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Alors que les grandes villes anglo-saxonnes sont proches de la saturation en ce qui concerne les datacenters, la France reste largement en retrait. D’une part, la majorité des sites est implantée en région parisienne ; d’autre part la région Midi-Pyrénées apparaît comme l’une des moins équipées de France. Merci de nous envoyer vos compléments d'information pour enrichir ce zoom.
En photo : implanté à Castres, le datacenter de la Banque Populaire est désormais le plus grand centre de données privatif de province.
1) Etat des lieux en Midi-Pyrénées
Bien qu’elle soit incomplète, la carte des principaux datacenters dans le monde fait apparaître la région Midi-Pyrénées comme l’un des grands parents pauvres des centres de données, aux niveaux français et européens.
Concrètement, les datacenters de Midi-Pyrénées (qu’ils soient ouverts ou non aux entreprises extérieures) sont quasiment tous implantés dans l’agglomération toulousaine, les exceptions les plus notables concernant le Tarn (IMS et IBP, voir l’article de Midenews) et l’Ariège (Ineonet).
Le principal projet en cours est celui qui associe le PRES Toulouse et Meteo France à Montaudran.
« On a tort de penser que l’aspect local n’a pas à être pris en compte dans le domaine des datacenters, affirme Hugues Brunel, co-fondateur et Directeur Technique de FullSave. A force de prendre l’habitude de voir des entreprises de Midi-Pyrénées aller dans des datacenters situés dans d’autres régions, on en finit par oublier que chaque site génère localement des emplois. En l’occurrence, les grandes métropoles européennes arrivent toutes à saturation et l’opportunité pour ce territoire de créer de nouveaux datacenters est réelle ».
2) Les 4 types de datacenters
Dans son livre blanc « Datacenters : une chance pour la France », l’association France For Datacenters précise notamment la classification des centres de données en 4 niveaux (tiers), la segmentation étant fondée sur les critères de surface, de consommation électrique, de sécurité ou de disponibilité.
Le niveau 1, le moins élevé, recouvre les datacenters de petite taille, dont la disponibilité nominale correspond à un temps d’arrêt cumulé moyen de 28,8 heures par an.
Le niveau 2 concerne les datacenters ayant des éléments redondants permettant une disponibilité nominale de 99,749%, soit 22 heures d’arrêt. En moyenne, leur surface est de 100 m² pour une puissance de 160 kVA.
Le niveau 3 désigne les grands datacenters, notamment dotés de plusieurs voies d’alimentation et de refroidissement dont une seule est active. La disponibilité est de 99,982%, soit 1,6 heure d’arrêt par an. Leur surface est supérieure à 500 m² pour une puissance de 800 kVA.
Enfin, le niveau 4 réunit les très grands datacenters, d’une surface supérieure à 2 500 m² pour une puissance de 2 500 kVA. La disponibilité est de 99,995%, soit moins de 25 minutes d’arrêt par an.
De fait, au-delà des dépenses liées aux équipements informatiques et télécoms, la création d’un datacenter est avant tout un projet immobilier complexe, qui nécessite pour ses promoteurs un investissement initial important, généralement hors de portée des sociétés de services ou de distribution IT, qui sont enclines à « louer » plutôt qu’à « construire ». Or, la France – et plus encore la province - affiche une offre qui semble aujourd’hui largement insuffisante.
3) De nouvelles contraintes énergétiques
Le premier constat, largement connu des responsables de datacenters, est que, sur dix ans, la consommation électrique d’un datacenter représente le même budget que l’investissement initial lié à sa construction (environ 20 K€/m²). Par ailleurs, il est acquis que la consommation électrique des datacenters va doubler tous les trois ans au cours des prochaines décennies.
Dans le même temps, la communauté internationale – dont la France - s’est engagée à diviser par deux ses émissions de CO2 d’ici 2050. Pour rapprocher ces deux objectifs apparemment contradictoires, les nouveaux datacenters doivent respecter des normes d’efficacité énergétique de plus en plus contraignantes, supposant un investissement initial plus important.
Selon ce principe, la loi de Koomey (du nom de Johnattan Koomey, Professeur à l’Université de Stanford), qui affirme que l’efficacité énergétique des systèmes informatiques double tous les 18 mois, est en passe de remplacer la loi de Moore (doublement de la puissance des microprocesseurs tous les 18 mois). Pour prendre la mesure de la pression mise sur les entreprises qui souhaitent construire un datacenter, on peut voir l'article concernant celui que Facebook projette de créer en Suède.
4) Les ambitions de France for datacenters
Créée en 2009, l’association France for Datacenters a pour objectif de mettre en évidence les atouts de l’Hexagone pour accueillir les nombreux datacenters qui devront être déployés en Europe au cours des prochaines années, notamment pour accompagner la montée en puissance du cloud computing.
Le club « France for datacenters » réunit les différentes filières qui interviennent dans la conception, la construction, l’équipement ou l’exploitation des datacenters. Elle s’appuie sur des entreprises telles que APC by Schneider Electric, AREVA T&D, Brezillon, Bull, Corning, COTEBA, CRIP, EDF, Gimelec, INEO, Nexans, Orange, SDMO, STULZ ou Vinci Energies.
Cette initiative a notamment pour objectif de mettre en avant les atouts de l’Hexagone pour héberger les grands centres de données utilisés par les entreprises. Les différents points forts des infrastructures françaises sont notamment les suivants :
- la France est le pays qui émet le plus faible taux de CO2 pour produire son énergie électrique,
- c’est le pays le plus fiable en matière d’alimentation électrique
- le prix de l’énergie électrique en France est le plus bas en Europe et, même s’il est appelé à augmenter, la visibilité sur ces augmentations reste forte (à titre de comparaison, les entreprises implantées en Irlande ont dû faire face en 2009 à une augmentation de 95% du prix de l’électricité),
- le prix de l’immobilier en Ile-de-France reste deux fois moins élevé que dans des métropoles telles Londres (où les projets de nouveaux datacenters sont désormais gelés pour cause de trop forte consommation électrique) et largement inférieur à ceux de villes comme Amsterdam ou Francfort, souvent concurrentes de Paris, pour accueillir les futurs centres de données,
- une population d’ingénieurs et de techniciens importante.
L’association a par ailleurs édité deux livres blancs, disponibles à l’adresse www.francefordatacenters.fr
5) Un investissement de type « industriel »
De toute évidence, le principal frein à la création de nouveaux datacenters en Midi-Pyrénées est la frilosité des investisseurs, privés ou publics. Il faut dire que le retour sur investissement pour un datacenter est d’environ 10 ans, à l’instar de celui que l’on observe dans l’industrie. « D’une part, les datacenters de Midi-Pyrénées arrivent quasiment tous à saturation, ce qui signifie que la clientèle existe bien, constate Hugues Brunel. D’autre part, les pouvoirs publics disposent d’une marge de manœuvre pour aider les investisseurs, que ce soit au niveau de leurs recherches foncières ou sur le plan de l’alimentation électrique. L’enjeu des prochaines années concerne plutôt la création d’un écosystème complet, en amont et en aval des datacenters eux-mêmes. »
Dossier animé Pascal Boiron, Midenews
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