Pour tous ceux qui pensaient que les chemins des industries des TIC et de l’énergie n’allaient pas se croiser de sitôt, la dernière initiative de Google pourra paraître « contre nature ». N’empêche, Google est bien en passe de devenir un géant de l’électricité aux Etats-Unis.
Google devrait bientôt avoir le droit d’acheter – et de vendre – de l’électricité directement auprès des producteurs, aux Etats-Unis. Le géant de l’Internet en a fait officiellement la demande à l’agence fédérale chargée d’accorder une telle licence (la Federal Energy Regulatory Commission). La plupart des 1 500 structures qui disposent de ce droit aux Etats-Unis sont des utilities, des sociétés issues de la dérégulation de ce marché qui achètent en gros l’électricité aux producteurs pour la revendre aux particuliers et aux entreprises utilisatrices. Pour autant, certaines d’entre elles, très grosses consommatrices, comme Wal-Mart ou Safeway, ont créé des filiales qui disposent de cette licence. Afin de se procurer leur énergie aux meilleures conditions de marché possibles.
Google veut naturellement se placer dans ces conditions mais son ambition va bien au-delà. « Si la licence est accordée, nous pourrions acheter de l’électricité directement auprès de ceux qui la fabriquent à partir d’énergies d’origine renouvelable », a expliqué Niki Fenwick, porte-parole de Google.
Et de fait, cette initiative s’inscrit dans une stratégie de développement durable qui se déploie depuis trois ans déjà. Dès 2007, le groupe californien a annoncé sa volonté de devenir « neutre » en émissions de gaz à effet de serre.
Plus facile à dire qu’à faire évidemment. Google gère une trentaine de grands centres serveurs dans le monde qui consomment, en moyenne, 50 mégawatts chacun, soit la puissance d’un réacteur nucléaire. Et une facture annuelle qui se chiffre en centaines de millions de dollars…
Pas étonnant dans ces conditions que Larry Page et Serguei Brin, les deux fondateurs de Google, très sensibles au développement durable, aient lancé Google.org, une filiale à but lucratif qui dispose de 500 millions de dollars pour financer des technologies vertes. Dirigée aujourd’hui par Bill Weihl, celle-ci investit principalement dans trois sources d’énergie renouvelables : le solaire thermique, la géothermie « améliorée » et l’éolien à haute altitude. Avec comme objectif de long terme, d’industrialiser ces technologies pour les rendre moins coûteuses à l’exploitation que le charbon – abondant aux Etats-Unis – et naturellement que le pétrole, dont les réserves s’amenuisent.
Bien sûr, Google ne fait pas tout tout seul et investit donc dans les start-up qui lui semblent les plus prometteuses, même si ses ingénieurs se réservent les recherches qui ne seraient pas rentables à court terme pour ces entreprises.
« C’est là que Google peut véritablement apporter quelque chose de décisif », assure Bill Weihl.
La firme californienne n’est guère précise sur ses véritables ambitions industrielles vis-à-vis de la production d’énergies d’origine renouvelable. Difficile néanmoins de ne pas faire le lien entre sa demande de licence à la FERC et ses investissements dans ce domaine (10% de ses ressources globales). Dès lors, il n’est pas absurde d’imaginer un jour Google en géant de l’énergie, accédant à ces sources de façon privilégiée grâce à ses participations dans les bonnes start-up. Un moyen radical de réaliser un triple objectif : mieux contrôler des coûts stratégiques, devenir globalement neutre pour l’environnement et …disposer d’un avantage compétitif sur ses grands rivaux.
Michel Ktitareff, Correspondant Innovation des Echos dans la SIlicon Valley, Organisateur de voyages d'études Développement Durable en Californie |