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E-Santé : des balbutiements et des promesses PDF Imprimer Envoyer
Dimanche, 24 Juin 2012 14:28

A l'occasion des universités de la e-santé, qui ont eu lieu du 4 au 6 juillet à Castres-Mazamet, Midenews vous propose une exploration et une analyse de la e-santé. Un secteur qui, on le verra, cherche son modèle économique mais qui est caractérisé par un foisonnement technologique : autant d'innovations qui étaient à l'honneur lors des Trophées de la e-santé.

A Toulouse, la santé a ses pionniers. Et ils continuent de l'être. Louis Lareng, aujourd'hui 89 ans, fondateur du SAMU, a aussi été à l'initiative de l'Institut Européen de Télémédecine en 1989. Reformulé entre-temps en tant que Groupement de Coopération Scientifique de Télésanté (GCS Télésanté), cette plateforme avait été mise en lumière par Midenews, il y a 8 ans déjà. Objectif : proposer aux acteurs Midi-pyrénéens de la santé un cadre technologique stable et sécurisé pour la mise en œuvre d'actes médicaux à distance. De la simple visio-conférence d'un patient avec un médecin à la transmission correcte de fichiers d'imagerie médicale.

La Télé-médecine manque encore de haut-débit en zones rurales

En 2004, le GCS Télésanté animait un groupe d'acteurs régionaux de santé qui testaient l'antédiluvien réseau RNIS pour y faire passer la vidéo. Presque une décennie plus tard, l'ADSL s'est généralisé partout tandis que la fibre optique tisse sa toile dans les villes. Mais pour autant, la question des haut-débits subsiste toujours dans les zones les moins denses de population, comme en témoigne Olivier Rey, Directeur du Syndicat Mixte du Pays Couserans. Il a animé le projet européen « Resater » de 2009 à 2012, qui a permis d'expérimenter des solutions de télé-médecine en zones rurales (en Midi-Pyrénées, Espagne, Portugal). Lieu privilégié pour les tester : les maisons de retraites, parfaits relais locaux entre les habitants et des médecins spécialistes basés dans des centres de santé distants. « Dans les zones les plus enclavées, les offres de haut-débit restent encore onéreuses. Les maisons de retraites qui y sont implantées ne sont pas forcément prêtes à payer ce type d'abonnement ni à s'équiper d'outils de visioconférence », explique, réaliste, Olivier Rey dont le consortium qui a mené le projet (Europe, Région, conseils généraux de l'Ariège et du Lot pour la partie française) assure, pour l'heure, le financement des solutions testées.

Cela peut sembler être un paradoxe, sachant que l'Ariège fut le premier département de France à initier un réseau en propre de fibres optiques. S'il a pu irriguer une grande part de son territoire, le prix du haut-débit n'est pas le même partout.

L'Ariège veut créer sa filière e-santé

Toujours en Ariège, l'agence de développement économique « Ariège Expansion » a mené une initiative visant à développer une filière de la e-santé. « Nous avons cartographié les compétences des entreprises technologiques du département et avons identifié un certain nombre d'applications potentielles. L'idée est de les rassembler dans une perspective de complémentarité, de les associer à des industriels, des laboratoires de recherches et aux acteurs de la santé », précise Hervé Denudt (en photo ci-contre), chargé de développement chez Ariège Expansion.

Message entendu : trois projets de R&D ont été initiés. Les applications qui en découleront seront notamment expérimentées dans le cadre du « plateau gérontechnologique » au cœur du nouvel EHPAD de Bélissen, à Foix.

L'un des projets a obtenu 3,8 M€ via le Fonds Unique Interministériel, les Régions Aquitaine et Midi-Pyrénées. Lancé à la fin 2011 pour une durée de 36 mois, « SACHA », littéralement, « Search And Computerize Human Acts », vise à mettre au point une technologie de géolocalisation  in et out-door des personnes atteintes d'Alzheimer ou de démence. Enjeu : détecter leurs chutes et les fugues. « Avec une tel système, il sera possible de ne plus confiner systématiquement ces malades. Cette liberté de mouvements contribuera à limiter la progression de leur pathologie », souligne Hervé Denudt.

Un programme de recherche collaboratif qui associe les PME innovantes Sigfox, Axible et Télécom Design, et du côté public, le Centre Hospitalier du Val d'Ariège.

Le LAAS-CNRS (600 chercheurs), également associé au projet Sacha, est très actif sur le thème de la e-santé. Il lance « Adream », à la fois programme de recherche et bâtiment innovant qui préfigure des technologies du futur en matière d'énergie, de capteurs … et de robots compagnons. Ceux-ci viendront aider la personne dépendante dans les actes du quotidien : par exemple, lui amener un verre, ses lunettes, … Ce qui peut sembler simple mais qui l'est beaucoup sur le plan technologique, encore à ce jour (voir Midenews du 2 décembre 2011).

