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Nanotechnologies et TIC : des innovations et des recherches surprenantes ! PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 27 Octobre 2012 08:22

La miniaturisation des microprocesseurs va bientôt atteindre une limite infranchissable : celle de l'atome. Pour autant, les investigations scientifiques et technologiques sont loin d'être terminées : ordinateur quantique, disque dur remplacé par un ensemble de polymères, ou encore écran tactile souple comme une feuille de papier sont autant de voies explorées actuellement dans les laboratoires ou portées par des start-ups. L'occasion d'un voyage dans l'infiniment petit.

Tous droits réservés par PierreG_09

Connaissez-vous la « boule », à Toulouse ? Cette sphère gris métallisée avait fait grand bruit en 1958 lorsque le Général de Gaulle vint à Toulouse pour l'inaugurer. Et pour cause : elle abritait alors le microscope à balayage électronique le plus puissant du monde, et permettait de découvrir les arcanes d'un espace inconnu : celui de l'atome. Aujourd'hui, le laboratoire Cemes-CNRS, où est implantée la boule dans le quartier Rangueil, poursuit son exploration de l'infiniment petit. Les nanosciences sont au cœur de ses travaux. « Nous avons mis au point le premier rotor moléculaire en 1998 grâce au microscope à effet de tunnel inventé par IBM Zurich.

Cet outil permet à la fois d'observer mais aussi de construire atome par atome des circuits et des parties élémentaires de machines, par exemple des engrenages », explique Christian Joachim (photo), directeur de recherches au Cemes-CNRS. Au delà des applications directement dans le champ des TIC, le monde des nano-machines est large, et porte à la fois progrès et dangers. Toxicité ? Intrusivité ? Le 21 septembre dernier, France Culture a consacré son émission « Science Publique » à ce thème.

Les limites de la loi de Moore

Pour le chercheur toulousain, qui est également professeur invité permanent à Singapour pour y diriger un grand centre de recherches en nanosciences, il faut distinguer deux types de nanotechnologies : celles qui sont développées par voie ascendante, en construisant des systèmes atomes par atomes, et les autres par voie descendante. Autrement dit, dans ce dernier cas, il s'agit de miniaturiser des objets. Une application de cette approche est bien connue : grâce à la diminution constante de la taille des transistors, la puissance des microprocesseurs croît de façon importante, en suivant la fameuse loi de Moore. Une règle qui signifie que le nombre de transistors déposés sur une puce de silicium double tous les 18 mois, qui a été étonnamment vérifiée jusqu'à ce jour. Mais ce processus devrait bientôt être stoppé par les lois de la physique, d'ici à 2015, lorsqu'une puce contiendra plus de 15 milliards de transistors. Déjà, la toute prochaine puce d'Intel prévue en 2013 intègrera des transistors de 22 nanomètres, soit une taille d'environ 100 atomes !

Or, en s'approchant de l'atome, les circuits électroniques commencent à subir de nouvelles lois de la physique : celle de la mécanique quantique. A cette échelle, le transfert des électrons commencera à se faire de manière aléatoire. Et là, il n'est plus question de concevoir les microprocesseurs de la même manière, en les miniaturisant.

Bientôt, l'ordinateur quantique ?

En fait, nombre de scientifiques planchent pour exploiter les propriétés très particulières de cette physique des particules. L'ordinateur quantique fait l'objet de fantasmes : il offrirait des puissances incomparables et serait la promesse d'une sécurité inviolable des échanges sur l'internet. Tout récemment, Serge Haroche a reçu le prix Nobel de physique pour avoir pu capturer des photons et connaître leurs propriétés, ce qui était jusqu'à il y a peu réputé impossible par les physiciens. Or, cette découverte ouvre la voie à un ordinateur quantique, mais de l'aveu de son auteur, sa réalisation est encore assez éloignée.

Christian Joachim estime pour autant qu' « il ne s'agit pas d'une chimère. C'est un défi technologique. Nous avons lancé dès 2005 une alternative aux calculateurs quantiques que nous avons appelé : Quantum Hamiltonian Computing (QHC). A ce jour, nous avons expérimenté le fonctionnement de portes logiques dans une seule et unique molécule ».
Les enjeux autour des ordinateurs quantiques sont importants. Récemment, la start-up canadienne Dwave Systems, qui affirme concevoir les premières puces quantiques (en photo), vient de lever 30 millions de dollars auprès d'un fonds d'investissement. Une opération qui a associé Jeff Bezos dans le tour de table. Un an auparavant, Lockheed Martin avait acquis une plateforme quantique construite par Dwave pour la bagatelle de ... 10 millions de dollars !

Un disque dur moléculaire

D'autres approches nanométriques existent pour élaborer les systèmes de stockage de demain, et elles sont de type.... chimique ! En l'occurrence, le projet mené par Jean-François Lutz, directeur de recherche CNRS à l'Institut Charles Sadron, à Strasbourg. « Nous développons une technique qui permet de coder de l'information sur un polymère. Au fur et à mesure, nous provoquons sa croissance en accrochant, une par une, des molécules choisies dans un petit panel qui constitue un alphabet. Nous revisitons un concept que la nature a perfectionné pendant des milliards d'années : celui de l'ADN, qui permet de coder le génome avec seulement quatre « lettres » moléculaires de base », précise Jean-François Lutz.

Cette technique souffre encore de quelques défauts de « fabrication », mais elle est très prometteuse, selon le chercheur. « On pourra associer à chaque maillon un bit d'information et du coup créer un nouveau système de stockage. Dans cette perspective, nous pourrions emmagasiner l'ensemble des données de l'Internet dans un volume équivalent à celui d'une petite armoire ! », projette le chercheur.

Un écran tactile dans votre poche

Plus proche des applications concrètes, l'innovation portée par la start-up toulousaine Nanomade est spectaculaire (voir la photo). Conçue au LPCNO, laboratoire de recherches de l'INSA de Toulouse, du CNRS et l'Université Paul Sabatier, la technologie de cette PME innovante se traduit par une surface souple et tout à la fois électronique. En fait, un maillage nano-métrique parcourt cette surface qui acquiert la propriété d'être tactile. Un iphone fin comme une feuille en somme... Les implications sont nombreuses. L'une d'entre elles peut faire rêver les patrons de presse : réunir le meilleur des mondes des journaux, en faisant la synthèse de leur version « papier » et internet.

Le progrès technologique en matière de TIC est donc loin d'être terminé, notamment au prisme des nanotechnologies. A quoi ressemblera notre ordinateur dans cent ans ? Bien malin celui qui peut le dire !

Frédéric Dessort

 


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Commentaires  

 
#1 Pierre Mouillard 2012-10-30 19:09 Article très intéressant. Une confirmation s'il en fallait que la recherche fondamentale, souvent méconnue du grand public, est vraiment la source des innovations "disruptives" de notre futur. Et qu'il faut d'autant plus se poser les questions de leur impact sur nos vies au sens large si possible en amont de leur diffusion. Bref un article éclairant qui nous aide à imaginer demain. Citer
 

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