Les PME en raffolent : les compétences web sont maintenant très prisées. Et les entreprises du secteur Internet peinent à recruter des profils formés aux dernières pratiques du commerce en ligne. Entre objectifs de compétences techniques et/ou de communication, les organismes de formations initiales se positionnent. Petit tour d'horizon.
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Il est loin le temps où l'on se bricolait un site « vitrine », à l'aide de Golive ou de Dreamweaver, à confectionner amoureusement des pages HTML « statiques ». Un vrai travail d'artisan, que certains poursuivent dans cette approche.
Non, aujourd'hui, le web donne lieu à un métier complexe aux multiples facettes, particulièrement évolutif. Ses formations ne se cantonnent plus, comme naguère, à l'apprentissage des outils techniques. Aujourd'hui, dans son entreprise, le webmestre peut être aussi webdesigner, web-marketer et community manager mais ne touche pas au code, domaine réservé du développeur d'applications web. En fait, le nombre de fonctions, qu'elles soient internalisées ou externalisées, s'est accru. L'observatoire des métiers de l'Internet confirme cette division marquée du travail, en identifiant dix axes récurrents de compétences liées au Web.
« Aujourd'hui, on assiste à un recrutement de masse par les PME de ces profils, et non plus seulement par les agences de création de sites comme initialement. La tendance s'est inversée, explique Vincent Moreau, patron de l'agence web Systonic Midi-Pyrénées. De notre côté, nous intégrons actuellement des développeurs en apprentissage dans le cadre de la licence professionnelle Apsio de l'IUT de Blagnac et du Master ICE de l'Université de Toulouse II – Le Mirail. Mais si l'offre de formation s'est bien professionnalisée, ce qui pèche, en tous cas en Midi-Pyrénées, c'est le manque de formations de chefs de projet Web. C'est à dire des profils de niveau bac +5 qui aient des compétences de management et allient des cultures à la fois marketing-communication et informatique ».
Marier développement technique et web-marketing
En fait, cette dichotomie technique / communication se retrouve assez souvent dans la segmentation des offres de formation, en tous cas, en province. Exemple : à Balma, en banlieue toulousaine, le lycée Saliège fut le premier établissement public à être reconnu par l'Etat, en 2006, pour son cursus en un an (niveau bac+2) dédié au Webmastering. Si cette formation permet d'aborder certains éléments techniques de base (HTML, graphisme, ...), les étudiants ne sont pas amenés à mettre en œuvre des développements logiciels complexes. « Un webmaster est avant toute chose un communicant, c'est là l'une des clefs de son professionnalisme », peut-on lire sur le site de présentation de la formation.
En complément, le lycée Saliège a dès son lancement été partenaire de la licence professionnelle RTAI « Responsable Technique d'Application Internet » (cursus d'un an, diplômant à bac +3, promotions d'environ 25 étudiants). Le co-fondateur et pilote de ces enseignements est Christophe Alcantara, enseignant-chercheur au laboratoire Idetcom de l'Université Toulouse I – Capitole, après avoir dirigé le pôle TIC du lycée Saliège. Pour lui, les deux types de compétences – technique ou communication/marketing - ne peuvent être intégrées simultanément par une personne : « J'ai encore quelques entreprises qui me demandent le mouton à cinq pattes : cela n'existe pas, ce n'est pas vrai ».
Boom parisien des écoles dédiées à l'Internet
La séparation des métiers de l'Internet apparaît aussi dans les cursus de Sup'Internet (basée à Paris, groupe IONIS), qui a créé trois bachelors (webdesign, webmarketing, développement web), mais cette conception est quelque peu battue en brèche par l'Ecole Européenne des Métiers de l'Internet (EEMI). Cet organisme de formation (niveau bac +3) a été fondé il y a un an à Paris par un trio de ténors de l'Internet, Xavier Niel, Jacques-Antoine Grandjon et Marc Simoncini, respectivement patrons de Free, Vente-Privee.com et Meetic.fr. Leur constat : la difficulté, pour leurs entreprises, de recruter des profils disposant de compétences capables de s'adapter aux nouveaux enjeux de l'Internet. « Il y a une sorte de langage universel commun aux activités du web, on ne peut plus former aux métiers de l'Internet de façon segmentée. A l'EEMI, les étudiants [les deux premières promotions en comptent 120 à 150, NDLR] abordent le webdesign, le web-marketing et le développement web sous forme d'un tronc commun la première année. Ensuite, ils choisissent une spécialisation », explique Stéphanie De Kerdel, directrice de l'EEMI.
Les métiers de l'Internet : antithèses des voies toutes tracées
En tout état de cause, quelque soit le caractère global ou pas de ces formations, on s'accorde à dire que les étudiants doivent être à l'image du secteur Internet, voire de ses start-ups : adaptables, capables de remises en question, autonomes, créatifs. « Les candidats qui recherchent une carrière linéaire ne doivent pas venir dans le monde Internet ! Ils doivent au contraire avoir du lâcher-prise, du plaisir à apprendre, être curieux », souligne Christophe Alcantara.
L'innovation foisonnante du web a ainsi fait naître des métiers très spécialisés et en plein essor : valorisation des données de géolocalisation, applications sur smartphones et tablettes, animation 2D ou 3D... La formation à la mise en œuvre de ces applications est assurée par la licence RTAI comme par des formations d'ingénieurs de développement logiciel à bac+5, qu'il ne faut pas oublier. Les écoles telles qu' Epitech ou Ingésup à Toulouse forment des profils (bac+5) capables de conduire une stratégie globale de système d'information mais aussi de mettre en place des logiciels interfacés avec des réseaux sociaux. « Il ne faut pas confondre le Web avec l'Internet, qui est sa technologie sous-jacente et qui irrigue tous les développements informatiques », met en perspective Philippe Coste, directeur d'Epitech Toulouse. Cette école, qui revendique générer 15% d'étudiants devenus créateurs d'entreprises, devrait devenir partenaire du « Camping », l'incubateur à start-ups du net porté par la TIC Valley.
Frédéric Dessort
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