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Replaçons-nous en 1943. Le Monde est en guerre. Les prévisions des experts, des analystes et des journalistes sont plus que pessimistes. Ils annoncent que la crise va encore durer des années, voire des décennies. C’est dans ce contexte qu’une poignée d’ingénieurs américains sont reçus par le Président de leur entreprise. Ils veulent le convaincre d’investir massivement dans la fabrication d’ordinateurs. Evidemment, le patron hésite à tout miser sur une nouvelle technologie, à l’avenir incertain, dans un contexte économique dégradé. Avant de leur donner une réponse définitive, il réunit les spécialistes de l’entreprise, et ils se persuadent les uns les autres que cela mènerait l’entreprise à sa perte. Le président de cette société spécialisée dans la fabrication de machines à écrire convoque alors la presse et lâche cette formidable prophétie : « Je pense qu’il y a un marché mondial pour environ cinq ordinateurs ». Ce monsieur, qui s’appelait Thomas Watson, était Président d’une compagnie nommée IBM…
306 millions en 2009
En 2009, 66 ans plus tard, il s’est vendu dans le monde près de 306 millions d’ordinateurs, au lieu de 291 millions en 2008. En fait, depuis l’apparition du micro-ordinateur au début des années 80, les ventes n’ont jamais diminué, pas une seule fois, quel que soit la conjoncture économique. Dans le contexte réputé défavorable que l’on sait, les ventes ont donc progressé de plus de 5%. Faut-il pour autant en conclure que Thomas Watson n’était pas un bon chef d’entreprise ? La suite a montré que non et, dans tous les cas, il n’a fait que ce nous nous faisons tous : se fier aux augures des experts, qui se renseignent auprès d’autres experts, qui se renseignent auprès d’autres experts, etc. La machine à prendre des initiatives semble aujourd’hui souffrir d’une « prévisionnite » aiguë, ce qui ne manque pas de rappeler cette pourtant vieille histoire (dans laquelle les rôles de « l’homme blanc » et du « vieux chef indien » pourraient être joués par un journaliste et par un analyste). Donc, l’homme blanc s’installe dans la montagne, au milieu d’une ancienne réserve indienne. Comme il coupe du bois pour l’hiver, il constate qu’il est constamment observé par un vieux chef indien. Il finit par aller lui demander conseil : « est-ce que l’hiver sera rude ? ». Le vieux chef lui répond que l’hiver sera rude : il recoupe du bois pour doubler sa réserve. Après quelques jours, il s’interroge à nouveau et repose la question à l’indien, qui répond que l’hiver sera « très rude ». L’exercice se répète une dizaine de fois, jusqu’à ce que la réserve de bûches devienne monumentale. Lorsque l’hiver arrive et que l’homme blanc constate que les températures restent douces, il retourne voir le vieux chef indien et lui demande : « pourquoi m’avez-vous dit que l’hiver serait très très rude ? ». « Parce que lorsque l’homme blanc coupe beaucoup, beaucoup de bois, c’est que l’hiver sera très très rude ! »
Voilà. Vous maintenant répondre à la question : « la crise économique va-t-elle encore durer très très longtemps ? ».
Midenews |
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