vendredi 25 mai 2012
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L’ambition de la Silicon Valley : devenir la «Solar Valley» des Etats-Unis ( 2/2 ) PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 23 Mars 2010 08:15

M KtitareffSûre de l’efficacité de son modèle valorisant l’innovation technologique, la Silicon Valley mise aujourd’hui sur l’énergie solaire, comme principal vecteur de sa conversion aux technologies du développement durable. Les grandes firmes de capital-risque qui financent ces nouvelles start-up placent à leur tête des managers expérimentés, aptes à conquérir les marchés mondiaux. Les « clean tech » vont-elles prendre le pas là-bas sur les TIC ? Second volet de l’enquête de notre correspondant dans la Silicon Valley, Michel Ktitareff.

 

 

Concurrence déloyale chinoise ?

Ce genre de soutien public montre bien que l’innovation technologique n’est pas tout pour assurer l’avènement de la Solar Valley. Et de fait, ces entreprises, contrairement aux start-up Internet du milieu des années 90, ne sont pas lancées dans un garage, par deux étudiants à peine sortis de Stanford.

La plupart des firmes solaires de la région sont au contraire de véritables entreprises industrielles, qui gagneront leur compétitivité non seulement grâce à leur technologie avancée mais aussi par leur capacité à produire à grande échelle et à bas coût. Il faut donc des entrepreneurs expérimentés à leur tête, capables d’assurer sur le long terme le bon déroulement d’un projet industriel, de trouver son chemin dans les allées du pouvoir politique et …de tenir tête aux grands industriels asiatiques qui sont en train d’éclore de l’autre côté du Pacifique.

« Il ne faut pas s’y tromper, nos véritables rivaux à long terme sont les Chinois », confirme Kamel Ounadjela, co-fondateur de Calisolar. Cette start-up solaire de la Silicon Valley a bénéficié, à son lancement, d’une période favorable aux investissements du capital-risque, ce qui lui a permis de développer sa technologie et de conquérir des marchés en Europe et en Asie.

Récemment, elle a obtenu plus de 50 millions de dollars de crédit d’impôt de la part du gouvernement fédéral, dans le cadre du plan de stimulation économique lancé par l’administration Obama il y a un an. Ce financement servira à agrandir les capacités de production de Calisolar en Californie, tout en créant des emplois de haut niveau  – les objectifs principaux de ce plan de relance.
Si cette disposition souligne à quel point l’Amérique soutient ses firmes technologiques, en particulier les joyaux de la Silicon Valley, leurs dirigeants n’en sont pas moins inquiets. « Le gouvernement chinois est capable de financer à 100 % le coût d’une usine de panneaux solaires et ce coût n’entre donc pas dans les comptes des entreprises lorsqu’elles doivent amortir de tels investissements. Nous si », résume Kamel Ounadjela, qui estime à 20% l’impact sur le coût de revient total de cet avantage compétitif indu.

Ses collègues de l’énergie solaire californienne font le même constat et considèrent que seule l’innovation leur permettra de baisser encore les coûts de production et donc de rester compétitifs par rapport à la formidable filière solaire chinoise qui se met en place.

« L’Etat chinois est en effet prêt à financer toutes les infrastructures de ses industriels pour leur faire gagner la nouvelle Révolution Industrielle Verte qui s’engage », confirmait récemment, à San Francisco, dans le cadre d’une conférence sur le Développement Durable, Ken Dewoskin, de Deloitte China, installé sur place depuis de nombreuses années.

 

Kamel Ounadjela (Calisolar) : un Français dans le solaire californien

Depuis 5 ans, le parcours professionnel de Kamel Ounadjela se confond avec celui de Calisolar. Cet ancien chercheur du CNRS – qui a quitté son laboratoire car il voulait « passer de la théorie à la pratique » - dirigeait en 2005 une nouvelle unité de production chez Cypress Semiconductor, après être passé dans les laboratoires d’IBM, au sud de la Silicon Valley.

