vendredi 25 mai 2012
Bannière
Accueil > Secteur TIC > Professeur Henri Boccalon, Gérontopole de Midi-Pyrénées, CHU de Toulouse : « La 1ère expérience pilote de prévention de la dépendance des personnes âgées débutera en septembre.»
Professeur Henri Boccalon, Gérontopole de Midi-Pyrénées, CHU de Toulouse : « La 1ère expérience pilote de prévention de la dépendance des personnes âgées débutera en septembre.» PDF Imprimer Envoyer
Vendredi, 17 Juin 2011 15:30

h-boccalonLa priorité du Gérontopole de Midi-Pyrénées est aujourd’hui de détecter et de suivre les personnes âgées « fragiles », c’est-à-dire celles qui sont au seuil de la dépendance. Les explications du professeur Henri Boccalon.

- Quelles sont aujourd’hui les priorités du gérontopole de Midi-Pyrénées ?

Professeur Henri Boccalon : Elles sont liées à la prévention de la dépendance chez les personnes âgées de plus de 65 ans. Depuis sa création en 2007, le gérontopole de Midi-Pyrénées, qui est le seul en France, constate que cette dépendance est « subie », par les familles et par l’Etat. Or, il est possible de repousser l’arrivée de cette phase de dépendance de plusieurs années si des protocoles adaptés sont mis en place. Nous allons le faire dès l’automne et voilà nos priorités.

- Quelle part de la population française est concernée ?

Professeur Henri Boccalon : Prenons comme base la proportion de personnes de plus de 65 ans dans la population française. Elle est aujourd’hui de 26%, soit environ 17 millions de personnes, et va dépasser 40% avant 2050, c'est-à-dire près de 30 millions de personnes selon les projections. Quel est le constat à ce jour ? 50% des plus de 65 ans ne sont pas « dépendants », dans la mesure où ils restent autonomes même s’ils peuvent être affectés par diverses maladies. Et à l’autre extrémité, on compte 10% de personnes dépendantes, autrement dit près de 2 millions en France. Notre sujet prioritaire concerne les 40% restants, que l’on appelle la population « à risque » de personnes âgées dites "fragiles". Le but est de repousser de plusieurs années le moment où elles deviendront dépendantes.

- Comment pourrez-vous les identifier et selon quels critères ?

Professeur Henri Boccalon : Je veux tout d’abord insister sur le fait qu’il s’agit d’un travail collectif, qui implique l’ensemble des professionnels de santé. La notion de « population fragile » est mal connue car il ne s’agit pas de pathologies déclarées. Quant aux critères qui permettent d’identifier une personne âgée « fragile », je ne les citerais pas tous car ils sont nombreux, mais on doit en retenir cinq principaux : une vitesse de marche trop lente (le sujet normal parcourt 4 mètres en moins de 4 secondes), une perte de poids involontaire, une force de préhension insuffisante, un état de fatigue fréquent ou encore l’absence de toute activité physique. Pris indépendamment les uns des autres, ces faits ne s’apparentent pas à des maladies, mais dès qu’une personne présente l’un d’eux, elle doit être considérée comme étant « préfragile » donc « à risque » ; si elle présente trois critères ou plus, ce qui concerne environ 1,7 million de personnes en France, elle est qualifiée de « fragile » et à haut risque de dépendance.
Notre premier travail a donc été de concevoir les protocoles permettant d’identifier le plus grand nombre de personnes âgées fragiles, sans avoir recours à des procédés trop intrusifs ni trop coûteux. Pour cela, nous menons des expériences en Midi-Pyrénées en équipant de capteurs des logements, aussi bien à domicile qu’au sein de maisons de retraite. Cela nous amène à penser qu’il existe une autre voie…

- On peut effectivement penser qu’équiper tous les logements de capteurs couterait une fortune. Quelle est cette autre voie ?

Professeur Henri Boccalon : Le principe est que la veille soit partagée par l’ensemble des professionnels de santé, sans oublier les aides à domicile qui sont en contact régulier avec les personnes âgées. Tous sont en mesure de détecter les signes d’une fragilité. Notre but est de leur permettre de transmettre l’information afin qu'elle déclenche une prise en charge. Dans le cas des aides à domicile, nous pensons qu’il serait pertinent de les équiper de tablettes informatiques pour relever et diffuser les données vers les médecins ou des « gestionnaires de cas ».

- Si les signes d’une fragilité sont reçus, que se passe-t-il ?

Professeur Henri Boccalon : Une fois que les signes sont détectés, l’enjeu est effectivement de faire un bilan plus précis et de prendre les mesures adaptées. Concrètement, dès septembre prochain, une plateforme sera opérationnelle à l’hôpital de La Grave, à Toulouse. Ces bilans demandent ½ journée et sont réalisés en partenariat très étroit avec la médecine libérale. D’autres plateformes seront ensuite déployées en Midi-Pyrénées. Une autre voie est explorée avec le Conseil Général de Haute-Garonne : elle concerne la population des « GIR 4 »*, qui est le degré de dépendance qui déclenche pour la collectivité l’attribution de l’APA, l’allocation pour perte d’autonomie. Le but est de proposer aux personnes concernées des mesures pertinentes dont l'objectif est d'éviter l'aggravation de cet état de dépendance. Les principales mesures sont des exercices physiques, des exercices cognitifs et des conseils concernant l’alimentation. Là encore, la e-santé jouera un rôle essentiel dans la collecte, la diffusion et l’exploitation des données. Il est essentiel d'évaluer les résultats obtenus. Enfin, une première expérience sur l’ensemble d’une commune devrait être menée dans les mois qui viennent à Labastide-Murat, dans le Lot.
La prise et compte et la gestion de l’état de fragilité ne font que commencer.

Propos recueillis par Pascal Boiron

* Le GIR (Groupe Iso-Ressources) est une échelle qui va de 1 à 6 et permet d’évaluer la perte d’autonomie d’une personne âgée, le niveau « GIR » 1 étant le plus grave (personne confinée à l’alitement). Une allocation pour perte d’autonomie est versée dès le niveau GIR 4.

 


Autres articles :


Ajouter un Commentaire

Réagissez à l'article en remplissant le formulaire ci-dessous.


Code de sécurité
Rafraîchir

Conception : agoranet - Réalisation : MidiConcept - Hébergement : FullSave