étonnant donc à ce que scientifiques, investisseurs et entrepreneurs cherchent depuis des années à produire un ciment plus favorable à l’environnement. L’actuel, dit ciment de Portland, mis au point il y a près de deux cents ans, est fabriqué en chauffant à très haute température (près de 3 000°C) des silicates de calcium auxquels s’ajoutent divers matériaux (chaux, silice, alumine, fer, etc.). C’est cette opération qui provoque le rejet d’autant de CO2 dans l’atmosphère.
Mais tout pourrait pourtant changer prochainement grâce à une start-up de la Silicon Valley, Calera, dont l’histoire  commence en 2007. A cette époque, un scientifique reconnu, Brent Constantz rencontre  un investisseur vedette de la région, Vinod Koshla, spécialisé dans le financement de projets écologiques (clean tech).
Il lui explique qu’il a trouvé un procédé chimique pour transformer le CO2 en une poussière calcaire. Grâce à sa technique il suffit de mélanger le gaz à l’eau de mer – et quelques éléments secrets – pour obtenir du ciment. Convaincu, Vinod Koshla finance la start-up (50 millions de dollars à ce jour), qui peut alors installer une usine de démonstration à Moss Landing, dans la Baie de Monterey, au sud de San Francisco. Cet emplacement est couplé à un site industriel dont il récupère les émissions de gaz à effet de serre. La proximité d’eau de mer puisée dans la baie permet à la start-up de réaliser sa réaction chimique dont le résultat est un liquide blanchâtre, comme du lait, qu’il ne reste plus qu’à solidifier pour obtenir du ciment. Calera assure avoir une capacité de transformer 30 000 tonnes de CO2 par an.
« La valeur environnementale de cette technologie – qui permet de supprimer des gaz à effet de serre – est potentiellement plus importante que celle des énergies renouvelables qui peuvent, au mieux, être neutres du point de vue des émissions », souligne Vinod Koshla, qui siège au conseil d’administration de Calera et suit de très près ses progrès.

Polémique

Pour autant, cet optimisme n’est pas unanime. D’abord parce le stade de la production de qualité industrielle n’est pas encore atteint. Mais surtout, certains scientifiques doutent tout simplement de la possibilité d’arriver au résultat annoncé. « Rien dans leur communication scientifique ne prouve, à coup sûr, qu’ils ont découvert quelque chose de vraiment nouveau », explique ainsi Ken Caldeira, un spécialiste du climat à la Carnegie Institution of Washington, à l’université de Stanford, en Californie. Ce dernier est même parti en guerre ouverte contre Calera, l’accusant de manipulation. « Ils ont commencé par dire qu’ils étaient capables de faire du ciment uniquement avec de l’eau de mer et des gaz toxiques sans mentionner le fait que la réaction chimique produisait un acide dont il faudrait bien s’occuper. Aujourd’hui ils reconnaissent l’existence de celui-ci, mais ils n’ont toujours pas démontré comment ils s’en débarrassaient sans nuire à l’environnement. Je reste donc sceptique. », insiste-t-il.

De son côté, Calera répond en assurant disposer justement de l’arme secrète… mais sans vouloir la révéler.
S’il est impossible de trancher ce débat d’experts, force est de constater que la start-up bénéficie de soutiens considérables, notamment dans l’industrie de l’énergie. Ainsi au mois dernier, la plus grande entreprise privée de la planète exploitant des mines de charbon, Peabody Energy (10 % de la production d’électricité américaine), a investi 15 millions de dollars dans Calera.

Quand le gaz carbonique devient un carburant

Décidément objet de toutes les attentions, le CO2 intéresse également les fabricants de… carburant. Au lieu de le piéger dans du ciment, Carbon Sciences assure avoir trouvé un procédé chimique pour extraire les atomes de carbone du CO2, afin de les utiliser pour fabriquer des carburants. Si le procédé existait déjà, l’originalité de la solution de cette start-up californienne est de parvenir à le faire en réduisant considérablement la consommation d’énergie nécessaire pour y parvenir. Rendant le processus à la fois plus économique et plus favorable à l’environnement. Selon Carbon Sciences, son procédé est déjà moins coûteux que les techniques aujourd’hui explorées pour enfouir le dyoxide de carbone sous la surface de la terre. Et la start-up d’imaginer déjà l’installation de mini-usines de production de carburant, placées directement à la sortie des gros émetteurs de CO2. Trop beau pour être vrai ?

Michel Ktitareff

 


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