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Le 11 décembre se tiendra à Toulouse la Journée Nationale de l'Intelligence Economique d'Entreprise (programme ici en PDF). Cette grand messe est parrainé par plusieurs grands groupes français et décideurs politiques.
L'occasion d'apporter un éclairage à ce domaine, bouleversé par le développement de l'Internet.
Ali Laidi, journaliste spécialisé en intelligence économique, animateur d'une émission sur France 24, répond à nos questions. Chercheur à l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), il est également l'auteur de l'ouvrage "Les secrets de la guerre économique".
L'utilisation d'Internet pour espionner ses concurrents est-elle une réalité ?
Oui sans aucun doute, et j'ai pu le constater par moi-même. Une méthode revient assez souvent : l'envoi d'un mail à l'assistante d'un dirigeant, recélant un virus caché. Ce dernier est souvent doté d'une fonction de cheval de troie qui va permettre à l'attaquant de consulter toutes les données situées sur le PC infecté, y compris les mails. Une compromission des informations qui peut aller jusqu'au vol du numéro de carte bancaire des décideurs, on l'a vu récemment pour Nicolas Sarkozy. D'autres techniques sont également utilisées : le blocage d'un site Internet, ou encore son "defacing". En d'autres termes, il s'agit du remplacement de la page d'accueil par un texte ou des images de nature à mettre en péril l'image de l'entreprise. Il faut savoir qu'il existe en France une quinzaine de prestataires qui peuvent réaliser des opérations d'espionnage via Internet. Pouvez-vous citer quelques cas d'actes de dénigrement en ligne ? Il y a eu notamment Airbus, qui, à la suite de l'accident d'Habsheim (*), a été de nouveau ébranlé par la diffusion sur l'Internet naissant du début des années 90, d'informations qui mettaient en cause la compagnie. En l'occurrence, des parties du rapport judiciaire officiel, les plus défavorables à l'avionneur, se sont retrouvées sur la toile. Par la suite, il s'est avéré que Boeing était à l'origine de cette opération de destabilisation. Autre exemple plus récent. Lorsque la France candidatait pour être l'hôte des Jeux Olympiques de 2012, le site de son projet a été piraté. La page d'accueil a été remplacée par une autre dans laquelle l'équipe française critiquait vertement Juan Antonio Samarange, président du Comité International Olympique. De manière générale, ces manoeuvres de destabilisation utilisent d'abord Internet, par nature opaque, pour distiller rumeurs et insinuations. Mais au bout du compte, leurs auteurs espèrent que les médias officiels, la presse "papier" notamment, reprennent ces informations. Les PME innovantes sont-elles visées ? Pour l'essentiel, non, car le moyen le plus direct pour accéder à leur technologie consiste à en faire l'acquisition. C'est le rachat pur et simple, ou alors le débauchage de leurs dirigeants ou directeurs de recherche. En revanche, les grands groupes technologiques, entre eux, peuvent se livrer une cyberguerre économique. Ainsi, Siemens a été pris la main dans le sac en possession de fichiers clients de Dassault. A une échelle plus globale, les Etats utilisent-ils ces techniques comme arme de guerre économique ou politique ? Oui, et ce sont les Chinois qui ont été les premiers à comprendre que le premier lieu de frappe serait le cyberespace, sur le principe de la guerre de l'information. Deux colonels de l'armée chinoise l'ont écrit dès le lendemain de la première guerre du Golfe, en évoquant l'idée de "guerre hors limite". Une projection qui s'est vérifiée dans le cas de la récente guerre en Géorgie. Ce conflit a commencé par une cyber-attaque russe visant à paralyser les infrastructures de communications et de télécommunications. Le Pentagone et la CIA sont également l'objet d'attaques massives en provenance de pays étrangers. Propos recueillis par Frédéric Dessort, Mid e-News (*) Le vol 296 Air France est un vol de démonstration de l'Airbus A320 qui s'est écrasé le 26 juin 1988 lors d'un meeting aérien à Habsheim, dans le sud de l'Alsace. (plus d'infos sur cette page de Wikipedia)
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