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5 ans : le bilan d'une action. Interview d'Edouard Forzy PDF Imprimer Envoyer
Regard sur
Dimanche, 05 Février 2006 21:41
"Un état d'esprit, une addition de bonne volontés, tournés vers le futur"

Née dans la bulle Internet de la fin du siècle dernier, La Mêlée a su sortir de ce cocon éphémère pour devenir un acteur clé du développement des TIC dans le tissu économique de Midi-Pyrénées. Surfant sur le modèle des "First Tuesday" en vogue dans le cybermonde euphorique de l'époque - soirées d'échanges entre start-uppers et investisseurs, autour d'un verre de vin -, mais encore inconnu dans notre région, La Mêlée Numérique a réussi un essai d'entrée de jeu. Le pack de copains qui venait de débarquer sur le terrain encore vague des NTIC toulousaines a tout de suite attiré une foule supporters en manque d'identification. Les sympathies se sont multipliées, les réseaux ont commencé à se constituer.
D'organisateur d'événements, La Mêlée a transformé l'essai en passant au statut d'élément fédérateur, non seulement entre les "pures players" du Web, mais aussi entre eux et les autres acteurs économiques, entreprises de tous secteurs, institutionnels, chercheurs... Et plus généralement, entre tous ceux qui sont convaincus que les info-technologies sont l'une des clés de notre avenir. Du coup, la "bande à Forzy" a élargi son action au monde de l'innovation (création de Mid e- News, transfert d'expériences, valorisation de projets), avec l'appui de partenaires puissants, pour devenir aujourd'hui un acteur à part entière du développement économique régional.
Cette étonnante maturité, acquise en moins de 5 ans, ne lui a pas fait perdre pour autant son âme, son état d'esprit généreux et chaleureux, son goût des "3ème mi-temps" entre copains, autour de son "capitaine", Edouard Forzy. Toujours en 1ère ligne, il nous raconte le parcours de La Mêlée.

Au départ, les TIC et Internet n'étaient pas ton truc, comment en es-tu venu à t'intéresser à cela ?

C'est vrai, j'étais dans le commercial, où j'ai rencontré Stéphane Contrepois, qui était dans la communication (devenu depuis fondateur de PCkado, ndlr) et a suivi la révolution Internet. Il m’a dit viens avec moi, c’est la que se joue l’avenir.

Comment ça a démarré ?

L'idée m'est venue en regardant une émission de Capital sur les "First Tuesday". On a organisé notre première soirée le 26 septembre 2000, avec Stéphane, Delphine Boutin, et les personnes de la société qui nous employait à l’époque, Totem Numérique.
Le directeur de Diagora, Jean François Renac, nous a fait confiance en nous prêtant la place centrale. On avait 15 000 francs en poche amenés par 2 ou 3 copains qui nous ont sponsorisés, dont le Sicoval et Claudine Subra Mazoyer. On attendait 150 personnes, et on a été 450 !
Au début, les gens se regardaient en chien de faïence, puis nos premières "guest star", Jacques Soumeillan d’Access Commerce, et Richard De Puymaurin de 123 Immo, ainsi que le vin de chez Extrawine, ont su amener l’ambiance et les échanges.
Les 3 projets de start-up qui ont été ensuite présentés, ont bien fait rire la salle !
Nous, les organisateurs, on a passé la soirée à déboucher les bouteilles, à passer les plats en carton, et on n’a rien vu... Mais l’ambiance était à l’euphorie à l’époque, c’était génial ! Du coup, on s'est dit qu'on allait remettre ça...

Comment La Mêlée a évolué ensuite ?

L’étape suivante a été malheureusement une étape difficile, puisqu’elle a coïncidé avec deux événements majeurs au niveau mondial et national, le 11 puis le 21 septembre 2001. Cela allait de pair avec l’éclatement de la bulle, à ce moment nous avons du annuler la Mêlée Numérique 4.0 qui devait se dérouler le 10 octobre, car les 2 gros partenaires de la manifestation nous ont lâchés.
A partir de là, après la période de découragement, nous sommes repartis, non plus sur les seules start-up, mais sur l’apport des TIC à la compétitivité des entreprises, à la demande de nos partenaires entreprises, du Sicoval, et de la Région Midi-Pyrénées, qui nous ont demandé d’accentuer ce que nous avions commencé avec le Club Netéconomie d’Albi et la CCI d’Albi, les Mêlées en région.

