Insérés dans l'immense cortège des 70 000 manifestants toulousains, plusieurs centaines d'employés et cadres des TIC régionales ont fait valoir des revendications unitaires.
Si l'on devait résumer l'ire des manifestants, c'est le thème du clivage profond, du déséquilibre entre profit financier et paupérisation des salariés, employés et cadres compris, que l'on pourrait prendre pour point de départ. Avec Nicolas Sarkozy en ligne de mire.
Les collaborateurs des sociétés de service informatique, du spatial et des télécoms régionales relèvent le même hiatus.
« Alors que notre groupe revendique un carnet de commandes plein pour les 18 mois à venir, que les bénéfices ont progressé de près de 40%, nous obtenons des augmentations de nos salaires qui n'atteignent même pas le niveau de l'inflation. Et c'est le prétexte fallacieux du principe de précaution face à la crise financière et la faiblesse du dollar qui nous est servi. Nous ne voulons pas être pris pour des cons ! », tance Florence Coppel, déléguée syndicale FO et secrétaire du Comité Central d'Entreprise de Thales Alenia Space, qui compte 2 300 salariés, auxquels il faut ajouter « près de 1 000 interimaires supplémentaires ».
Croissance financière, mais salaires en berne
Philippe Mercadier, délégué syndical Sud et cadre chez Steria, souligne quant à lui le même problème : « Jusqu'à il y a 10 ans, nous obtenions tous une augmentation annuelle. Mais depuis les années 2000, les SSII ont pris l'habitude de l'octroyer pour un collaborateur sur deux, à la tête du client. Or, cette année, ce sont seulement 3 à 4 % des collaborateurs qui seront augmentés ! La crise a bon dos, alors que la plupart des SSII annoncent de nouvelles croissances à leurs actionnaires ! ». Soulignons en effet que les entreprises du domaine des logiciels et services devraient connaître une croissance moyenne de 6% en 2009. C'est du moins ce qu'estime le Syntec Informatique, principal syndicat professionnel de ce secteur qui compte pas moins de 350 000 salariés. Une évolution qu'il faudra toutefois mesurer, car les signes d'attentismes des donneurs d'ordre se sont multipliés depuis le mois de décembre. En témoignent nombre de patrons régionaux.

Photo Gilles Vidal, www.gillesvidal.com
Les délocalisations touchent fortement les activités de maintenance
Il faut en outre apporter un nuance importante : même si la dépense informatique et de développement logiciel reste soutenue, les fonctions liées à la maintenance sont de plus en plus touchées par les délocalisations. Un processus qui s'est récemment accéléré, à Toulouse notamment. Et souvent, sous la pression du principal donneur d'ordre régional, Airbus. L'avionneur, qui cherche à faire des économies importantes sur la gestion de son infrastructure informatique, demande à ses sous-traitants une nouvelle baisse de leurs prix et l'offshorisation systématique. Résultat : T-Systems a entamé un projet de délocalisation de ses activités toulousaines. Du coup, les sous-traitants de deuxième niveau trinquent : Spie Communications pourrait ainsi perdre un gros marché et supprimer 80 postes de sa hotline dédiée à Airbus Central Entity. Quant au groupe HP, l'autre fournisseur de premier rang pour l'infrastructure, il aurait engagé le même type de processus. En tous cas, « 30 de nos ingénieurs qui maintenaient des applications d'Airbus, pour le compte de HP, ont été remplacés par des indiens », précise Philippe Mercadier. Autre menace : le site toulousain de Capgemini Outsourcing, qui emploie 60 ingénieurs, pourrait être fermé d'ici la fin 2009. En cause : les pertes qu'accuse la Business Unit "Infrastructure Management" de la société, concurrencée par les SSII indiennes.
Les télécoms étaient également bien représentées parmi les manifestants. Didier De Souza, délégué syndical CGT de France Télécom, craint pour sa part l'accélération de l'externalisation des activités de l'opérateur historique qui ne sont pas « de terrain ». « Une sous-traitance qui va jusqu'à la délocalisation en Inde. C'est le cas par exemple dans le cadre de la direction des systèmes d'information ». « Et au fond, quand on regarde ce groupe, on constate une chose : dans un contexte d'explosion des télécoms depuis plus de 10 ans, l'essentiel des emplois créés sont sous-payés voire au niveau du SMIC », déplore t-il.
Propos recueillis par Frédéric Dessort, Mid e-News |