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Entretien avec Laurent Eysseric, Directeur Infogérance d’Informatique-Banque Populaire (IBP). La Banque Populaire a inauguré en 2010 à Castres le plus grand datacenter privatif de province, dont la montée en puissance ne fait que commencer. Pourquoi la province a-t-elle le vent en poupe (voir le dossier spécial de Midenews) ?
En photo : le datacenter à vocation nationale de la Banque Populaire à Castres
- La Banque Populaire a investi plus de 50 millions d’euros dans la construction d’un datacenter à Castres. Pourquoi avoir choisi la province plutôt que l’offshore dans un pays lointain ?
Laurent Eysseric : L’option de l’offshore n’a jamais été envisagée par la Banque Populaire et il y a plusieurs raisons à cela. La première est liée au positionnement de la banque, qui se revendique par ailleurs comme un acteur quasi exclusivement français. Une seconde explication concerne le métier des banques au niveau de leur SI : la complexité est telle qu’il faut un grand nombre d’interfaces entre le donneur d’ordres et les équipes de développement. Autrement dit, le gain économique de l’offshore n'est pas toujours évident pour ce secteur d’activité.
- La province a donc une carte à jouer par rapport à l’offshore ?
Laurent Eysseric : Je pense qu’il existe effectivement un contexte favorable qui peut être expliqué de la manière suivante : au-delà du secteur bancaire, un nombre croissant de grandes entreprises constatent aujourd’hui qu’elles sont peut-être allées trop loin dans l’offshore et envisagent de rapatrier en France ce qui était géré à l’étranger. Elles constatent alors qu’il est plus rationnel, voir plus économique, de revenir en s’installant en province qu’en recréant un service en Ile-de-France.
- La province a-t-elle d’autres arguments que des coûts moins élevés ?
Laurent Eysseric : Bien évidemment. Personne ne prend des décisions aussi importantes uniquement en espérant faire des économies ou parce que le climat est réputé plus clément. Dans le cas du datacenter créé à Castres, nous sommes partis en 2007 du constat suivant : la Banque Populaire allait arriver au bout de ses capacités avec les infrastructures existantes en Ile-de-France. Sachant que l’option d’une délocalisation lointaine n'était pas envisagée, nous avons étudié les différents territoires adaptés pour ce projet. Un des buts était notamment de passer de 0,6 ou 0,8 Kw/m² à 1,5 ou 2 Kw/m² et le choix s’est fondé sur des critères de redondances techniques et de sécurité.
Dans ce contexte, Castres présentait tout d’abord des qualités évidentes en termes d’accueil numérique et d’infrastructures de télécommunication, entre autres choses grâce aux initiatives lancées voilà près de 20 ans par le groupe Pierre Fabre.
- D’autres territoires pouvaient prétendre à une qualité d’accueil numérique comparable, comme Lyon ou Nantes…
Laurent Eysseric : Castres dispose en l’occurrence de deux atouts supplémentaires majeurs. Le premier concerne l’alimentation électrique et c’est un cas de figure quasiment unique en France : ce territoire nous permettait une double alimentation au niveau des régions productrices, depuis Rhône-Alpes et depuis le Sud-Ouest. Il s’agissait pour nous d’un critère déterminant. Le deuxième atout fort était l’absence de site classé Seveso à proximité et l’impossibilité d’en construire dans le futur, ne serait-ce que grâce à la création du nouvel hôpital de Castres à proximité du site envisagé pour notre projet.
Au-delà, il ne faut pas sous-estimer le poids que peut avoir le soutien des collectivités et de la population concernées. Ce datacenter a permis la création de plus de 50 emplois directs ou indirects et va encore évoluer, car il peut compter à termes huit salles blanches alors que deux fonctionnent aujourd’hui en dual sites. C’est d’ores et déjà la plus grande structure privative en province et le projet en cours est qu’il héberge avec un autre campus technologique de même niveau technologique en région parisienne l’ensemble des infrastructures informatiques du groupe BPCE, autrement dit les Banques Populaires, la Caisse d’Epargne et Natixis.
- Est-ce la fin de ce mouvement de délocalisation vers la province ?
Laurent Eysseric : J'ai le sentiment que ce n’est que le début. Tout le monde sait que l’impératif est de désengorger les infrastructures en région parisienne et la tentation de l’offshore tend à disparaître. Donc, les territoires de province peuvent se positionner, notamment pour accueillir des centres de services de helpdesk, de tierce-maintenance applicative, de pilotage de production ou des datacenters. Mais attention : le but n’est pas de déshabiller l’un pour habiller l’autre, mais de penser à la province pour les projets de croissance. Dans notre cas, le groupe BPCE disposera pour son informatique de deux campus datacenter redondants, à Castres et en Ile-de-France, soit à environ 600 kilomètres de distance. Rien n’est envisagé en mode "régression" ; tous les changements correspondent à des progrès majeurs.
Propos recueillis par Pascal Boiron, Midenews
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