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Zoom sur : le marché de la e-santé PDF Imprimer Envoyer
Mercredi, 14 Septembre 2011 10:00
e-sante-pause

Si la e-santé apparaît comme l’un des secteurs les plus prometteurs pour les professionnels des TIC, la filière reste en cours de constitution. De nombreuses places restent à prendre au sein de cet écosystème en constante mutation. Ce dossier propose un panorama des initiatives lancées à l’échelle internationale, nationale ou régionale. Il sera progressivement enrichi par les commentaires des lecteurs et intervenants.

En photo : Université de la e-santé 2011, en juillet à Castres.

Définitions et périmètre du marché de la e-santé

- Au niveau mondial, l’OMS donnait dès 1997 sa définition de la e-santé : activités, services et systèmes liés à la santé pratiqués au moyen des TIC.

- Au niveau français, le domaine privilégié de la e-santé reste la télésanté. Le député Pierre Lasbordes (élu de l’Essonne), responsable du rapport « La télésanté : un nouvel atout au service de notre bien être » la définit comme « l’utilisation des outils de production, de transmission, de gestion et de partage d’informations numérisées au bénéfice des pratiques tant médicales que médico-sociales ». Voir également le texte de la loi du 21 juillet 2009, dite HPST.

- En France, les dépenses liées à la santé représentent 11% du PIB (16% aux Etats-Unis).

- En 2015, le cap des 2 millions de personnes âgées de plus de 85 ans sera franchi en France, soit 66,7% de plus qu’aujourd’hui.

- Le marché européen de la e-santé devrait passer de 14,2 milliards € en 2008 à 15,6 milliards € en 2012 selon l’étude de Capgemini Consulting « Business Models for eHealth », soit une croissance annuelle d’environ 3%.

- Les 4 principaux segments de marché identifiés par Capgemini Consulting sont, dans l’ordre décroissant : les systèmes non cliniques, ou SUNC (71,6% du chiffre d’affaires), les systèmes d’information cliniques, ou CIS (22,5%), les réseaux d’informations de santé, ou IHCIN (5%) et la télémédecine (0,9%).

- Selon Capgemini Consulting, la télémédecine est pourtant le marché le plus prometteur, avec une croissance annuelle supérieure à 60% sur la période 2008-2012.

Les acteurs de la e-santé

- D’après l’analyse du centre e-santé de Midi-Pyrénées, l’écosystème en formation est principalement composé de 6 types d’acteurs : les professionnels de santé, la recherche et la formation, les collectivités territoriales, les organismes de protection sociale, les industriels et prestataires des TIC et les patients. Cette richesse est paradoxalement un frein, dans la mesure où ces différentes familles d’intervenants échangeaient peu jusqu’à ces dernières années.

- En Midi-Pyrénées, ce constat a conduit à la création en mars 2010 du centre e-santé régional, dont les institutions fondatrices sont les Hopitaux de Toulouse, le Pôle de Compétitivité Cancer-Bio-Santé, Aérospace Valley, l’Université de Toulouse et le Grand Toulouse. Le centre e-santé s’appuie par ailleurs sur des organismes tels que l’Agence régionale de Santé (ARS), l’Espace numérique régional de Santé (ERNS), le Groupement de Coopération sanitaire (GCS), l’Agence des Systèmes d’Informations Paratagés (ASIP) ou le Centre national de Référence Santé à Domicile et Autonomie (CNR-Santé).

- Au niveau européen, la France apparaît à la fois comme l’un des pays les plus actifs en matière de e-santé et l’un de ceux qui affichent le plus de résultats « moyens » ou « passables ». Pour l’indicateur européen des consommateurs de soins de santé, la France est classée 7ème sur 33 pays (les trois premiers sont les Pays-Bas, le Danemark et l’Islande). Pour l’utilisation des TIC par les médecins généralistes, la France est en 19ème position sur les 29 pays évalués.

Quelques projets internationaux, nationaux ou en Midi-Pyrénées

(Les propositions des lecteurs de Midenews pour compléter cette liste sont les bienvenues).

- Europe : eHealth-Interop, pour l’interopérabilité des systèmes d’information de santé des 27 pays membres ; TAS, pour garantir le respect de la vie privée et la confidentialité des données de santé ; IMI, pour identifier les compétences des professionnels de santé.

- France : Diabeo, pour le suivi des personnes atteintes du diabète ;  CISCO, pour des avis médicaux spécialisés à distance.

- Midi-Pyrénées : Projet de télé radiologie ; le projet du Gérontopole de Midi-Pyrénées dans le Lot à Labastide-Murat (voir Midinews du 17 juin 2011) ; le robot-assistant de santé Kompaï (voir Midenews du 13 juillet 2011) ; les Universités d’été de la e-santé à Castres-Mazamet (voir Midenews du 13 juillet 2011) ; l’école d’ingénieurs e-santé ISIS à Castres (voir Midenews du 22 juin 2011) ; la Commission TIC & Santé de La Mêlée.

