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Entre tiers-lieux et domicile, le télétravail se développe PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 28 Janvier 2013 13:56
C’est un fait : le nombre de salariés télétravailleurs est en croissance importante, même si une majorité d'entreprises reste rétive à ce nouveau paradigme. Pour autant, certaines d'entre elles, à l'image de Berger Levrault, ont décidé de miser sur cette nouvelle organisation du travail répartie entre le domicile et le bureau. En parallèle, les tiers-lieux, espaces de travail d'un nouveau genre, accueillent un nombre croissant de free-lances voire de salariés. Ces deux phénomènes convergeront-ils ?

 

 

12,4 % : c'est la proportion de salariés de grandes entreprises qui « télétravaillent » plus de huit heures par mois. Un chiffre établi par le cabinet Greenworking et la société eWorky dans le cadre d'un rapport remis au ministère de l'Industrie (aujourd'hui rebaptisé ministère du Redressement Productif) au mois de mai 2012. Ce niveau est en nette progression si l'on en juge des chiffres de la DARES de 2004 (ministère du Travail) qui s'établissaient à seulement 2% - bien que les critères d'analyses ne soient pas tout à fait les mêmes.

Cette progression signe une évolution des mentalités et s'est traduite au plan institutionnel. En effet, en 2012, le cadre réglementaire s'est précisé sur la question : supplantant plusieurs accords interprofessionnels, la loi Warsmann autorise de manière claire le télétravail des salariés. Basée sur le volontariat, cette disposition légale permet aux entreprises et employés, à tout moment, de redéployer le temps de travail entre le domicile et le bureau.

Des freins encore nombreux, mais des entreprises qui innovent

Le rapport Greenworking / eWorky relève toutefois que dans les grandes entreprises, le frein au développement du télétravail est encore prégnant. Selon cette étude, 92% des entreprises interrogées mentionnent la réticence des managers intermédiaires. Une autre étude, américaine celle-ci, dépeint un télétravailleur adepte du pyjama, tenue adéquate d'une journée à domicile pour 30% d'entre eux !

Chez Airbus, par exemple, si la pratique existe, elle demeure très limitée. Comme dans de nombreuses entreprises, il est toléré que le salarié puisse rester chez lui, mais rien n'a été organisé par la DRH du groupe pour officialiser la possibilité du télétravail.

En revanche, d'autres entreprises ont décidé de franchir le pas. C'est le cas de Berger Levrault, une société spécialisée dans l'édition de progiciels pour les collectivités locales, administrations et services de santé, et qui compte environ 1 000 collaborateurs. « Dans le cadre de notre plan 2020, nous avons mené une grande campagne interne pour demander à nos salariés comment ils voyaient l'entreprise dans dix ans, et comment ils s'y voyaient. Il en est notamment ressorti des attentes sur de nouvelles pratiques collaboratives, que ce soit via Internet ou à l'extérieur, par la rencontre ou l'échange avec d'autres salariés d'entreprises. Bref, une organisation plus ouverte sur l'extérieur. Dans cette perspective, l'idée de télétravail est apparue naturelle à nombre de nos employés, que ce soit à domicile ou dans un espace de co-working », explique Christophe Gabette, DRH de Berger Levrault.

 

Résultat : l'entreprise a lancé, au mois de janvier 2013, un programme permettant à 55 salariés de tester le télétravail à domicile un jour par semaine. Ce qui est déjà très consistant, car les heureux élus représentent près de 10% des 600 employés sédentaires, les 400 autres étant considérés comme itinérants. « Si l'expérience est concluante, nous pousserons notre démarche vers un objectif, ambitieux : faire bénéficier de cette ré-organisation à 200 salariés jusqu'à deux jours par semaine ! », projette Christophe Gabette. Une démarche volontaire qui se traduit par un investissement : chaque télétravailleur a été équipé d'un ordinateur portable, d'un casque/micro lorsqu'il assure une mission d'accueil téléphonique.
Au surplus, l'entreprise envisage d'aménager un espace de co-working dans ses futurs bureaux qui devraient émerger d'ici deux ans à Labège. « Nous entendons y accueillir des télétravailleurs provenant d'autres entreprises dans des domaines connexes aux nôtres, dans le but de susciter des échanges constructifs », anticipe Christophe Gabette.

