Situés dans les quartiers les moins favorisés des grandes agglomérations, les logements sociaux pourraient paradoxalement devenir les pionniers de la fibre optique et du très haut débit. Principale explication : les constructions « verticales » permettent d’arriver au coût à la prise le plus bas.
En photo : Serge Bergamelli, Directeur Régional de la Caisse des Dépôts, et Stéphane Carassou, Directeur de l’Union Sociale pour l’Habitat de Midi-Pyrénées
A l’initiative de l’Union Sociale pour l’Habitat et de la Caisse des Dépôts de Midi-Pyrénées, une conférence jeudi 4 mars a réuni les principaux bailleurs sociaux de l’agglomération toulousaine afin de préciser les enjeux de l’équipement du parc social en fibre optique. A lui seul, le Grand Toulouse compte plus de 14 500 logements sociaux (sur un total de 110 000 pour la région Midi-Pyrénées). Historiquement implantés dans les quartiers les moins favorisés, les immeubles concernés ont paradoxalement un atout déterminant dans le contexte du déploiement de réseaux en fibre optique : ils permettent d’arriver aux coûts à la prise les moins élevés, justement du fait de leur verticalité. « Pour chaque mètre de fibre optique, 80% des coûts du déploiement sont liés aux travaux de génie civil, a rappelé Serge Bergamelli, Directeur Régional de la Caisse des Dépôts. Sachant cela, les logements sociaux pourraient devenir les pionniers de la fibre optique et permettre le développement de nouveaux usages ».
Les défis du maintien à domicile
Certains usages de la fibre optique sont bien connus, comme le « triple play », associant la téléphonie, l’accès Internet et la télévision. Ces deux dernières années, le concept de « triple play social » s’est même largement développé. Concrètement, il s’agit de proposer aux locataires des logements sociaux ce service de façon quasi gratuite, mais « dégradée » par rapport à celui que proposent les opérateurs au tarif moyen de 30 euros par mois. De fait, l’équation économique n’incite pas les opérateurs à promouvoir cette solution. Deux autres familles d’usages ont été évoquées par le bureau d’études Tactis. La première concerne les différents services qui pourraient faciliter la gestion des immeubles (consommation d’énergie, vidéosurveillance, etc.) et les relations entre les locataires et les bailleurs (pour la gestion des loyers et des charges, par exemple). La seconde est d’une actualité particulière à Toulouse, dans la mesure où elle porte sur le maintien des seniors à domicile, un thème désormais porté à l’échelle nationale par le Centre Expert e-Santé, implanté à Toulouse et opérationnel depuis le 1er mars. « A Toulouse, 24% des locataires de logements sociaux ont plus de 60 ans, a précisé Stéphane Carassou, Directeur de l’Union Sociale pour l’Habitat de Midi-Pyrénées. Le déploiement de la fibre optique dans ce type d’immeubles s’impose ainsi comme un enjeu de santé publique. »
Un audit indispensable
Au terme de cette réunion, la sensibilisation des bailleurs sociaux a conduit à préciser les prochaines étapes. Dans un premier temps, il semble indispensable de réaliser rapidement un état des lieux du parc immobilier social de Midi-Pyrénées. Sur cette base, ils pourront ensuite identifier avec les collectivités et les opérateurs les sites les mieux adaptés pour un déploiement rapide de la fibre optique. La troisième étape consiste bien sûr à imaginer le montage financier et juridique des projets. Dans tous les cas, les différents intervenants ne peuvent pas perdre de vue que le Loi de Modernisation de l’Economie a institué fin 2008 un « droit à la fibre » pour les habitants des immeubles. En l’occurrence cette loi va être de plus en plus contraignante, notamment pour les logements sociaux à construire. « Personne n’imagine que l’ensemble du parc immobilier social soit équipé de la fibre optique. Par contre, ces logements peuvent devenir précurseurs dans le développement de technologies qui soient à la fois humanistes et non intrusives, notamment dans la perspective du maintien à domicile des seniors », conclut Serge Bergamelli.
Pascal Boiron, Midenews
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