L’avis d’une collectivité

Hervé Denudt, chef de projet à Ariège Expansion : « L’action sociale et la perte d’autonomie peuvent générer 60% des dépenses de gestion des budgets de fonctionnement des collectivités. »

Si l’Ariège ne se prend pas pour un acteur spécialisé dans la e-santé, le département est impliqué dans plusieurs projets innovants, dont celui d’un « patch » pour informer les professionnels de santé de chutes ou de fugues de personnes âgées.

- La région Midi-Pyrénées est fortement impliquée dans le développement de la e-santé via le Tarn et le pôle de Castres-Mazamet. L’Ariège devient-il également un des acteurs régionaux spécialisés dans la e-santé ?

Hervé Denudt : Il ne s’agit pas pour nous de nous prendre pour un acteur spécialisé dans la e-santé, mais de répondre aux attentes légitimes des collectivités, pour lesquelles les dépenses liées au social, à la prévention et au suivi de la perte d’autonomie des personnes âgées peut représenter plus de 60% de leur budget de fonctionnement. Ariège Expansion s’est donc associée au projet du plateau gérontechnologique de l’hôpital de Foix Bellissen, qui sera entièrement opérationnel à partir de début 2012.

- Quels sont les autres projets dans lesquels Ariège Expansion est impliqué ?

Hervé Denudt : Il faut notamment citer le projet SACHA (NDLR : Search and Computerize Human Acts), qui permettra à l’EPHAD de Foix Bellissen d’informer les professionnels concernés en cas de chute ou de fugues de personnes âgées dépendantes. Concrètement, il s’agit d’une solution de géolocalisation fondée sur l’utilisation d’un patch. La technologie, qui a été développée par l’entreprise toulousaine SigFox Wireless, a été labellisée par les Pôles de Compétitivité Aerospace Valley et Cancer-Bio-Santé, ce qui lui permet d’accéder au Fond Unique Interministériel, ou FUI. Il sera utilisé dans le cadre du Centre Hospitalier du Val d’Ariège (NDLR : CHIVA) dès 2012.

Propos recueillis par Pascal Boiron, Midenews

 

L’avis des start up

Bruno Gouzy, Directeur associé de iMage’inn : « Une application de radiologie doit être conçue par un radiologue »

Créée en 2009, l’entreprise castraise développe une application de radiologie qui a déjà reçu 4 récompenses. Mieux, la startup a depuis avril Altran comme partenaire technologique et financier. Où va-t-elle ? Les réponses de Bruno Gouzy, Directeur associé de iMage’inn.

- iMage’inn fête son 2ème anniversaire et est encore une startup, mais vous avez déjà reçu quatre prix et récompenses* : qu’avez-vous de plus que les autres ?

Bruno Gouzy : Nous proposons une application conçue par un radiologue pour les radiologues. Voilà la principale explication du fait que la solution « Harmony » ait reçu ces différents trophées et que notre démarche séduise. Le principe de base que nous partageons avec Kambiz Sharif, le fondateur de l’entreprise, c’est que le système soit suffisamment transparent pour que cela ne demande pas de gestes supplémentaires aux utilisateurs. C’est une condition sine qua non pour qu’un nouvel outil soit adopté.

- Image’inn serait-il le seul à avoir cette démarche ?

Bruno Gouzy : On peut poser la question autrement. Les apporteurs de technologies n’ont-ils pas tendance à demander au reste du monde de s’adapter, même si les usages sont très différents d’un pays à l’autre ? Nous voulons inverser cette équation : la solution doit être suffisamment pertinente dans le domaine de la radiologie pour être commercialisée immédiatement partout dans le monde, sans que les utilisateurs aient l’impression d’accepter un processus peu adapté dans lequel ils seront enfermés.

- Vous avez reçu des trophées, mais il vous faut des partenaires : où en êtes-vous de ce point de vue ?

Bruno Gouzy : Nous avons depuis avril dernier un partenariat fort avec Altran, qui est aujourd’hui le leader européen du conseil en innovation. Par ailleurs, nous avons le soutien de Jaguar Network, qui héberge nos données sur son datacenter et apporte son accès Internet. Rappelons que nous avons également le soutien de Cisco, fortement impliqué dans le développement de la e-santé (NDLR : Laurent Blanchard, directeur général de Cisco France, est co-président du comité « santé » du Syntec numérique), sans oublier les partenariats avec l’école ISIS de Castres, le Pole Compétitivité Cancer-Bio-Santé, la Technopole Castres-Mazamet ou le Conseil régional de Midi-Pyrénées.

- Quand le produit sera-t-il commercialisé ?

Bruno Gouzy : Au début de l’année 2012. D’ici là, nous allons présenter les maquettes de la solution Harmony lors des journées de la e-santé à Castres, début juillet, et nous présenterons le produit en avant-première lors des Journées Françaises de la Radiologie, qui auront lieu du 21 au 25 octobre prochains à Paris.

