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Comment une PME toulousaine à la base construit sa présence dans 15 pays ? Comment expliquer le poids important de la filière informatique en Midi-Pyrénées ? Les réponses d'Alain Di Crescenzo, Président de l'éditeur de logiciels de conception assistée par ordinateur IGE+XAO et de la Commission Animation industrielle et Services aux Entreprises de la CCI de Toulouse.
Quelles ont été les principales étapes du parcours de IGE+XAO depuis sa création ?
Alain Di Crescenzo : IGE+XAO est aujourd'hui le principal éditeur français de logiciels de CAO électrique. C'est le fruit de plus de 20 ans d'investissements dans ce créneau devenu fondamental pour l'ensemble des industries. Si l'on en revient aux origines de l'entreprise, il faut tout d'abord rappeler qu'elle est née en Midi-Pyrénées en 1986, sous le nom de IGE, et qu'elle s'est rapprochée de l'éditeur spécialisé XAO en 1991 afin d'accélérer son développement. La progression fut dès lors suffisamment forte pour conduire à l'introduction en bourse de l'entreprise dès 1997. A posteriori, les deux gages du développement de IGE+XAO ont été l'innovation et l'internationalisation de son activité. La société compte aujourd'hui 355 salariés et dispose de 22 sites répartis dans 15 pays. Par ailleurs, notre rentabilité nous permet de rester conquérant et d'envisager des acquisitions : la marge nette est de 13% en moyenne, pour un chiffre d'affaire qui est aujourd'hui de 21,6 millions d'euros, et nous avons une trésorerie de 13,8 millions d'euros.
Qui sont aujourd'hui vos concurrents ?
Alain Di Crescenzo : Nous avons des concurrents différents sur les 3 marchés sur lesquels nous intervenons. En ce qui concerne la CAO électrique pour l'aéronautique et tous types de véhicules ou matériels roulants, nous avons une position de force avec une part de marché de plus de 60% en France, sachant que les autres grands éditeurs sont américains ou japonais et que chacun cherche à rester leader dans sa zone d'influence. En ce qui concerne le câblage des machines de production, nous constatons que chaque pays industrialisé dispose d'un grand acteur local. Enfin, concernant le câblage des bâtiments, notre principal concurrent est probablement Autodesk, qui est le leader mondial de la CAO mais qui n'est pas spécialisé dans les applications électriques.
Comment expliquer que Midi-Pyrénées soit devenu la 2ème région après l'Ile de France en ce qui concerne le poids des TIC dans l'économie ?
Alain Di Crescenzo : Je pense que ce résultat a été obtenu grâce au cercle vertueux qui est né autour de l'industrie aéronautique et de ses importants besoins en matière d'innovation et de recherche. Il faut savoir que la région Midi-Pyrénées consacre 3,7% de son PIB à la R&D, alors que la moyenne nationale est d'environ 2,1%. En la matière, elle fait mieux que le Japon, où ce taux est de 3,3%. Cela a un effet « mécanique » au niveau des ressources, puisque Midi-Pyrénées est devenue la 2ème région étudiante après Paris, avec 110 000 étudiants, et qu'elle fait travailler 22 000 chercheurs.
L'importance des TIC pour la région doit être davantage connue. Il s'agit tout simplement d'une de ses 4 filières d'excellence. Pour cela, il faut que les acteurs de ce secteur soient plus facilement identifiables, sachant qu'il s'agit d'une population diffuse, qui recouvre un grand nombre de codes APE et qui n'est pas suffisamment fédérée au sein d'un syndicat professionnel. De ce point de vue, le rôle que joue la Mêlée Numérique depuis plus de 10 ans est essentiel.
Quels arguments opposez-vous aux entreprises qui sont tentées de désinvestir dans les TIC du fait de la crise économique ?
Alain Di Crescenzo : Tout d'abord que l'informatique n'est plus un investissement qui est fondé sur la « bonne fortune » des entreprises : c'est un préalable dans la quasi-totalité des secteurs d'activité. Sur la base de ce constat, on peut considérer que la crise que nous traversons est au contraire opportune pour investir dans les TIC : le prix des solutions informatiques a fortement baissé, il s'agit de biens amortissables, le retour sur investissement est très court et c'est l'un des seuls investissements qui permet de réaliser aussi rapidement des économies importantes notamment avec les nouveaux modèles de ventes SaaS. Dans l'absolu, un contexte économique dégradé devrait paradoxalement épargner la filière des TIC.
Propos recueillis par Pascal Boiron, Mid e-News
Crédit photo : Pierre-Louis Douère |