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Transition environnementale : quelles stratégies pour les entreprises ? PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 05 Janvier 2013 13:54

En amont de la table-ronde qui aura lieu le 17 janvier prochain lors de la JECO, 3 intervenants présentent en avant-première les messages clés qu’ils porteront : Geneviève Férone, Directrice du Développement durable du groupe VEOLIA, Michel Bossi, Président de la CCI du Tarn et Président de la société Fintech et Philippe Vasseur, ancien Ministre et Président de la CCI Nord de France.

 

 

3 questions à Geneviève Férone, ancienne Directrice du Développement durable du groupe VEOLIA et auteur de « 2030, le krach écologique » :

La « transition environnementale », qu’est-ce que cela signifie ?

 

Geneviève Férone : Le monde vient d’entrer dans le siècle de la rareté des ressources et doit s’y adapter, notamment en intégrant les coûts environnementaux dans les calculs économiques. Quant à la durée de cette transition, on peut l’estimer à plusieurs décennies.

 

Les entreprises peuvent-elles aborder cette transition autrement qu’en prenant en compte de nouvelles contraintes ?

Geneviève Férone : Les réglementations sont des accélérateurs qui obligent les entreprises à travailler autrement mais c’est toujours le consommateur qui décide au final. Lorsque le consommateur change, les marchés peuvent évoluer de façon radicale. On le voit pour le secteur de l’habitat, pour celui des transports ou encore avec le phénomène des « bio-cosmétiques ».

Quelle peut être la place des entreprises européennes pendant et après cette transition environnementale ?

Geneviève Férone : Elle peut et doit être importante si l’Europe se concentre sur ses véritables atouts : ses capacités d’innovation. Il nous faut être très pragmatiques à l’heure de s’engager dans la transition environnementale, notamment en faisant les constats suivants : puisque notre dépendance énergétique est forte et que le coût du travail est moins élevé ailleurs, notre principale force est la matière grise. L’Europe doit être la meilleure dans le l’écologie industrielle, qui permettra à l’économie mondiale de passer d’une logique linéaire (« je préleve,-je fabrique-je vends-j’élimine ») à un schéma circulaire où les matériaux peuvent être recyclés et être utilisés dans un nouveau cycle de fabrication. L’enjeu est aussi d’avancer dans les innovations relevant du bio mimétisme en s’inspirant de la nature, qui a pris quelques millions d’années d’avance sur nous en matière de d’ingéniosité et d’efficacité…

 

3 questions à Michel Bossi, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Tarn et Président de Fin’Tech :

 

 

Quelle a été la priorité de votre entreprise pour aborder la transition environnementale ?

 


Michel Bossi : Fin’Tech est spécialisé dans la peinture de pièces pour l’industrie et avait une démarche environnementale dès sa création en 1995. Pour notre domaine d’activité, les réglementations qui ont été mises en place au niveau européen sont draconiennes et nous avons fait mieux que nous y adapter, notamment en obtenant la certification ISO 9001 dans sa version 2008. Nous avons donc abordé la transition environnementale en anticipant les évolutions du cadre réglementaire et en investissant constamment afin d’être exemplaires à la fois au niveau des normes et sur le plan de l’innovation.

 

 

Pour Fin’tech, quand la période de la transition environnementale a-t-elle vraiment débuté et quand pensez-vous qu’elle prendra fin ?

 

Michel Bossi : En ce qui nous concerne, la période de transition a démarré voilà une dizaine d’années, notamment avec la mise en place d’un cadre réglementaire strict. Quant à la fin de cette transition, c’est-à-dire le moment où nous serons entièrement prêts pour suivre très rapidement les évolutions réglementaires sans avoir à investir massivement, je pense qu’elle prendra fin dans environ 5 ans. Le premier constat que nous faisons à cette étape de notre parcours est que l’Etat français ne doit pas compliquer des impératifs européens qui sont déjà drastiques, sauf à prendre le risque de pénaliser les entreprises françaises par rapport à leurs concurrents européens, alors qu’elles doivent se concentrer sur la concurrence du reste du monde.

 

 

En tant que Président d’une CCI, estimez-vous que les entreprises doivent considérer la transition environnementale comme la mise en place de nouvelles contraintes ou comme l’ouverture de nouvelles opportunités de business ?


Michel Bossi : Il ne serait pas pertinent d’édicter une règle générale sur ce sujet. Concrètement, la transition environnementale est une réelle opportunité pour certains secteurs d’activité : elle permet à des entreprises existantes ou créées récemment de remporter de nouvelles affaires. Pour d’autres secteurs, les entreprises se focalisent sur les évolutions réglementaires et considèrent qu’on les oblige à investir. Dans tous les cas, les CCI peuvent jouer un rôle d’accompagnement fort durant cette phase d’adaptation, notamment en jouant un rôle de relai entre les entreprises locales et les instances européennes. L’ensemble européen est parfaitement conscient que la protection de l’environnement doit être abordée comme un atout et non comme un handicap, car l’existence de ses industries en dépend.