Quels sont les éléments déterminants qui ont permis à La Mêlée de changer de dimension ?

Plusieurs choses, comme la Mêlée du SITEF, avec la CCI de Toulouse, l’arrivée de partenaires privés forts et fidèles, la naissance de Mid e-News, qui s’est en peu de temps imposée comme un véritable journal économique, un engouement pour nos rencontres, que ce soit à Toulouse, ou en région.
Ce qui a été primordial, c’est l’assurance et le soutien que nous a aussi amené le comité d’orientation que nous avons constitué avec des chefs d’entreprises, des responsables institutionnels et du développement économique. Les associations MPE et ARDESI nous ont aussi permis de nous développer en totale cohérence avec les actions des partenaires publics.
Mais bien sûr, je n'oublie pas les bénévoles, dont la réactivité et l'implication a été tout aussi essentielle.
Beaucoup de succès, parfois quelques échecs, mais une véritable dynamique est née, avec la force de notre groupe.

Aujourd'hui, qu'est-ce que La Mêlée ?

La Mêlée est un concept, plus qu’une structure, c’est un état d’esprit.
Il n’y a pas une, dix ou cent personnes concernées par la Mêlée, il y en a des milliers ! Le point commun entre tous, qu’ils soient les bénévoles, les entrepreneurs, les institutionnels, les chercheurs, les salariés, les journalistes, qui soutiennent ce mouvement, c’est qu’ils s’y retrouvent pour rêver, car ils ont tous la même conviction que le progrès technologique est l’une des clés de notre futur. Et que, quelques soient les structures, les opinions politiques, religieuses ou autres, il est possible dans une mêlée de faire avancer les choses dans le bon sens.
Si en plus ça peut se faire dans la convivialité, alors c’est bonus !

On dit que ça tient un peu de la magie...

Oui, c’est effectivement de la magie ! Je ne comprends toujours pas moi-même pourquoi tous ces gens nous font confiance ?
C’est parfois difficile, mais quand je vois tout ça, je me dis qu’au fond l’Homme n’est pas si mauvais, et que l’addition des bonnes volontés est capable de faire de grandes choses.
Non, la vérité, c’est que j’ai une potion magique !

Quel est ton bilan : les plus, les moins ?

Je suis très satisfait parce que la dynamique est toujours là, la motivation de tous aussi, et la mienne est restée intacte. Le modèle fonctionne, et maintenant nous avons de grands chantiers sur la sensibilisation des PME, sur le soutien aux entreprises du secteur TIC, et que beaucoup de choses sont à faire pour l'aide aux entreprises innovantes de ce système.
Ce que je regrette, c’est que la conscience de l’apport des TIC n’est pas encore très claire pour beaucoup de décideurs, qu’ils soient politiques ou en entreprises... Mais on sent que ça évolue !
Je suis heureux aussi que ce modèle de réseau informel se soit étendu au travers de la création de l’Inter Club d'Entreprises, ou qu’il se soit fait par ailleurs, comme au GAME par exemple.
Ce qui me fait mal, ce sont les incompréhensions, les luttes de chapelles que l’on rencontre, la résistance au changement, les tentatives de manipulation ou de récupération dont on peut être victime. Il y a des projets sur lesquels on a travaillé, ou auxquels nous avons amené une valeur ajoutée, qui ont été récupérés par de plus puissants, sans aucun scrupule... Il serait bien que ces gens nous laissent faire notre boulot, et se concentrent sur le leur.

Quelles sont les personnes qui t'ont le plus marqué pendant ces 5 ans ?

Chez nous, je dirais Carole Maurage, pour sa force de travail et sa conviction, Frédéric Dessort pour sa persévérance sur le difficile projet qu’est Midenews, Cécile Crampes pour sa fidélité, toujours aux manettes du site Web de la Mêlée, malgré les écueils, ou encore Yvan Pinsault...
En externe, j’ai toujours été très admiratif de Jacques Soumeillan, sa réussite, ses échecs et sa capacité à rebondir en gardant sa sérénité. Il y a Michel Paillé, de la CCI d’Albi, qui nous a toujours soutenu, par sa gentillesse autant que par conviction. Ce sont ceux à qui je pense mais il y en a des dizaines qui m'ont chacun nourri et soutenu dans mes convictions profondes.

Propos recueillis par Christian de Montmagner
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