Un joystick innovant pour retrouver l'équilibre

Autre exemple d'innovation plus aboutie, « FX Move » (voir photo ci-contre), développée par la société bourguignonne Fovéa Technologies, en partenariat avec un laboratoire de l'Inserm et co-financée par l'Etat. Cette solution concerne les personnes qui ont perdu, peu ou prou, l'équilibre, suite à des troubles neurologiques posturo-moteurs. Il s'agit d'un véritable outil ludique de rééducation et de bilan en gériatrie et neurologie, qui se destine dans un premier temps aux centres de soins spécialisés (SSR, CRRF, EHPAD, Kinésithérapeutes).

De quoi s'agit il exactement ? Le malade tient dans sa main un joystick tandis qu'une une caméra associée à un logiciel repère ses mouvements. D'autre part, une petite plateforme de force au sol identifie en temps réel son centre de gravité. En face du patient, un écran représente des ballons qu'il devra atteindre en appuyant sur cette gâchette d'un nouveau genre. Le logiciel du système analyse alors si le patient anticipe bien la position d'équilibre à acquérir, et le fait progresser dans cet objectif.

Des modèles économiques à trouver

Ce système est actuellement testé dans deux centres de Soins de suite et rééducation à Lyon et Dijon. « Nous projetons ensuite de le décliner pour un usage à domicile. Ainsi, les praticiens qui interviennent pour leur rééducation, tel que les psycho-motriciens, kinésithérapeutes…  pourront réorganiser les soins entre leur cabinet et le domicile du patient qui sera suivi via Internet. En effet, les données médicales produites par FX Move seront transmises vers une plateforme numérique d'hébergement spécialisée, H2AD. Cette société investie par SFR a reçu l'agrément du ministère de la santé pour son activité. Les médecins s'y connecteront pour accéder au dossier du patient et suivre ses progrès », met en perspective Laurent Martin, gérant de Fovéa Interactive.

On le voit au travers de cet exemple : si l'innovation technologique est une chose, la question économique qu'elle implique est essentielle. On peut l'envisager sous plusieurs angles. Dans le cas de FX Move, le système pourrait induire une perte de prestations pour les praticiens. Mais si l'on voit le verre à moitié plein du bon côté, on peut considérer qu'ils pourront répartir certaines tâches de rééducation entre cabinet et domicile du patient. Ce, tout en gardant un lien consistant avec ce dernier. L'impact de la e-santé sur la segmentation des soins entre établissements et domicile reste, comme l'illustre cet exemple, largement à définir.

Du point de vue de la sécurité sociale, ce serait aussi moins de remboursements à assurer. Donc plus de coûts à la charge du particulier ? « Nous réfléchissons à définir un modèle économique avec la Mutuelle Française de Bourgogne, engagée dans le projet. Elle propose déjà une offre de télé-assistance pour les aidants familiaux et les aides ménagères », répond Laurent Martin.

D'autres acteurs prennent la mesure des transformations qui viennent. A Toulouse, le groupe AG2R La Mondiale a intégré la dynamique commission TIC&Santé de La Mêlée. « Nous réfléchissons à la création d'un laboratoire des usages. De notre côté, nous avons engagé un partenariat avec plusieurs associations de retraités pour amener des groupes à visiter la maison intelligente de l'IUT de Blagnac qui présente de nombreuses applications d'aides aux personnes dépendantes », explique Corinne Grimaud, chargée dans le Sud-Ouest de l'action sociale d'AG2R La Mondiale.

Un encadrement règlementaire timide

Alors qu'en 2011, le gouvernement lançait le Dossier Médical Personnel, le législateur posait, quelques mois auparavant, une définition modeste de la télé-médecine. Le seul décret en la matière, publié le 21 octobre 2010, reconnaît 4 actes de télé-médecine : la télé-consultation (d'un médecin), la télé-expertise (entre médecins), la télésurveillance et la télé-assistance médicale. « Mais il n'existe pas, à ce jour, d'encadrement tarifaire de ces nouvelles pratiques », prévient Julien Venne, directeur du Centre e-Santé (voir photo ci-contre). Cette association a été créée en 2010 par le CHU de Toulouse, les collectivités locales (Grand Toulouse, Castres-Mazamet, Auch, Ariège), les pôles de compétitivité régionaux, le PRES Université de Toulouse et des associations de patients. Sa mission : développer la filière e-santé en Midi-Pyrénées. Quant à « Platinnes », cette plateforme également pilotée par Julien Venne a été labellisée par l'Etat pour valider sur le plan scientifique, médical mais aussi économique et technique, les innovations. « Nous conduisons actuellement plusieurs évaluations de projets portés par des entreprises, dont je ne peux révéler le nom. Mais certains d'entre eux candidatent aux Trophées de la e-santé ».

Un appel du pied pour se rendre, les 4,5 et 6 juillet à Castres-Mazamet,  à la 6ème édition des universités d'été de la e-santé. Plus d'informations et inscriptions ici.

Frédéric Dessort

 


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