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Accueil > Eclairages > Louis Naugès : « Dans trois à cinq ans, il n'y aura plus de serveurs dans les entreprises »
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Mardi, 30 Septembre 2008 10:43 |
Vendredi dernier, la troisième édition de « Déjeuner sur Web » accueillait Louis Naugès. A la fois entrepreneur (Revevol, et précédemment Microcost) et professeur (IAE Paris, Insead, ...), il est un exégète et prosélyte assez convaincant du "tout en ligne" et du "tout collaboratif". Explications avec l'animateur d'un blog éponyme très riche sur le thème. (**) Après la publication de cette interview, Louis Naugès a souhaité apporté quelques compléments, à lire en fin d'article.  Qu'évoquez-vous quand vous employez l'expression d' « Entreprise 2.0 » ? J'entends par là une déclinaison des outils grand public de type « réseau social », « blogs », « wiki », etc... qui sont aujourd'hui une réalité pour des millions de personnes. J'entends par là aussi la généralisation de la fonction collaborative, notamment aux logiciels de bureautique, utilisés via navigateur Web. Aujourd'hui, on peut faire référence aux solutions "Google Apps". Est-ce que ces innovations sont utilisées dans le monde économique ? Non, il existe un décalage important avec les usages grand public. D'abord, nombre d'entre elles ne les connaissent tout simplement pas, notamment les TPE, et il y a un gros travail de sensibilisation à mener. Ensuite, chez les PME, petites ou grandes, le principal frein est de nature sécuritaire. Il correspond à de fausses craintes. Bien entendu, il faut d'abord faire le premier pas pour s'en rendre compte. Mais il est vrai que l'on voit encore des banques où l'utilisation du mail est proscrite pour communiquer avec les clients ! Or, des premiers projets d'ampleurs sont en cours de déploiement. C'est le cas notamment chez Valéo, qui a décidé d'abandonner Office, Lotus et autres messageries Exchange, pour les remplacer par les Google Apps (*). Ainsi, près de 35 000 collaborateurs accèderont à leurs mails chez Google et pourront y partager leurs documents de travail en ligne. (*) après la publication de cet article, Valéo fait valoir que le groupe est en phase de "tests" de la suite Google Apps Comment Valéo a t-il accepté de confier ses données à Google ? Le contrat signé comprend un engagement précis sur la confidentialité. Et puis c'est une question de confiance. Par comparaison, on peut décider de garder son argent sous le matelas et ne pas le confier à une banque... Par ailleurs, une start-up franco-anglo-israelienne, ETSEM, vient de lancer une solution permettant de l'authentification, le cryptage des flux échangés, et la garantie de l’intégrité des messages transmis sur des plateformes telles que Google. De manière générale, le coût de revient, la qualité de service, la sécurité des datacenters de Google est sans commune mesure avec tout centre de serveurs, qu'ils soient internes à l'entreprise ou en infogérance. D'ailleurs, la garantie de continuité de service est contractuellement encadrée et peut être entendue sur plusieurs années. A imaginer par exemple, cas rarissime, qu'un serveur perde des données, celles-ci sont de toutes manières copiées deux fois. Une fois les craintes sécuritaires diminuées ou disparues, d'autres avantages pèsent dans la balance. Le prix, d'abord : les Google Apps coûtent 40 euros par mois et par utilisateur, offrant messagerie et bureautique en ligne et 25 Go de données. Chez Valéo, c'est presque dix fois moins cher qu'avec l'infrastructure précédente ! Une « vieille informatique » qui en outre n'offre pas cette libération de la fonction collaborative que permet Google. Libération à la fois dans l'usage, car tout les utilisateurs accèdent à la même application en mode Web, mais aussi en termes de limites spatiales. On n'est plus limité par les firewalls qui confinent aux murs de l'entreprise. Difficile de partager des documents commerciaux avec des partenaires ou des clients autrement. Tout cela semble prometteur mais peut-on généraliser cette offre aux PME ? Quels sont les coûts cachés, comme par exemple ceux associés au redéploiement ? En outre, auront-elles droit à un interlocuteur en cas de problème