Propos recueillis par Pascal Boiron

* Trophée de la e-santé (2010), trophée Midinvest (2010), trophée de la croissance (2010) et trophée BFM Business (2010).

 

Hervé Servy, fondateur et directeur technique de Sanioa :

« Les données de santé doivent rester sous le contrôle des patients. »

La jeune entreprise Sanoia n’a pas deux ans mais son fichier de santé anonyme est déjà opérationnel et intéresse à la fois des médias, des opérateurs de téléphonie ou des mutuelles et assurances. Le fondateur de l’entreprise s’explique.

- Vous lancez une « fiche santé » anonyme. Est-ce pour concurrencer le DMP, le fameux dossier médical personnel ?

Hervé Servy : Cela n’a jamais été notre but. Contrairement à ce que son nom laisse penser, le DMP est un outil qui sera d’abord utilisé et géré par les professionnels de santé, alors que la fiche de santé que nous avons conçue est centrée sur le patient et renseignée par lui. Un point qui nous semblait essentiel est la confidentialité des données. Nous avons nous-mêmes sollicité la CNIL pour qu’elle dise si l’on était arrivé à inventer une fiche santé anonyme. Sa réponse est « oui ».

- Comment le projet est-il né ?

Hervé Servy : C’est à la base l’idée de professionnels de santé, essentiellement des urgentistes. Le constat premier est simple : la grande majorité des personnes qui arrivent aux urgences sont affolées ou ne sont pas en état de répondre et de fournir les informations qui permettraient une prise en charge plus rapide et plus efficace. Sanoia est né du rapprochement de ces professionnels de santé avec des ingénieurs en informatique.

- Concrètement, qui rempli cette fiche santé ?

Hervé Servy : Le fichier est renseigné et suivi par le patient, qui mentionne d’ailleurs au fur et à mesure des informations qui ne sont pas toutes transmises aux soignants d’habitude, comme les maux de têtes, les pertes de poids, etc. Le principe fondamental est que les informations soient accessibles depuis partout via Internet tout en restant anonymes.

- Le fichier Sanoia étant un service privé, vous devez proposer un modèle économique rentable. L’avez-vous trouvé ?

Hervé Servy : Les expériences que nous avons menées depuis la genèse du projet en 2009 nous conduisent à considérer que nos clients directs sont des médias, tels que Doctissimo avec qui nous travaillons, des opérateurs de téléphonie, des mutuelles ou des compagnies d’assurance. Le service doit selon nous rester gratuit pour le patient et les données doivent être disponibles pour les professionnels de santé. C’est le modèle qui semble aujourd’hui le plus pertinent.

- Sanoia est venu présenter sa solution lors de l’Université d’été de la e-santé à Castres : que peut vous apporter ce type d’événement ?

Hervé Servy : Il est essentiel que les PME du secteur de la e-santé gagnent en visibilité et participent constamment aux débats sur ces sujets de société et démontrent qu’elles jouent un rôle moteur dans la montée en puissance des technologies de e-santé. C’est notamment ce que permet de réaliser une manifestation comme l’Université de la e-santé. Les start up de ce secteur doivent veiller à leur notoriété et rappeler qu’elles ont une culture médicale forte, au-delà de leurs compétences dans le domaine numérique.

- Quels sont pour vous les enjeux de ce travail sur la notoriété de Sanoia ?

Hervé Servy : Je ne citerai que trois exemples pour illustrer les gains de cet investissement. Le premier, c’est que notre proposition d’intervention lors de l’American Congress of Rheumatology, à Chicago en novembre prochain, a été acceptée. Le second, c’est que notre solution sera disponible sur les téléphones mobiles avant la fin de ce mois de septembre, via Orange. Le troisième est que nous pourrons prochainement communiquer sur les résultats des tests en grandeur nature menés avec les hôpitaux de Marseille, dont nous savons d’ores et déjà qu’ils mettent en avant la qualité des informations données par les patients.

Propos recueillis par Pascal Boiron

Quelques liens utiles pour approfondir le sujet de la e-santé

La Loi HPST (Hôpital, patients, santé, territoires)

Le rapport du député Pierre Lasbordes

Le rapport du professeur Pierre Simon et de Dominique Acker

Le Rapport Nora Berra « Vivre chez soi »

L’étude CapGemini pour l’Union Européenne

European countries on their journey towards national eHealth insfrastructures

ICT Research – the policy perspective – a healthy approach

Livre blanc santé 2025

Etude Alcimed pour CNSA

Les supports des présentations des intervenants de l’Université d’été de la e-santé   2011

Rapport du sénateur Pierre Trillard sur la prévention de la dépendance des personnes âgées

Rapport de la Délégation à la stratégie des systèmes d’information de santé

Etude INSEE sur la dépendance des personnes âgées en 2040

Etude Accenture sur les systèmes de santé publics

Les 50 derniers articles de Midenews sur le sujet de la e-santé

Dossier animé par Pascal Boiron, Midenews

 


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