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Nous vous parlons d’un temps que les digital natives* ne peuvent pas connaître (ils ne connaissent certainement pas non plus la chanson de Charles Aznavour à laquelle l’expression se réfère). En ces temps qui paraissent lointains, les outils de communication étaient tellement pauvres que l’on en était réduit à se parler, généralement en face à face. La misère, quoi. A la fin de cette ère pré-numérique, donc, le seul moyen de contacter une personne distante était d’utiliser le téléphone « fixe » et de laisser un énième message sur une messagerie toujours pleine. Il faut toujours se souvenir d’où l’on vient…
On pensait avoir trouvé la solution avec les téléphones portables, mais leurs messageries ont également rapidement débordé. C’est alors que l’e-mail est arrivé. Comme ils ont vite été trop nombreux, les expéditeurs ont commencé à demander des accusés de lecture. Cela n’a marché qu’un temps. Désormais, les destinataires répondent systématiquement « non » pour échapper à cette demande intrusive.
Tant et si bien que le meilleur moyen de garder la face lorsqu’on a oublié de délivrer une information importante est de dire : « comment ça tu n’es pas au courant, tu n’as pas reçu mon e-mail ? ». En règle générale, votre interlocuteur semble dans l’embarras, car il ne lit effectivement pas tous ses mails et ignore que vous ne lui avez en fait jamais envoyé. Il suffit alors d’ajouter avec un sourire de complicité : « ce n’est pas grave, tu as dû l’effacer avant de l’avoir lu ; je te le renvoie demain ». Le tour est joué.
Ce préambule étant fait, nous pouvons vous retranscrire un entretien (pas si fictif que ça) entre un directeur général et son responsable commercial, devant la machine à café. Cela se passe en octobre 2009.
Le directeur général : Bonjour, je suis content de vous voir ! Cela fait plus d’un mois que vous êtes rentré de vacances et c’est la première fois que je vous croise alors que nos bureaux sont voisins…
Le directeur commercial : C’est que je suis toujours en clientèle, c’est bon signe ! Un commercial que l’on croise tout le temps dans les couloirs, ça n’annonce rien de bon…
Le directeur général : Oui, oui… Heureusement, il y a les e-mails. J’ai dû vous en envoyer une vingtaine en août. Maintenant que vous avez eu le smart phone que vous vouliez, vous avez dû apprécier ! Je sais que vous vous reposiez, mais j’aurais bien voulu une réponse sur la réorganisation du service commercial.
Le directeur commercial (qui manque de s’étouffer) : Ah oui, sur la réorganisation… Mais c’est que celui-là…
Le directeur général : Comment « celui-là » ? Vous l’avez bien lu ?
Le directeur commercial : C’est-à-dire que j’en ai reçu plus de 1 500, on ne lit pas très bien sur ces gadgets, alors je les dépouille ici, en commençant par les plus récents et… Ce message date de quand ?
Le directeur général : Je vous l’ai envoyé le lendemain de votre départ !
Le directeur commercial : Hou là ! Mais je n’en suis pas là, je ne suis remonté que jusqu’à la mi-août ! Quel était le sujet, précisément ?
Le directeur général : Justement, je voulais avoir votre avis ; c’était au sujet d’un entretien préalable, pour un licenciement…
Le directeur commercial : Un licenciement ? Mais tous les gens de mon équipe font le maximum !
Le directeur général : C’est ce qu’ils m’ont tous répondu par courriel. Et comme vous êtes le seul à ne pas avoir répondu, je pense que l’entretien préalable, ce sera pour vous. Mais ne vous fatiguez pas avec les e-mails ; cette demande là, je vous l’envoie par courrier recommandé… Sinon, il marche bien, ce smart phone ?
Midenews
* En France, on estime que les digital natives sont nés après 1985.
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