Il est alors approché par un autre scientifique, d’origine allemande, Fritz Kirscht, qui lui présente une idée pour concevoir des panneaux solaires à partir d’un silicium de moindre qualité. Bénéfice du projet : diminuer les coûts de revient en offrant un rapport performances/prix au moins égal à celui des technologies utilisant un silicium de meilleure qualité et donc plus cher.
Spécialiste de l’industrialisation et de la gestion des coûts, Kamel Ounadjela  n’hésite pas à se lancer dans l’aventure d’une start-up solaire - à une époque où une telle initiative relevait réellement de la prise de risques.

Cinq ans plus tard, Calisolar a levé plus de 100 millions de dollars, emploie plus de 200 personnes et compte des clients aussi bien en Europe qu’en Asie, en plus de son marché domestique. Si, grâce également au soutien du gouvernement américain, l’entreprise va pouvoir continuer à élargir ses capacités de production, rien n’est encore gagné définitivement. « On continue d’inventer tous les jours pour rendre le prix de l’énergie solaire plus compétitif », assure Kamel Ounadjela, plus que jamais « cost killer » de la start-up.

D’ailleurs, celle-ci vient de racheter une entreprise canadienne, 6N Silicon, spécialisée dans les techniques de purification de silicone de moindre qualité. En incorporant ainsi un de ses fournisseurs, Calisolar cherche à optimiser encore les coûts d’industrialisation de son process pour lutter contre la concurrence chinoise qui se concrétise chaque jour davantage. L’objectif de la start-up est de devenir un vrai industriel disposant de capacités de production un peu partout dans le monde.

Un parcours qui mènerait tout droit Calisolar vers la Bourse ou …dans l’escarcelle d’un très grand groupe multinational. Dans les deux cas, le rêve de Kamel Ounadjela, le même que celui de tout entrepreneur de la Silicon Valley, serait exaucé.

 

Solaire californien : des ballons et des satellites

En construisant sa nouvelle industrie solaire, la Californie ne mise pas seulement sur le solaire thermique ou les cellules photovoltaïques. D’ici deux ans, elle pourrait voir ses déserts fleurir de fermes solaires non seulement couvertes de panneaux mais aussi de …ballons.

Cool Earth Solar (CES), au nord de San Francisco, a en effet développé une technologie qui consiste à gonfler d’air une enveloppe recouverte d’une fine pellicule qui permet de concentrer la chaleur. A l’intérieur, une cellule photovoltaïque qui la récupère et la transforme en électricité. CES assure que pour une quantité d’électricité donnée, son procédé – breveté – a besoin de 300 à 400 fois moins de surface photovoltaïque qu’un panneau traditionnel.

Une technologie, a priori économique, à très fort potentiel : selon elle, un carré de 225 kilomètres de côté suffirait à couvrir l’ensemble des besoins en électricité des Etats-Unis.
Autre technologie surprenante, celle de Solaren, près de Los Angeles. Dirigée par des anciens de l’armée américaine et de la NASA, la start-up a conçu des panneaux solaires qui se déploient …dans le ciel. De véritables satellites dotés de panneaux de centaines de mètres de long, placés en orbite géostationnaire (plus de 100 kilomètres d’altitude). Ces panneaux recueillent les rayons du soleil et les transforment en micro-ondes à très haute fréquence. Ce puissant rayon est dirigé vers un petit coin de Californie, sur une gigantesque parabole qui retransforme ces ondes en électricité, placée alors à la disposition du réseau.

La technologie, mise au point par l’US Army et la NASA, est semble-t-il prouvée et le modèle économique de Solaren suffisamment convainquant pour avoir déjà séduit l’énergéticien californien Pacific Gas & Electric. Ce dernier vient de s’engager à lui acheter 1,700 GW/heure par an à partir de 2016, ce qui équivaut à la taille d’une centrale capable d’alimenter quelques centaines de maisons américaines. Un simple début pour Solaren qui estime, elle aussi, que sa technologie est rentable.

Mais a-t-elle inclus dans ses prévisions le coût de la maintenance ?

 

Michel Ktitareff, Correspondant Innovation des Echos dans la Silicon Valley, Organisateur de voyages d'études Développement Durable en Californie

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