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Les TIC et les Entreprises : Réflexions et Perspectives PDF Imprimer Envoyer
Regard sur
Lundi, 06 Février 2006 17:13
I – TIC & Stratégie d'Entreprises

I – 1 Quatre formes pour décrire les relations économiques électroniques

Les TIC peuvent être utilisées dans 4 contextes différents :
• Le B to C : Une entreprise vend à un particulier par internet par exemple. C'est la forme de commrece électronique la plus connue mais pas forcément la plus importante (ex: FNAC.COM, AMAZON etc...)
• Le C to C (ou le P to P) : Des particuliers vendent à d'autres particuliers. C'est le cas d'E-Bay par exemple. Cette forme de commerce électronique connait actuellement un plein boom.
• Le B to A : Les entreprises vendent à des administrations. Cela représente un volume d'affaires important. La réforme récente européenne en matière de marchés publics va encore « doper » cette forme de e-commerce.
• Le B to B : Les entreprises utilisent de manière très importante les TIC dans leurs relations d'affaires. Ce n'est pas la forme de e-commerce la plus connue mais c'est peut-être la plus complexe.

Nous nous intéresserons dans la suite principalement à cette forme de relations d'affaires électroniques : le B to B (ou B2B)

I – 2 : Le rôle stratégique des TIC

Les TIC sont susceptibles de créer des avantages concurrentiels importants, grâce à des améliorations d'efficience, des possibilités de différenciation et enfin en permettant une domination plus forte de certains canaux industriels. La position concurrentielle de l'entreprise peut s'en trouver confortée que ce soit par le biais des pratiques d'affaires s'appuyant sur des ERP (plus ou moins « étendus »), des outils de CRM, de gestion électronique de la Supply Chain...

Des exemples célèbres peuvent être cités à l'appui de ces idées : Dell doit l'amélioration constante des ses processus de production et de distribution aux TICS. Il en est de même pour Wall-Mart et de nombreuses firmes américaines. Mais (et c'est nouveau) les PME/PMI commencent à être sensiblisées à ces problématiques (soit en « defensif » quand elles sont confrontées à des demandes de têtes de réseau, ou en « offensif », quand elles cherchent des sources de différenciation et d'avantages concurrentiels...)


II - L'entreprise étendue

II – 1. Les têtes de réseau

La production industrielle, au niveau mondial, est en pleine expansion. Cependant, des mutations importantes, qui avaient commencé il y a déjà quelques décennies, sont en train de connaître une accélération. Les secteurs industriels sont de plus en plus souvent dominés par des têtes de réseau industriel autour desquels existent une véritable constellation de partenaires amont et aval (sur le modèle des kereitsu par exemple). Il est difficile aujourd'hui de se positionner sur un marché industriel sans être précisement une tête de réseau ou un des membres de ces constellations.

II - 2. Le rôle de la tête de réseau

Or, un phénomène nouveau apparaît : la part de la valeur créée par la tête de réseau (dans le produit final) est décroissante (et cela depuis plus de trente ans). Mais le phénomène réellement novateur est que la part de l'innovation apportée par les têtes de réseau est également décroisssante. Un secteur industriel se présente de plus en plus comme un marché où évoluent quelques très grandes constellations industrielles au centre desquelles on trouve un « soleil », les « planètes » qui gravitent autour, des « lunes » qui gravitent autour de ces planétes etc... On a affaire, de plus en plus, à de véritables « entreprises étendues » structurées autour de leur tête de réseau.


III – Le retour aux valeurs d'antan

III – 1. La lutte et la coopération

Traditionnellement, les entreprises se sont menées des guerres (économiques) tout en tissant éventuellement des alliances (qu'elles pouvaient respecter ou pas).

La recherche de monopole de niche, de position dominante, de relation de pouvoir avec ses partenaires ont toujours été au coeur des préoccupations des entreprises. Les partenaires, au sein d'un réseau industriel, ne disposent pas en général du même niveau d'information. Cela peut être accidentel ou volontaire. L'entreprise qui a un niveau d'information important a un avantage concurrentiel sur l'autre. Ce phénomène est appelé « asymétrie informationnelle ». Cette asymétrie est souvent l'outil essentiel pour asseoir son pouvoir sur l'autre.

L'asymétrie informationnelle a été instrumentalisée pour en faire une arme à utiliser de préference avec ses propres partenaires. Des concepts tels que confiance, collaboration, opportunisme, pouvoir etc... constituent des facteurs clés de succès dans l'économie depuis la nuit des temps.

III – 2 . Le rôle des TIC

Les TIC, au coeur des entreprises, et surtout quand elles interviennent dans le cadre des relations inter-organisationnnelles, sont susceptibles de redonner aux concepts énoncés ci-dessus une « nouvelle jeunesse ». En effet, les asymétries informationnelles sont souvent susceptiblesd'être agravées par l'utilisation des TICs dans les relations d'affaires. Des relations de pouvoir en naissent d'autant plus facilement.

A la demande de certains donneurs d'ordre, les PMI peuvent être incitées à réaliser des investissements importants sur un plan technologique, mais aussi humain, ou en terme de formation, de compétences-clés etc.... Les possibilités de se redéployer vers d'autres partenaires (vers d'autres têtes de réseau ou vers d'autres « planètes » si on est une « lune ») sont parfois très minces. Certains investissements ne leur permettent plus de se tourner vers d'autres partenaires, du moins à des conditions économiques acceptables. Ces PMI se retrouvent alors dans des situations d'otage : les grands donneurs d'ordre sont alors maîtres de leur destinée. Et il est très difficile pour les PMI de sortir de cette impasse (ou de ce véritable « cul de sac » technologique par exemple). Les TIC, par le nouveau langage qu'ils constituent, remettent à l'ordre du jour ces notions. La vie (et la performance) de ces grands réseaux industriels en dépendent largement.


IV. Des logiques différentes

IV. 1. Des logiques différentes se cotoient

L'entreprise moderne se trouve au centre de logiques complétement différentes qui se côtoient :
• Les flux matériels de biens, de matières premières, de produits intermédiaires sont au coeur des préoccupations modernes sur la conduite de l'entreprise par les processus.
• Les flux informationnels précèdent, accompagnent et suivent les flux matériels. Ces flux d'information provoquent même souvent la génération des flux matériels.
• Les flux financiers conduisent les véritables stratégies industrielles : la finance a toujours un rôle prépondérant dans l'économie et la vie des entreprises.

IV – 2 Des logiques qui s'affrontent

Les trois logiques d'entreprises décrites ci-dessus s'oppposent souvent. Mais surtout elles entrent en conflit ouvert avec la stratégie des acteurs publics locaux. En effet, la mobilité et la flexibilité sont les valeurs qui fondent la réussite économique des entreprises. Or, les collectivités territoriales sont sur des logiques diamétralement opposées : ancrées dans le territoire, elles visent une certaine stabilité !

Comment, dans le futur, vont s'articuler ces logiques? Laquelle deviendra prépondérante? Il est important de se poser la question car la clé de la prospective industrielle se trouve peut-être dans la réponse à cette question !!

Rémy JUSTON-COUMAT, Directeur de TERRITECH, Veille économique et sociale
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