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Il y a moins d'un an, les offres Internet haut-débit pour les particuliers ne dépassaient pas 1 Mbit/s (et même 0,512 Mbit/s le plus souvent). Dégroupage et concurrence aidant, le débit, en hausse, est devenu, au même titre que le prix, en baisse, l'un des arguments favoris des compétiteurs. Les évolutions technologiques du DSL vont accenteur cette tendance profitable au client final. La loi de Moore selon laquelle les performances des circuits intégrés doublent à échéances régulières serait-elle applicable à l'Internet haut-débit ? C'est que l'augmentation de la vitesse de transferts des données sur les réseaux pour le grand public, conjuguée à la baisse du coût d'usage pour le client final, observé depuis plusieurs années au Japon grâce à la compétition vive entre NTT, KDDI et Yahoo BB ! , est également devenue une réalité en Europe en général et en France en particulier. Pourtant, contrairement aux circuits intégrés, les raisons de la limitation des débits n'en étaient pas tant techniques que commerciales. Cette époque est en passe de s'achever. « Grâce au dégroupage, les concurrents de l'opérateur historique (France Telecom), Free, Cegetel et consorts ont dynamisé le marché en proposant des offres très compétitives et novatrices, regroupant accès Internet, téléphonie et télévision », se réjouit Bernard Mahamé de l'ART. Loin de se contenter d'offrir la même chose que France Telecom à l'époque , en ne jouant que sur la variable tarifaire, les opérateurs alternatifs ont au contraire ouvert la voie à des nouveaux usages en exploitant à plein la capacité technique des lignes ADSL. En effet, bien que les offres commerciales ADSL furent limitées jusqu'à récemment encore à 1 Mbit/s ou 2 Mbit/s, les spécifications ADSL première génération stipulent un débit potentiel de 8 Mbit/s. L'éligibilité technique pour prétendre l'atteindre étant fonction de la distance (moins de 3km du DSLAM) et de qualité de la paire de cuivre. « Actuellement, environ deux tiers des clients réunissent les conditions de distance au DSLAM et de qualité de ligne pour avoir un débit IP maximal de l'ordre de 4,5 Mbit/s, ce qui permet de véhiculer une chaîne de TV et une communication visiophonique », assure Jean-Philippe Vanot, directeur exécutif chargé de la division réseaux, opérateurs et système d'information de France Telecom. « Nous offrons à nos abonnés dégroupés la possibilité d'utiliser le débit potentiel maximal de leur ligne – variable selon le lieu et la qualité de cette dernière - , sans que le prix varie. », se félicite Michaël Boukobza, directeur général de Free (groupe Iliad). Une stratégie, baptisée par Free « mode patate » que Gabriel Bouzerdan, directeur des services haut-débit de Cegetel, juge « maline au départ mais non viable sur le long terme, compte tenu des évolutions techniques et des investissements requis pour leur mise en œuvre » . Il n'empêche, France Telecom proposera également son « mode patate » à ses abonnés avant la fin de l'année, complété par une offre de gros aux alternatifs, avant de passer à d'autres techniques DSL. De l'ADSL actuel au VDSL, un débit théorique multiplié par six Les 8 Mbit/s actuels ne constituent en effet pas la limite physique de la paire de cuivre. Car d'autres normes permettent de dépasser allègrement ce palier, moyennant investissements, en agissant soit sur la distance d'éligibilité à débit identique, soit sur le débit disponible à l'origine, par exemple par extension le la bande passante. Toutes ces possibilités font entre autres l'objet des travaux de l'UIT. Après l'ADLS 1 (UIT-G992.1, UIT-G992.2), et son pendant SDSL (symetric digital subscriber line), ont été successivement normalisés l'ADSL 2 (UIT-G992.3, UIT-G992.4), le ReADSL (Rich Extended ADSL), puis l'ADSL2+ (UIT-G992.5) et enfin le VDSL (UIT-G993.1). L'ADSL 2 se distingue de l'ADSL 1 par l'absence de séparateur à la prise abonné, l'amélioration du mode de fonctionnement tout numérique, une meilleure protection contre les brouillage, la prise en charge obligatoire de 8 Mbit/s en voie descendante et 800kbit/s en voie montante, une facilitation de configuration, d'exploitation, de diagnostic et d'initialisation et autres améliorations diverses, une variante de l'ADSL2 baptisée ReADSL offre quant à elle un gain en distance d'environ 10% (+ 300m), grâce à une plus grande énergie dans les basses fréquences entre 25kHz et 200 kHz. Enfin le VDSL, dont les spécifications (approuvées en mai 2004) sont du ressort d'un groupe dédié de l'IUT (FS-VDSL), se caractérise notamment par un débit théorique maximal à l'origine de 50 Mbit/s grâce à une bande passante portée à 12MHz (max). Contrairement à l'ADSL qui fonctionne en mode asymétrique (écart de débit entre voie montante et descendante), le VDSL est configurable aussi bien en mode asymétrique que symétrique ( à l'instar du SDSL déployé pour les services aux entreprises). Cette norme permet donc de répondre à des besoins grand public et professionnels, à condition de rapprocher les DSLAM des prises abonnés, par exemple en les installant au pied des immeubles, la paire de cuivre s'en trouvant dès lors raccourcie et le débit potentiel d'origine disponible jusqu'à l'arrivée. L'ADSL2+, normalisé en mai 2003, se différencie de la précédente mouture (ADSL 2 UIT-G992.4 datant de 2002) par un quasi-doublement de la bande passante (de 1,1 MHz à 2,2MHz, soit 512 sous-porteuses) qui permet ainsi d'augmenter dans des proportions presque identiques