|
Mieux vaut 2.0 que jamais tu l’auras…
L’intelligence des civilisations peut aussi se mesurer à leur capacité à gérer la différence entre ce qui est technologiquement possible et ce que leur organisation sociale peut assimiler ou supporter. Voilà plus d’un quart de siècle, Coluche résumait ce dilemme en rappelant que personne ne se trouvait « insuffisamment intelligent » (pour rester poli), puisque chacun évaluait son intelligence avec son propre cerveau.
Le « web 2.0 », appellation qui reste sibylline pour la plupart d’entre nous, apporte une formidable démonstration de ce décalage. Il permet à chacun d’enrichir sa réflexion et ses recherches en s’adressant à tous les internautes, sans avoir à faire valider son initiative par quiconque (supérieur, directeur, élu, Etat, etc).
Au fil des ans, cette avancée technologique (car il y a bien des « moteurs » sous le capot !), apparaît bel et bien révolutionnaire, car elle remet en cause un pilier des organisations sociales européennes, dont la française.
Il s’agit de la légitimité des structures en place. Le web 2.0 oblige en effet à valider ce qui paraît pourtant une évidence : aucune entité ne réunit en interne autant d’intelligence(s) qu’il en existe à l’extérieur, que ce soit une entreprise, une collectivité ou une nation. De ce point de vue, le refus d’ouvrir ses travaux à l’extérieur apparaît mécaniquement comme une démarche mortifère.
En ce mois d’octobre 2009, à l’occasion de La Novela, 1ère édition à Toulouse d’un événement dédié aux sciences et aux technologies numériques, les contributions de nombreux observateurs vivant à l’étranger ont permis d’éclairer certains de nos immobilismes sous un jour nouveau.
De nombreux exemples de cette nouvelle forme d’ouverture sont détaillés dans cette édition, mais l’une d’elles mérite une attention particulière. Elle était rapportée par Francis Pisani, journaliste installé depuis près de 15 ans sur la côte ouest des Etats-Unis, près de San Francisco et de la Silicon Valley.
L’anecdote concerne Procter & Gamble, l’un des plus grands industriels au niveau mondial, avec près de 140 000 salariés et environ 5 milliards de clients. Donc, le géant avait demandé à ses équipes de R&D de plancher sur un nouveau shampoing. Les tests étant concluants, il lança la production, mais les premières expéditions brisèrent son élan : les flacons du nouveau shampoing « explosaient » dès que les avions prenaient de l’altitude, ce qu’aucun chercheur de la marque n’avait prévu.
L’industriel aurait pu taire ou minimiser l’incident, résoudre le problème en catimini et reprendre ensuite les expéditions, quitte à retarder la commercialisation de quelques mois.
Au contraire, il a choisi d’exposer son problème au grand jour et d’enclencher un processus « d’innovation ouverte », en sollicitant les contributions des internautes. Quelques heures seulement après avoir lancé cet appel, Procter & Gamble recevait la réponse : il suffisait de pratiquer un micro-trou au sommet des flacons pour que la réaction chimique due à l’altitude n’aboutisse pas à une explosion et que la marchandise soit transportée par avion en toute quiétude.
Que se passerait-il si les entreprises et les collectivités adoptaient la même démarche chaque fois qu’elles rencontrent un problème ? On le saura d’autant plus vite que certains, sur place, comme la mairie de Toulouse elle-même, se sont engagés à le faire.
Midenews
|