 Créateur de startups (dont Familia Games), penseur et passionné d’Internet, Serge Soudoplatoff participait ce lundi 27 août à une table-ronde sur le plaisir d’enseigner et le plaisir d’apprendre, dans le cadre de la 9ème édition de Ludovia. Ses réponses aux questions de Midenews. - Vous ajoutez la notion de « smart play » au concept des « serious games » : pourquoi compliquer les choses ? Serge Soudoplatoff : En français, il existe un seul mot : jouer. Cela correspond en anglais à deux notions différentes. « Game » désigne une action structurée qui a des règles spécifiques. « Play » recouvre une action sans qu’il soit question d’un cadre particulier. Dans l’enseignement, dire que l’on peut « apprendre en jouant », ou « jouer en apprenant » ne sont plus des notions absurdes. - La France connaîtrait une situation paradoxale : elle serait à la fois en retard dans les usages du « smart play » et pionnière dans la conception des outils du même « smart play » : est-ce possible ? Serge Soudoplatoff : Le blocage était d’ordre psychologique et il est en train de sauter. Concrètement, seuls les enseignants pouvaient freiner l’utilisation des technologies numériques à l’école. Seuls les enseignants peuvent décider que le numérique a aujourd’hui sa place à l’école. Comme c’est le cas pour les enfants, comme c’est le cas pour chacun d’entre nous, les avis des enseignants sur le sujet du numérique changent. En la matière, ils ont un rôle déterminant pour créer un lien intelligent entre le numérique et l’école, et pour montrer que si tous les pays étrangers s’arrachent les étudiants de nos écoles spécialisées dans la conception de jeux et d’animation en 3D, ce n’est pas parce que tout le reste du monde à l’exception de la France se trompe, mais que nous avons la chance de savoir inventer des animations qui plaisent… - En cette période de rentrée scolaire, la France va surtout parler des ordinateurs que fournissent certaines régions et que l’on peut retrouver en vente sur des sites de « bonnes occasions » : faut-il malgré tout équiper davantage les élèves ? Serge Soudoplatoff : Il faut d’abord retrouver le plaisir d’enseigner et d’apprendre. Le taux d’équipement des élèves en ordinateurs est une conséquence de cela, mais n’est pas la cause. Il faut arrêter de vouloir récolter les fruits avant d’avoir planté l’arbre : quand les enseignants seront convaincus de la pertinence du numérique à l’école et qu’ils s’approprieront les outils, le taux d’équipement des élèves progressera. Si l’on se contente de donner des ordinateurs à des enfants sans que cela fasse évoluer leur plaisir d’apprendre, les enfants sont logiquement tentés de les revendre… Propos recueillis par Pascal Boiron, Midenews |