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Sûre de l’efficacité de son modèle valorisant l’innovation technologique, la Silicon Valley mise aujourd’hui sur l’énergie solaire, comme principal vecteur de sa conversion aux technologies du développement durable. Les grandes firmes de capital-risque qui financent ces nouvelles start-up placent à leur tête des managers expérimentés, aptes à conquérir les marchés mondiaux. Les « clean tech » vont-elles prendre le pas là-bas sur les TIC ? Premier volet* de l’enquête de notre correspondant dans la Silicon Valley, Michel Ktitareff.
Si quelqu’un est convaincu qu’un jour la Silicon Valley va changer de nom, c’est bien John Doerr. Cela fait déjà plusieurs années que ce célèbre financier local le répète et …agit en conséquence. Presque tous les investissements qu’il réalise depuis 4 ans au nom de sa firme de capital-risque, Kleiner Perkins Caufield & Byer, le sont au profit de firmes « clean tech », en particulier dans les énergies renouvelables. Pour le moins, ses capacités de visionnaire sont difficilement contestables : c’est lui qui a découvert, et financé en premier, Netscape, Amazon ou Google. Il consacre désormais ses investissements à des start-up solaires comme Ausra (qui vient d’être racheté par Areva) ou Miasolé, considérée comme l’une des plus prometteuses de la Silicon Valley dans son secteur.
Des TIC aux panneaux solaires
« Les clean tech sont la plus grande opportunité économique du 21ème siècle », répète-t-il à l’envi, considérant que le marché mondial des énergies nouvelles dépassera bientôt celui de l’Internet lui-même. La Silicon Valley n’a pas attendu l’élection de Barack Obama, qui a fait des énergies renouvelables et du développement durable une des grandes priorités de son mandat, pour se lancer à l’assaut de l’énergie solaire. D’ailleurs le président américain ne cache pas qu’il a forgé ses convictions dans ce domaine en grande partie grâce à une série de voyages effectués en Californie du Nord, au cours desquels patrons d’entreprises technologiques, investisseurs et élus locaux l’ont convaincu de l’importance des enjeux. Un bon investissement pour la Silicon Valley puisqu’elle est la première aujourd’hui à bénéficier des financements publics alloués par à ces énergies nouvelles. Si l’engagement de la région en faveur du solaire est déjà ancien, il n’est toutefois pas totalement indépendant du calendrier politique. De fait, alors qu’il boucle son deuxième mandat de gouverneur de Californie, le principal actif du bilan d’Arnold Swcharzenegger est bel et bien son action en faveur des énergies renouvelables. En particulier, le programme qui prévoit l’installation d’un million de toits solaires en Californie, auquel est consacré 3 milliards de dollars, sous forme de crédit d’impôts et d’avantages fiscaux. Le gouverneur ne manque d’ailleurs pas une occasion de venir sur place pour revendiquer en partie la paternité des bonnes nouvelles qu’annoncent les firmes clean tech locales.
Course à l’innovation
Quoi qu’il en soit, si la Silicon Valley veut se transformer en « Solar Valley » c’est d’abord parce qu’elle compte sur ses propres forces. A la base des panneaux solaires figure la technologie des semi-conducteurs, à qui la région doit sa position de leader technologique mondial dans les technologies de l’information. Le meilleur exemple de cette évidente synergie est fourni par la société Applied Materials qui fabrique des équipements pour concevoir des puces électroniques. Aujourd’hui, trois ans seulement après être entré sur ce marché, ses équipements dédiés aux semi-conducteurs à usage solaire représentent plus d’un milliard de dollars, soit 20 % de son chiffre d’affaires. Et il est bien sûr en forte croissance. Difficile de savoir exactement combien de start-up solaires sont installées en Silicon Valley car nombre d’entre elles choisissent de rester discrètes – voire secrètes – pendant les premières années utilisées à développer leurs nouvelles technologies. Toutefois, des chiffres concordants estiment que plus de 100 d’entre elles se seraient lancées pendant la seule année 2008… D’autres ont largement passé cette phase, baptisée « stealth Mode » (mode discret), dans la Silicon Valley. En particulier SunPower, une firme spécialisée dans l’énergie solaire, financée par un vétéran de l’industrie des semi-conducteurs T. J. Rodgers. Alors qu’en 2004, cette start-up ne réalisait que 11 millions de dollars de chiffre d’affaires, elle est maintenant cotée à New-York et pense réaliser les 2 milliards de dollars de revenus cette année (1,4 l’année dernière). Une croissance météorique qu’elle explique par un positionnement stratégique inhabituel. « Contrairement à beaucoup d’autres acteurs, nous sommes présent sur toute la chaîne du solaire, de la conception à la fabrication finale, et sur tous les marchés, du simple panneau pour le particulier aux unités de production de grande capacité », résume Julie Blender, vice-président de SunPower. Avec une technologie de base identique pour tous ces marchés. La clé du succès rapide de la firme californienne réside d’abord dans sa technologie. Améliorant constamment les performances de ses panneaux solaires, SunPower se flatte aujourd’hui de proposer l’un des taux les plus élevés d’électricité produite par rapport à l’énergie récupérée par ses panneaux (près de 25 %). Pour autant, pour SunPower comme pour les autres, le compte n’y est pas encore : la filière péricliterait rapidement si elle n’était pas soutenue directement et indirectement par le gouvernement américain. A l’instar de ses rivaux européens et asiatiques. La course à l’innovation se poursuit donc et elle n’est nulle part plus vive que dans la région. Selon des estimations concordantes d’investisseurs spécialisées, en 2008, Nanosolar, HelioVolt, MiaSole ou SoloPower ont chacune obtenu au moins 100 millions de dollars de financement… Même si cette générosité s’est considérablement réduite depuis la crise, beaucoup d’autres start-up se sont lancées et plusieurs autres, grâce à leurs financements, sont passées en mode industriel. D’un point de vue technologique, alors que c’est l’approche des films minces – sensés apporter un jour une meilleure efficacité énergétique que celle des panneaux traditionnels – qui paraît en théorie la plus prometteuse, c’est plutôt le solaire thermique qui a le vent en poupe dans la Silicon Valley. Très engagé dans les sources d’énergie renouvelables, Google soutient activement cette filière en finançant deux start-up très prometteuses, eSolar et BrightSource. Récemment, celle-ci vient de bénéficier d’un coup d’accélérateur financier du gouvernement américain lui-même qui vient de garantir 1,4 milliard de dollars prêts pour financer le développement d’une grosse unité production en plein milieu du désert de Mojave, en Californie. Assez pour alimenter environ 140 000 résidences du Golden State…
Michel Ktitareff, Correspondant Innovation des Echos dans la Silicon Valley, Organisateur de voyages d'études Développement Durable en Californie
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* La seconde partie de cette enquête sera publiée dans notre prochaine édition |