technique ? Si vous payez la version pro des Google Apps à 40 euros/an/poste de travail, vous avez droit à une assistance pour le gestionnaire du compte, mais pas pour les utilisateurs finaux. Quand au coût de l'accompagnement et de la gestion du changement, il dépend beaucoup du contexte. Dans les TPE, il est très faible, car elles n'ont pas la culture du conseil et de payer pour de la formation. Mais les PME et les grands comptes comprennent l'importance du sujet et sont prêts à y investir : c'est là que Revevol gagne sa vie ! N'y a-t-il que Google qui commercialise une offre de bureautique 2.0 ? Non, mais c'est pour l'instant le principal acteur. Et il faut bien distinguer deux aspects : l'infrastructure, d'une part, et la dimension logicielle, d'autre part. Google, avec ses gigantesques datacenters, autrement appelées "Cloud centers", en a été l'initiateur, et investit même, cette année, 3,4 milliards de dollars pour en construire de nouveaux ! Mais d'autres géants, malheureusement tous américains, s'y mettent : Yahoo !, eBay, Microsoft, Amazon, ou Salesforces. Ce dernier est un éditeur et hébergeur de solutions 2.0 d'entreprises qui a séduit près de 40 000 entreprises ! Enfin, pour ce qui est du développement et de l'hébergement des applications métiers, on commence à voir poindre des offres de "Platforms As A Service", parmi les acteurs que je viens de citer (mais pas chez Google). Et je pense que l'on va vers une informatique par "composants" au contraire d'une informatique intégrée. Il y aura autant de solutions Web que de fournisseurs, et il n'y aura qu'à choisir. A moyen terme, d'ici trois à cinq ans, la majorité des entreprises auront basculé dans le 2.0. Elles n'auront plus de serveurs en propre : trop cher à acquérir, à maintenir, et en fin de compte moins sécurisés que ceux de Google, par exemple. Propos recueillis par Frédéric Dessort, Mid e-News (**) Merci, Frédéric, d'avoir repris l'essentiel de mon exposé et de l'avoir très bien résumé. J'ai évoqué de très nombreux thèmes, en peu de temps, et je pense opportun d'apporter quelques précisions sur certains de mes propos, que j'ai probablement exprimé avec trop d'imprécisions. C'est en particulier le cas sur l'expérience Valeo, un des premiers grands clients mondiaux à tester en réel les solutions Google Apps, qui illustre bien le thème général de mes propos mais pas dans toutes leurs dimensions. J'ai parlé de l'abandon prochain des solutions actuelles de messagerie, Notes et Exchange, comme un mouvement que je pense inéluctable mais qui prendra du temps ; je précise aussi que Valeo n'utilise pas Exchange. Je prendrai quelques exemples : - Confidentialité et sécurité : les solutions de Google et leurs data centers sont très sécurisés et cette sécurité est confirmée dans un contrat. Par contre, Google n'a aucune solution de confidentialité ; c'est pour cela que j'ai cité les travaux d'une StartUp, comme ETSEM, qui trouvera là un créneau pour son offre de cryptage. Le produit n'est pas encore commercialisé et aucune entreprise ne l'a encore déployé. - Pour toutes les entreprises, y compris Valeo, les avantages des solutions "On the Cloud", telles que Google Apps sont doubles : - Dans les usages, avec la possibilité de travailler à plusieurs, en simultanéité, sans contraintes de lieu. - Réduction des coûts : selon les contextes, ces réductions peuvent atteindre ou dépasser un rapport 10, surtout quand une entreprise doit changer ses solutions existantes. - Concernant les entreprises petites et moyennes, les solutions payantes, à 40 €/personne/an donnent effectivement droit à de l'assistance, mais uniquement pour l'administrateur de la solution. Il n'est pas prévu d'assistance directe aux utilisateurs finaux, ni de formation initiale. Ce sont des domaines où les sociétés comme Revevol peuvent intervenir pour accompagner les utilisateurs dans leurs apprentissages de nouveaux usages. Je vous rappelle que la "baseline" de Revevol est : "Changing the Way We Work" ( Changez nos modes de travail). Encore merci, Frédéric, pour cet article qui aidera les entreprises du Sud-Ouest à mieux comprendre les potentiels des solutions Web 2.0 Louis Naugès Président Revevol
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