vendredi 25 mai 2012
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Ecologie : Mention « Bien mais peut mieux faire » pour Barack Obama. PDF Imprimer Envoyer
Mercredi, 27 Janvier 2010 08:08
ktitareffMidenews propose à partir de cette édition une nouvelle rubrique, dédiée aux tendances observées dans la Silicon Valley et aux Etats-Unis. Ces chroniques sont réalisées par Michel Ktitareff, journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies et notamment correspondant du quotidien Les Echos.

 

Un an après sa prise de fonction, où en est le président américain vis-à-vis de l’environnement et de sa politique énergétique ? Le thème d’une Amérique plus « Verte », plus soucieuse des enjeux liés au développement durable, avait été omniprésent dans la campagne du candidat. Celui-ci avait naturellement été élu d’abord pour son aptitude supposée à sortir le pays de la plus grave crise économique qu’il traverse depuis les années 30. Mais il avait su habilement lier les deux enjeux en soulignant que la conversion d’une Amérique aux « clean tech » était l’un des meilleurs moyens de renouer avec la croissance. Et même renforcer la compétitivité globale de l’économie américaine à long terme, face notamment à la Chine déjà très engagée dans sa conversion écologique. Même si les résultats de l’Empire du Milieu ne sont guère visibles encore.

En ce début d’année 2010, le positif l’emporte largement sur le négatif, même si le verre, sans être à moitié vide, est loin d’être plein encore. « C’est de très loin la meilleure année d’un président américain du point de vue de l’environnement », vient de déclarer, satisfait, Carl Pope, le directeur d’un puissant groupe environnemental de San Francisco, le Sierra Club. Un avis partagé par la League of Conservation Voters, une puissante Association d’électeurs basée à Washington, qui favorise l’action législative en faveur de l’environnement. « Lors de cette première année, le président a transformé ses mots en action », se félicite ainsi Gene Karpinski, son directeur.
Le principal crédit écologique accordé à Barack Obama est lié à son plan de relance économique de 787 milliards de dollars, adopté depuis 2009. Celui-ci comportait des sommes élevées au bénéfice des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. L’adoption législative de ce plan lui a permis de prendre par la suite de nombreux décrets, d’application immédiate, pour commencer à faire changer les choses. Comme, par exemple, le programme de « retrofitting » qui prévoit d’investir des milliards de dollars pour améliorer la consommation d’énergie des bâtiments officiels sur tout le territoire américain. Un décret est également paru pour imposer la réduction de la consommation et des émissions polluantes des véhicules automobiles qui seront mis sur le marché américain après 2016.
Il y a quelques jours, un nouveau décret est encore apparu pour attribuer 2,3 milliards de crédits d’impôts et d’incitations fiscales à des firmes technologiques rassemblant 183 projets prometteurs dans les énergies renouvelables.
Le président Démocrate a enfin habilement utilisé les instances existantes pour agir. Par exemple, en poussant l’agence fédérale de protection de l’environnement, l’Environmental Protection Agency (EPA) à déclarer toxiques les gaz à effet de serre. Ce que ses scientifiques disaient depuis longtemps sous l’ère Bush. La position de l’EPA permet maintenant d’utiliser le cadre législatif existant, le Clean Air Act, pour passer des mesures favorables à la réduction de ces émissions de gaz. Sans avoir à légiférer.

Les Américains se fichent du changement climatique

Pour autant, malgré ce premier bilan positif, les spécialistes estiment que (presque) tout reste à faire. En particulier, il manque toujours au pays une grande loi sur les énergies propres et le climat, qui permettrait de placer au cœur de la politique washingtonienne les grands enjeux économiques du développement durable pour l’Amérique. A savoir, la conversion du pays à une économie post-énergies fossiles.

Certes, le président américain travaille sur cette loi, mais ses autres priorités pour remettre globalement d’aplomb l’économie américaine – et pour faire adopter sa réforme emblématique sur le système de santé – l’ont empêché de la soumettre déjà au Congrès.
Manque de chance, l’élection récente d’un sénateur Républicain dans le Massachusetts, qui faire perdre au parti Démocrate sa majorité qualifiée de 60 sénateurs sur 100, va compliquer le processus de son adoption.
Et n’est pas le seul obstacle qui se dresse. Un récent sondage publié par le Pew Research Center montre que « le réchauffement climatique » est tout simplement la …dernière des grandes préoccupations de l’opinion publique américaine. En fait, outre-Atlantique, les citoyens de l’Oncle Sam se fichent comme d’une guigne de la disparition possible de l’ours blanc, de la fonte de la banquise, voire de l’augmentation des températures ou de l’ampleur aggravée des prochaines catastrophes climatiques.
En revanche, ils sont sensibles aux arguments selon lesquels l’Amérique doit se passer à terme du pétrole moyen-oriental et faire en sorte que Chinois et Indiens ne contrôleront pas demain les technologies d’une économie mondiale basée sur les énergies renouvelables. Comme leurs homologues européens, les Américains sont également réceptifs à l’argument selon lequel la conversion de l’Amérique à une économie Verte peu créer de nombreux emplois qualifiés, les sortant d’un taux de chômage à 10%, qui les traumatise.
Barack Obama a compris cela depuis des mois. Lors de ses dernières annonces télévisées présentant ses mesures écologiques, il a systématiquement insisté sur la création de « milliers » d’emplois, non seulement hautement qualifiés, mais aussi « indélocalisables ».
Il va continuer à s’appuyer sur ce thème auprès de l’opinion mais aussi et surtout auprès des élus. Il a besoin des voix de certains Républicains modérés pour faire adopter sa grande loi Verte. Qui ne sera réellement structurante pour l’économie américaine  que si elle comporte la création d’un grand marché pour échanger des droits d’émissions polluantes (cap and trade), à l’image de ce que développent aussi les Européens. Objectif 2010 ?

Michel Ktitareff

 
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