Du 5 au 7 février s'est tenu, au centre de Congrès Pierre Baudis, un colloque de portée nationale autour des pôles de compétitivité. Ambition portée par son initiateur, Michel Israël, Conseiller pour la Science et la Technologie à l'Ambassade de France à Washington : comparer les systèmes américain et français. C'est suite à la proposition d'Alain Costes que l'évènement a été organisé à Toulouse par l'association Ampère, dont il est vice-président. Rappelons qu'Ampère - Association pour le Management de Projets d'Etudes et de REcherche - est issue de la fusion des activités de l'Ierset et de l'Adermip qui n'ont pas été intégrées à Midi-Pyrénées Innovation. La nouvelle Agence Régionale de l'Innovation, présidée par Martin Malvy, bien que sollicitée, n'a pas apporté son concours au colloque, qui a attiré près de 220 décideurs. En revanche, la Chambre de Commerce et d'Industrie de Toulouse, le Grand Toulouse et la Mairie de Toulouse ont apporté leur soutien à l'évènement. Bruno Desaunettes (président d'Ampère) et Alain Costes reviennent avec nous sur cette rencontre. Leur analyse les amène à souligner les fortes différences culturelles entre les deux pays. Explications. Propos recueillis par Frédéric Dessort Quelles sont les grandes différences de vocation, de conception et de moyens entre les deux pôles américains et français, si tant est que l'on puisse tirer une généralité pour chacun des pays ? Bruno Desaunettes : Un exposé d'un Américain expliquait qu'un pôle doit avoir une évidence structurante pour justifier sa naissance. Il doit déjà être en gestation. En d'autres termes, on ne décrète pas la création d'un pôle, celui-ci doit être le prolongement d'une forte dynamique existante, d'un bassin, d'une filière. Cela fait un peu sourire nos amis américains que la France ait pu décréter la création de 67 pôles de compétitivité. Ceux qui leur semblent légitimes sont les pôles dits « mondiaux » ou à « vocation mondiale ». Autre différence, aux Etats-Unis, la capacité de lobbying des associations qui animent les pôles est beaucoup plus importante qu'en France. Bruno Desaunettes, Président d'Epsilon Ingénierie, Président d'Ampère Elu au collège PME d'Aerospace Valley « Cela fait sourire les américains de voir que la France aie décrété la création de 67 pôles de compétitivité » Ensuite, les pôles manquent cruellement de moyens d'animation. Aerospace Valley, qui se veut pôle de compétitivité mondial, ne compte que cinq permanents, et s'appuie pour le reste sur des bénévoles ou au mieux sur des personnes détachées de grands groupes. C'est largement insuffisant pour gérer des dizaines de projets de coopération, animer près de 500 membres, etc.! Alain Costes : Plus globalement, les différences entre les deux pays sont culturelles. Tout d'abord, les Américains n'ont pas de modèle a priori. Que l'on soit un labo, un grand groupe, une PME, si le porteur de projet est bon, il est accompagné, on ne se pose pas de questions. Le deuxième point qui me parait tout à fait fondamental, c'est leur réactivité : les décisions sont prises très rapidement. Et quelque part, les exposés l'ont montré, c'est un pays qui est ouvert sur le monde, qui le regarde évoluer, et qui sait en tirer des enseignements dans son propre intérêt. En outre, les Américains ont une culture du succès qui admet profondément l'échec. Donc si je devais résumer, ils ne cherchent pas à avoir un modèle a priori : ils ne cherchent pas à définir avant de faire, ils font et s'adaptent ensuite. Alors que nous, nous essayons de définir avant, nous produisons des grands modèles et nous nous rendons compte ensuite qu'ils ne fonctionnent pas forcément. « Les Américains ont une culture du succès qui admet profondément l'échec » Alain Costes, Directeur du LAAS de 1984 à 1996, Directeur de la Technologie au ministère de la Recherche de 2000 à 2003, Vice-Président d'Ampère Alors que le Medef a pu récemment déclarer que la PME était le parent pauvre des pôles de compétitivité français, vu qu'en moyenne elles ne pèsent que 15% des budgets obtenus par les pôles (source Comité Richelieu, cf notre article), comment sont-elles accompagnées aux Etats-Unis ? Bruno Desaunettes : Je ne crois pas que la différence de traitement de la PME soit fondamentale au niveau des pôles eux-même. Il s'agit beaucoup plus, encore une fois, d'une différence culturelle. En France, on a privilégié une économie de grands groupes. Et le système de capital développement ne relève pas de la même conception et perception entre les deux pays : en France, on parle de Capital Risque, aux Etats-Unis, de Capital Aventure ! C'est l'histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. De même, les politiques d'achats ne sont pas les même, à l'image du Small Business Act. « En France, on parle de Capital Risque, aux Etats-Unis, de Capital Aventure. » Mais il faut aussi souligner que les conditions de marché n'octroient pas, au démarrage, le même potentiel de développement. Quand on créé une entreprise aux Etats-Unis, on a un marché qui s'appelle « Les Etats-Unis », quand on créé une entreprise en France, le marché c'est la France et non l'Europe. Du côté des institutions qui interviennent dans le processus, n'y a-t-il pas, là aussi, un écart encore grand ? Alain Costes : Avec les pôles de compétitivité, nous allons vers une culture anglo-saxonne de projet. Mais ceux qui impulsent cette dynamique n'appliquent pas encore ce modèle à eux-même. Regardez ce que font les chercheurs aujourd'hui : ils passent une grande partie de leur temps a répondre à des appels d'offres. Celui du Conseil Régional, de l'AII, de l'ANR, du PCRD, des fondations de coopération scientifiques des RTRA.... « Les institutions impulsent une culture de projet mais restent pour elles-même encore à une culture d'organisme. » Résultat : ils ne peuvent plus faire leur vrai travail de recherche. En d'autres termes, les institutions qui émettent ces appels d'offres s'inscrivent toujours dans une culture d'organisme, et non de projet. Aux Etats-Unis, les projets de recherche peuvent être portés par les laboratoires directement devant des financiers, institutionnels et/ou privés. Les discussions peuvent déboucher rapidement. Propos recueillis par Frédéric Dessort, Mid e-News f.dessort at meleenumerique.com
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