Deuxième volet de notre dossier emploi Dans le cadre de notre édition du 29 juillet, nous avions abordé le sujet sensible de l’emploi. Sujet contradictoire aussi, tant les cassandres prévoient une cannibalisation par les délocalisations de la production. Et tant, aussi, ces derniers acteurs du off-shore, tels que les grands groupes français du développement logiciel, déclarent rencontrer de sérieux obstacles dans le recrutement. Dès lors, il faut porter un regard qui sort de ces grandes masses, et comprendre aussi que l’évolution des compétences tient à des problématiques souvent bien françaises. Pour contribuer à ce dossier, plusieurs professionnels du recrutement et cadres de SSII nous ont apporté leur éclairage. Nous les en remercions. A lire en complément de cet article, le point de vue de Catherine Epstein, notre responsable de la rubrique "Compétences". Et rappel de notre premier volet ici ainsi que notre synthèse des grands chiffres caractérisant le marché de l'emploi. -------------------------------------------------------------------------------- Les informaticiens vieillissent vite. Très vite : « A 37 ans, on est sénior », entame Michèle Havelka, vice-présidente et fondatrice de l’Association Nationale des Informaticiens de France (ANIF). « Les jeunes sont chassés par les SSII, puis, au bout de 10 ans, leurs salaires commencent à peser et on les incite à partir. Sans parler du coût que peut représenter pour ces sociétés la formation continue. D’autant qu’il n’existe pas en France de véritable filière de réengineering de compétences ». Or, « beaucoup ont plus de 40 ans et seulement la moitié a suivi une formation. Ils comptent souvent sur leurs managers pour les mettre à niveau, mais doivent impérativement prendre en main leur employabilité. Et nombre d’entre eux ne connaissent pas leurs droits en la matière (formation tout au long de la vie, DIF et CIF…) ! », précise Michèle Havelka, par ailleurs associée au cabinet HPM (gestion de ressources humaines). Toujours au chapître de l’employabilité, cette dernière évoque un autre problème, assez typiquement français. « Chez les donneurs d’ordres, il est difficile de sortir d’un secteur d’activités, car il existe souvent des clivages entre les branches . Par exemple, pour être embauché par une Banque, il faut pouvoir témoigner d’une expérience dans l’informatique bancaire, etc. », précise t-elle. « C’est la grosse difficulté », confirme Georges Vaccaro, dirigeant d’AdViabilis, un cabinet toulousain spécialisé dans le recrutement de hauts profils d’ingénieurs informaticiens. « Ceux qui n’ont pas fait de formation aux nouvelles technologies peuvent vite se retrouver exclus. Ce n’est pas l’expérience acquise qui compte, c’est l’expérience acquise dans les technologies requises aujourd’hui », souligne l’ancien directeur régional de Lotus. A l’autre bout, les jeunes, semble t-il, délaissent les études scientifiques et techniques, en particulier les technologies de l’information. « Ils privilégient la finance, le marketing, le management, quand notre métier manque de sens à leurs yeux », regrette Michel Corbarieu, directeur du pôle ingénierie informatique du groupe Akka Technologies et délégué régional du Syntec Informatique. Pour lutter contre ce déficit d'image, le syndicat professionnel des logiciels et services a lancé, il y a un an, « Changeurs de monde ». Cette campagne de communication veut faire valoir un métier passionnant, prodigue en innovations, mais surtout pas une activité solitaire d’adolescents boutonneux. Autre point de vue : « Au contrecoup des années 2001 à 2004, une période noire pour le secteur, s’est ajoutée l’image négative des nouvelles technologies amalgamée à l’éclatement de la bulle Internet », complète Georges Vaccaro. Soulignons par ailleurs quelques particularités du marché actuel de l’emploi du secteur. En premier lieu, la croissance des acteurs de l’informatique « à domicile » est manifeste. On trouve à tous les coins de rue de petites boutiques d’informatique personnelle qui fournissent aussi de services d’assistance. Les entrepreneurs indépendants sont nombreux tandis que des enseignes spécialisées – Bugbusters, PC30, Chronomicro… - poursuivent leur développement. Autre domaine qui recrute fortement des informaticiens : toutes les activités liées au Web grand public. Les agences de création de sites continuent leur progression en effectifs dans un marché devenu mature, tandis que le commerce électronique, sans doute encore plus en croissance, peine parfois à trouver les bonnes compétences. Mais revenons au plus long terme. Car, comme nous l’évoquions dans notre édition du 29 juillet, le off-shore est devenu une réalité substantielle. Des postes sont perdus chez les grands donneurs d’ordre, notamment dans le domaine de la maintenance des applications et des serveurs. A Toulouse, c’est le cas, manifestement, chez Airbus où les sous-traitants réorganisent leurs équipes en bonne parts dans les pays émergents. Ceci étant, les personnes qui ont perdu leur emploi en retrouvent aussi souvent dans de meilleures conditions. Certains d’entre eux sont embauchés par des SSII qui… gérent la délocalisation du projet qui a conduit à leur perte d’emploi ! Jean-Luc Faure, ingénieur commercial chez Logica Toulouse, un groupe largement implanté en Inde, évoque même un renversement des typologies d’équipes locales dans les SSII. « Aujourd’hui, nous comptons environ 20% de consultants pour 80% de développeurs. Mais à moyen terme, on aura vraisemblablement 60 % de consultants ! », estime t-il. Il faut enfin poser la question de l’évolution de la population totale d’informaticiens. Le cabinet Pierre Audoin Conseil, membre de l’ANIF, estime qu’à moyen terme, 14% des postes dans le domaine des logiciels et services seront attribués à l’étranger. Mais avec une croissance annuelle de 6 à 7 % du chiffre d’affaires, les effectifs progressent aussi au même niveau (cf notre article « Les chiffres de l’emploi : un vademecum »). En tous cas pour le moment. Mais les 86% restants seront-ils, en valeur absolue, plus nombreux que les 700 000 informaticiens de France dénombrés à ce jour ? Seul l’avenir le dira. Frédéric Dessort, Mid e-News
|