 

Propos recueillis par Pascal Boiron, Midenews

 

Philippe Vasseur : « Conjuguer Internet et les énergies renouvelables pour préparer l’ère de l’après-pétrole »

 

Le président de la CCI Nord-Pas-de-Calais, Philippe Vasseur, lance en Nord de France un projet ambitieux, calqué sur « La troisième révolution industrielle », une théorie sur la transition énergétique développée par l’américain Jeremy Rifkin. Il viendra présenter « l’ère de l’après-pétrole », lors de la Journée des éco-entreprises, le 17 janvier à Entiore.

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A quelle occasion avez-vous rencontré l’économiste américain Jeremy Rifkin ?

Philippe Vasseur : Je m’intéresse aux thèses de Jeremy Rifkin depuis de nombreuses années mais c’est son dernier ouvrage, La troisième révolution industrielle, qui a joué le rôle de déclencheur. J’ai fait venir Jeremy Rifkin pour l’ouverture du World Forum Lille en novembre dernier. Et c’est à cette occasion que la troisième révolution industrielle en Nord de France a été lancée.

En quoi sa théorie vous a-t-elle convaincu ?

Philippe Vasseur : Jeremy Rifkin estime que la crise actuelle n’est pas tant la crise de la finance que celle des énergies fossiles. Or, ses recherches l’ont mené à une conclusion : les révolutions industrielles prennent racine dans la combinaison d’un nouveau mode de communication et d’une nouvelle source d’énergie. L’essor conjugué d’Internet et des énergies renouvelables permet donc de préparer l’ère de l’après-pétrole et d’amorcer une troisième révolution industrielle. Celle-ci se décline en cinq piliers : développer les énergies renouvelables ; favoriser les bâtiments producteurs d’énergie ; améliorer le stockage de l’énergie ; collecter et redistribuer l’électricité via des réseaux intelligents ; et brancher les transports sur ces réseaux. C’est un projet ambitieux. Et qui se prête bien à une gestion régionale puisqu’il s’agit de décentraliser la production d’énergie. Cette production énergétique de proximité, couplée avec un stockage et une distribution améliorés, sera un levier de croissance et de création d’emplois.

Quelles sont les pistes à explorer ?

Philippe Vasseur : Les énergies renouvelables sont, par essence, décentralisées. Contrairement aux énergies fossiles qui nécessitent des investissements massifs et sont concentrées en des points géographiques précis, le soleil, le vent, la biomasse sont présents sur toute la surface du globe. Ainsi, chacun peut devenir producteur d’énergie.

Quelles sont alors les applications concrètes ?

Philippe Vasseur : Ce réseau énergétique intelligent reliera logements, véhicules, bureaux et usines qui échangeront en permanence des informations et de l’énergie. Il sera également relié à divers outils permettant une adaptation des flux aux évolutions météorologiques ou aux fluctuations de la demande. Une tarification dynamique de l’énergie sera dès lors également possible puisque le vrai prix de l’électricité varie à chaque instant. Des compteurs intelligents permettront d’en connaitre le coût en temps réel. Les consommateurs pourront alors réguler leur consommation d’énergie en fonction du coût et les producteurs connaitre le meilleur moment pour la revendre.

En quoi cette nouvelle production énergétique est créatrice d’emplois ?

Philippe Vasseur : Des filières entières vont être stimulées par l’effet d’entrainement de ce nouveau modèle économique. Les énergies fossiles cèderont la place aux renouvelables et les industries énergétiques auront un rôle majeur à jouer, ainsi que toutes les industries liées, notamment celles du transport. Le parc immobilier devra lui aussi être repensé : chaque immeuble deviendra une mini-centrale capable de produire l’énergie sur place. Autant d’opportunités pour les entreprises du bâtiment. Les exemples sont nombreux. Tous ces secteurs seront dynamisés et créeront de l’emploi pour faire face à leurs surplus d’activité. D’ailleurs, une étude de l’US Energy Information Administration datant de janvier 2011 estime qu’en Allemagne, moins de 10% de l’énergie produite par des sources renouvelables a créé presque autant d’emplois que toutes les autres formes d’énergie réunies.

Comment travaillez-vous concrètement avec Jeremy Rifkin ?

Philippe Vasseur : Quelle approche avez-vous mis en place pour adapter sa théorie au terrain ?   Nous mettons en place une gouvernance régionale à trois niveaux chargée de collaborer avec les équipes de Jeremy Rifkin à la réalisation d’un Master Plan. Un « Forum d’Orientation », que je préside et dont le vice-président est un élu du Conseil régional, Jean-François Caron. Ce forum d’orientation est composé de quatre collèges (économique, élus des territoires, universités/grandes écoles/recherche et société). Un comité de suivi composé de techniciens assure le secrétariat permanent. Enfin, six groupes de travail, correspondants chacun à un pilier de la troisième révolution industrielle réunissent des experts et des entreprises de la région mais aussi d’ailleurs.

Propos recueillis par Virginie Mailles Viard, Touléco Green

adresse du site Internet de la Journée des Eco-Entreprises : www.j-eco.fr

 

 


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