Piloté dans le cadre du pôle Aerospace Valley, ce projet vient de franchir sa première étape : démontrer la possibilité d'interconnecter plusieurs simulateurs aériens de façon durable. Explications avec Didier Bosque, de Steria, l'un des principaux protagonistes du projet.
Les écosystèmes d'information : sans doute l'un des prochains paradigmes de l'Internet. Une évolution qui voit déjà le jour dans le domaine de l'aéronautique. Le projet Gaia Virtual Sky, porté par un consortium toulousain (*) d'industriels, de laboratoires et de PME, avec Airbus en tête de file, en est une bonne illustration.
L'enjeu ? « Créer un ciel virtuel commun aux acteurs du transport aérien, en interconnectant leurs systèmes de simulation, dont l'infrastructure logicielle est hétérogène. », entame Didier Bosque, responsable de l'offre d'informatique industrielle de Stéria Sud, à l'origine du projet.
Pour mieux comprendre de quoi il s'agit, il faut préciser le contexte. Tous les maillons de la chaîne de l'aéronautique, avionneurs, acteurs de la navigation aérienne, centres de formation, possèdent leurs simulateurs. Une première catégorie d'entre eux permet aux pilotes de tester les avions, une seconde est dédié au trafic aérien, en phase d'approche (décollage et atterrissage) et en phase d'En-Route (vols proprement dits). « La première phase du programme, qui visait à créer un démonstrateur, vient d'être achevée et réussie. Nous avons mis en commun les ciels de 5 simulateurs : celui de l'A330, basé chez Airbus à Blagnac, de l'A320, basé chez Thales, à Basso-Cambo, celui de l'ENAC, à Montaudran, dédié à la reproduction des ciels d'approche, et deux autres appartenan t à la DSNA, qui simulent l'En-Route. Dans ce scénario, l'A330 et l'A320 partent de Toulouse et Lyon pour atterrir à Paris-Orly », explique Didier Bosque.
Résultat essentiel : les pilotes testeurs ont vu apparaître dans le cockpit de leur simulateur un trafic aérien réaliste, lui-même reproduit dans les autres simulateurs, gérés par l'ENAC et la DSNA. Inversement, ces derniers intègrent dans leur espace de trafic aérien virtuel les appareils simulés par des pilotes bien réels.
Il s'agit donc, d'un point de vue technique, d'acheminer et d'intégrer des informations provenant des systèmes d'informations rattachés à chaque simulateur. Et Gaia n'est autre qu'une forme de Middleware entre ceux-ci, proposant un standard d'interopérabilité, comme un système d'enregistrement et de routage des données échangées. Un modèle commun de ces dernières a été conçu, dont la structure sera probablement open-source. A partir des systèmes de simulation, les informations sont échangées via des connecteurs logiciels que développent chacun des acteurs impliqués dans le projet. « Airbus a par exemple créé sa GaiaBox, de manière autonome et sans avoir à divulguer ses propres secrets de fabrique : un impératif qui a été fixé à la conception de Gaia. », précise Didier Bosque.

L'espace aérien européen en ligne de mire
Prochaine étape : le choix de la stratégie économique, dans laquelle l'approche du logiciel libre pourrait être une option importante, et poursuivre les développements. Mais plus largement, il s'agit de « faire adhérer de plus en plus d'acteurs à notre projet. Eurocontrol, l'instance européenne de la navigation aérienne, a lancé la connexion de sa plateforme de simulation. Thales Air Systems a annoncé vouloir en faire de même. Nous misons aussi sur le projet Sesar dans lequel nous entendons nous inscrire. Son objectif : faire de l'Europe l'infrastructure de transport aérien la plus performante au monde en termes de capacité, de performance, de sécurité, de réduction des impacts environnementaux et de réduction des coûts. La solution passe par la mise en place d'un ciel unique européen et la réalisation d'un système bénéficiant des innovations technologiques. En l'occurrence, il s'agira d'interconnecter les systèmes d'informations de navigation aérienne de tous les Etats, d'utiliser la géolocalisation par satellite, d'optimiser des trajectoires, ... . Notre projet, par la représentativité de la communauté aéronautique des acteurs toulousains, par son approche Ntic, "coopétitive" (**) et time-to-market, est pensé pour contribuer fortement à ces enjeux européens », conclut Didier Bosque.
Propos recueillis par Frédéric Dessort, Mid e-News
Site dédié au projet : www.gaia.aero
(*) Acteurs impliqués dans le projet Gaïa : Institutionnels : Ecole Nationale de l'Aviation Civile (ENAC), Délégation des Services de la Navigation Aérienne (DSNA)
Industriels : Airbus, Thales Sociétés d'Ingénierie Informatique : Stéria, Oktal, CGX, Alticode, Intespace (**) La notion de coopétition désigne l'association de comportements stratégiques de coopération et de compétition (concurrence) simultanés de la part de deux ou plusieurs entreprises. (cf cette page de Wikipedia)
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