 

La montée en puissance des tiers-lieux

 

Le mot est laché : « co-working ». Cet anglicisme désigne le travail dans des espaces partagés, le plus souvent, par des free-lances voire par des salariés,  qui ont souvent des activités distinctes. Des bureaux ouverts qui ont reçu un nom de baptême : les tiers-lieux. Ils comportent des postes informatiques, dont l'espace peut être loué à la semaine, la journée, la demi-journée voire à l'heure. Une flexibilité qui est une première différenciation avec les classiques bureaux à louer.
Au delà, ces nouveaux lieux de travail sont aussi des lieux de vie, comme c'est le cas notamment à la Cantine Numérique. Ce tiers-lieu, qui bénéficie du soutien de Toulouse Métropole, propose dans une de ses pièces 12 postes classiques de travail, mais aussi quatre « nodes »,  sortes de siège-bureaux mobiles (cf photo). Important : le bar, qui permet de faire une pause, d'y mener un rendez-vous professionnel, peut être aussi le lieu où le co-worker travaille en y installant son ordinateur portable. En complément, la Cantine toulousaine dispose de deux grandes salles de réunions, dont une plénière qui permet d'accueillir jusqu'à 120 participants lors de conférences ou de séminaires.
Intérêt de réunir ces diverses activités en un même lieu : le métissage professionnel. Car contrairement à ce que l'on pourrait croire, la Cantine de la ville Rose accueille des communautés professionnelles très variées, pas seulement liées à l'économie numérique.

Un enjeu d'attractivité territoriale

Bien consciente de ces enjeux, La Mêlée, association professionnelle qui gère la Cantine, a créé sa commission Télétravail.    « Nous comptons une cinquantaine de membres dont des responsables de ressources humaines, des juristes, des salariés... », se réjouit Annie Fachetti, coordinatrice de ce groupe, et par ailleurs chargée de la communication de l'agence de développement Ariège Expansion. « Les tiers-lieux se sont bien développés dans la région Midi-Pyrénées : nous en avons identifié 21, dont 18 sont financés ou co-financés par les départements », poursuit-elle.
Or, l'Ariège est l'un des premiers territoires à avoir misé sur le développement du télétravail. «  Au départ, c’est la fermeture du site industriel de Pechiney, en 2003, dans la vallée d'Auzat-Vicdessos, conduisant à la destruction de près de 300 emplois, qui a été l’aiguillon d’une politique de valorisation du télétravail. Nous avons ainsi lancé plusieurs mesures d'incitation à la relocalisation ou à la création d'activités indépendantes de prestation à distance (télé-secrétariat, développement logiciel, e-commerce, ...) dans le pays de « Foix Haute Ariège ». Outre des primes au télétravail, aides au logement, le déploiement du haut-débit dans ces zones peu denses était un de nos arguments. Ce qui a conduit à l'installation de 15 familles. C'est ensuite qu'a germé l’idée de créer des espaces de télétravail. Aujourd’hui, trois tiers-lieux ont été déployés dans le cadre de nos pépinières d’entreprises », raconte Annie Fachetti.

 

De son côté la CCI du Gers a lancé en 2008 le programme Soho Solo, dans l'objectif d'attirer dans le département net-entrepreneurs et télé-salariés. Quatre ans plus tard, ce sont quelque 300 nouveaux venus, soit 122 actifs et leurs familles, qui ont élu domicile dans le Gers.

Le conseil général du Lot teste le télétravail avec ses agents

Le télétravail comme outil d’attractivité territoriale, de lutte contre la désertification des campagnes ? Pas seulement. En l’occurrence, le conseil général du Lot a décidé de tester le nouveau paradigme avec ses propres salariés. A tout le moins, ce sont 12 agents qui ont été impliqués dans une première expérimentation au mois de juin 2012. Ils ont reçu chacun un ordinateur portable et une indemnité forfaitaire de 100 € pour couvrir les éventuels frais engagés. Au choix, les nouveaux télétravailleurs ont pu tester cette organisation un jour à un jour et demi par semaine, à domicile ou dans un des trois télécentres de Figeac, Lacapelle-Marival et Latronquière.
Bilan : outre des améliorations sur la productivité, des gains de temps, des économies directes ont été réalisées sur les transports, avec pour corollaire le non-rejet d'environ 4,5 tonnes de CO² dans l’atmosphère. Le département a dès lors reconduit le projet depuis le début 2013 tout en l’étendant à 20 agents. In fine, ce sont près de 600 agents - sur 1 200 - qui pourraient être concernés.

 


Vers un maillage territorial de tiers-lieux ?

On peut donc constater que le télétravail en est à ses balbutiements. Mais il est prometteur et porteur de nombreux changements : plus de souplesse dans la vie personnelle et professionnelle, des économies sur les déplacements, une réduction de l’empreinte carbone due aux entreprises.
Ce mouvement se traduit aussi, finalement, par la convergence de deux phénomènes. En premier lieu, la croissance du télétravail à temps partiel de salariés à domicile. Ce qui, en bémol, peut générer, selon les situations, une forme d’esseulement.
En parallèle, les tiers-lieux, vecteur de mixité professionnelle, se multiplient. On peut dès lors imaginer qu’ils deviendront l’espace où les télétravailleurs salariés se rendront. Tout en restant près de chez eux. A condition que ces espaces collaboratifs se diffusent largement dans les territoires.

Frédéric Dessort


Pour en savoir plus :
- Commission "Télétravail et nouvelles formes de travail collaboratif" de La Mêlée
- Tour de France du Télétravail

 

© photo d'ouverture : Onur Hazar Altindag - Fotolia.com

 


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