Œnologue de formation et spécialiste de longue date du recrutement, Jacques Froissant a fondé deux sociétés. Altaïde est un cabinet de conseil en recrutement dans le domaine du high-tech, complété par Moovement.fr, un moteur de recherche d'emploi de conception "2.0". Cette nouvelle approche, aiguillonnée par les nouvelles technologies, deviendra-t-elle incontournable dans un avenir proche ? Si la proactivité qu'elle induit réussit aux cadres, difficile de dire si elle sera généralisable à l'ensemble de la population. Mais avant d'entrer dans la prospective, Jacques Froissant nous donne quelques clefs pour comprendre la notion de "2.0" dans le recrutement et la recherche d'emploi.
Il interviendra le 10 juillet dans le cadre de "Déjeuner sur Web", rencontre organisée par les associations La Mêlée et Petit Deviendra Grand. Présentation et inscriptions.
Quelle est votre définition du recrutement 2.0 ? De quoi s'agit-il ?
L'arrivée d'Internet avait peu modifié les modes de recrutement. En effet cela avait juste transformé les annonces papiers en annonces web et les armoires de CV en fichiers électroniques partageables.
L'arrivée du Web 2.0, avec en particulier les réseaux sociaux, transforment complètement les processus de recrutement. Une entreprise ou un candidat gèrent aujourd'hui leur identité numérique à travers leur présence sur des blogs, des réseaux sociaux professionnels (LinkedIn, Viadeo,...), Facebook, Twitter, des vidéos.... Le candidat, comme le recruteur, deviennent actifs : le premier en développant son réseau pour contacter des amis d'amis qui sont susceptibles de l'aider, le second en devenant animateur de communautés autour de la marque employeur et/ou de la spécialité métier. Des responsables de ressources humaines ou d'officines privées ont de plus en plus le réflexe Facebook et consort pour se renseigner sur les candidats. Pour le chercheur d'emploi, n'y a-t-il pas justement un danger dans le "2.0" qui amène à mélanger sphères privées et professionnelles ?
En réalité peu de DRH ou d'employeurs vont consulter Facebook pour plusieurs raisons : déjà parce qu'ils n'y sont pas inscrits, deuxièmement parce qu'il faut être « ami » avec un candidat pour voir son profil, et enfin parce que dans la plupart des cas on y apprend rien. Et si l'employeur respecte la loi sur la Discrimination à l'embauche, il doit s'interdire d'aller chercher des infos personnelles.
Ceci dit, je recommande fortement aux utilisateurs de Facebook de gérer de manière scrupuleuse leurs « amis », de bien utiliser les options de confidentialités de telle ou telle info ou photo, et de manière générale d'y réfléchir à deux fois avant d'écrire sur le net.
Le mélange des sphères privée et professionnelle peut se faire, mais, encore une fois, c'est une question de dosage. Vous ne racontez pas toute votre vie à des collègues de bureau, soyez encore plus restrictif sur le Net ! Toujours vu du côté de la personne en recherche d'emploi, est-ce que cette démarche, ces outils ne sont pas plutôt réservés aux cadres ?
Aujourd'hui, clairement, les cadres ou cadres potentiels sont ceux qui utilisent le plus facilement ces outils. Le partenariat Apec-LinkedIn y contribue aussi largement. Maintenant l'usage des réseaux sociaux, en se développant, touche des populations de plus en plus larges : jeunes diplômés, spécialistes techniques... C'est une vraie tendance de fond qui modifie en profondeur les comportements face au recrutement. Le "recrutement 2.0" pourrait-il être décliné à une institution comme le Pôle Emploi ?
Aujourd'hui c'est sans doute encore trop tôt pour basculer complètement. Mais pas mal de choses pourraient être faites dans la communication des candidats (vidéos métiers, vidéos présentation d'entreprises, réponses aux questions...) et dans la diffusion des offres (intégration dans les moteurs de recherche d'emploi, géolocalisation des offres...). S'appuyer sur un réseau social, comme le fait l'Apec avec LinkedIn, s'imposera sans doute avec le temps. Il était inconcevable il y a encore peu de temps de ne plus diffuser les offres en papier, et pourtant aujourd'hui c'est le cas à Pôle Emploi : les petites annonces ne sont visibles que sur le Net.
Propos recueillis par Frédéric Dessort, Mid e-News |