le débit disponible à l'origine. Ce dernier peut donc atteindre en théorie 16 Mbit/s en liaison descendante sur une distance inférieure ou égale à 1,5km, après quoi il chute rapidement pour être en gros similaire à celui de l'ADSL de première génération à 3km A cela s'ajoute néanmoins des modifications de nature à améliorer tant le fonctionnement global, que le mode de transports des paquets, ou les diagnostics de ligne, sans compter les économies d'énergie. La France opte pour l'ADSL2+ pour des raisons de coûts En France, France Telecom, suivi par les opérateurs alternatifs, privilégie l'ADSL2+ contrairement à ses homologues belge Belgacom et britannique BT qui ont directement opté pour le VDSL. « Notre choix est une question de rapport qualité /prix », justifie Jean-Philippe Vanot. « Les cartes DSLAM ADSL2+ peuvent être installées dans les mêmes chassis que les version ADSL », complète-il. Cette compatibilité des équipements est également soulignée par Gabriel Bouzerdan « Nos DSLAM supportent aussi bien l'ADSL actuel que l'ADSL2+ », ajoutant au passage que « le VDSL poserait également des problème d'interférences et serait donc plus difficile à mettre en œuvre ». Quant aux investissements requis par abonné, ils seraient au bas-mot inférieurs d'environ 30% dans le cas de l'ADSL2+ comparé au VDSL. La mise en œuvre de l'ADSL2+ est fixée pour 2005. « Toutes les avancées réalisées par France Telecom dans ce domaine nous sont profitables », ajoute Michaël Boukobza, DG de Free, qui néanmoins préfère « attendre pour parler de ce qui existe réellement en termes d'offres plutôt que jouer sur les effets d'annonce en amont ». « Nous nous inscrivons dans le calendrier de l'opérateur historique, 2005, pas avant, pas après », déclare sans surprise Gabriel Bouzerdan qui attend avec impatience l'expérimentation ADSL2+ conjointe entre opérateurs qui doit être organisée à partir de novembre dans un répartiteur, pour compléter les tests concluants en laboratoires. Outre cette technique principalement destinée aux particuliers, France Telecom mettra aussi en œuvre le ReADSL (Rich Extended ADSL, variante de l'ADSL2) grâce auquel la distance d'éligibilité sera étendue d'environ 300 m. Enfin, à l'instar du SDSL multipaire aujourd'hui, « le VDSL sera d'abord réservé aux entreprises, d'abord dans 200 zones d'activités ». Reste une question. Est-ce qu'un débit de 16Mbit/s sera suffisant à long terme – pour proposer par exemple 2 canaux TVHD - , surtout quand d'autres pays, comme le Japon ou la Corée, proposent déjà aux particuliers 45 Mbit/s en ADSL ou 100 Mbit/s en fibre optique (FTTH) à des tarifs guère supérieurs au 1 Mbit/s français et que les usages suivent qui finissent par empêcher tout retour en arrière ? « A court ou moyen terme je pense que plus de débit ne se justifie pas, à long terme je n'en sais rien », répond prudemment Jean-Philippe Vanot. « Il ne faut pas oublier toutes les autres technologies, notamment les normes de compression qui permettent de limiter le besoin en débit IP », tempère Gabriel Bouzerdan. « C'est que pour passer au VDSL ou a fortiori au FTTH, c'est une autre paire de manche », lance un analyste de l'ART. Non seulement en terme de coût par abonné, mais aussi en termes techniques. Car le VDSL, pour être efficace, impose presque l'installation des DSLAM de tous les opérateurs au niveau des sous-répartiteurs, autrement dit le dégroupage de la sous-boucle locale. « Impossible, question de place, d'énergie et autres problèmes techniques et logistiques. On en parlera quand le dégroupage sera complet. Pour le moment, sur les 12 000 répartiteurs, seuls les 1000 premiers intéressent nos concurrents. On n'en est donc pas aux sous-répartiteurs… », répond Jean-Philippe Vanot. Du côté de l'ART, la réponse est moins « tranchée » puisque l'on sait qu'un jour ou l'autre cette question se posera, sans qu'elle soit encore à l'ordre du jour des discussions. La loi de Moore stipule que le doublement des performances des processeurs tel qu'elle le définit durera jusqu'en 2017, date à laquelle il rencontrera des limites physiques. En sera-il de même pour le haut-débit Français pour des raisons physiques et financières ? Karyn Poupée, Journal des Télécoms Le cercle vicieux débit/usages La taille des tuyaux est aux usages du réseau Internet ce que la surface d'un appartement est aux équipements du foyer : plus il y a de place, plus on l'exploite. Autrement dit, quel que soit le potentiel initial, il finit pas être utilisé. Tout retour en arrière devenant ensuite impossible. Les Japonais en savent quelque chose qui lorsqu'ils ont goûté aux joies de l'ADSL à 26 Mbit/s puis désormais 45 Mbit/s ne supportent plus les vitesses inférieures. D'autant que, compétition entre fournisseurs aidant, les prix des offres chutent (moins de 45 euros/mois pour un accès ADSL 45Mbit/s), les FAI étant prêt à encaisser des pertes plusieurs années durant. Yahoo BB ! qui compte pourtant quelque 4,5 millions d'abonnés ADSL (second derrière NTT sur un total de plus de près de 13 millions de lignes DSL) perd de l'argent. Cette course aux débits élevés à bas coûts est en outre attisée par les offres FTTH (fibre optique jusqu'au foyer) à 100 Mbit/s qui connaissent une croissance régulière depuis un an (+90 000 /mois), totalisant 1,5 million d'abonnés au 31 juillet 2004. Le tout étant tiré par un gouvernement qui veut faire du Japon le leader mondial de l'accès haut-débit devant la Corée et les Etats-Unis. Le militantisme multiforme et multisectoriel pour la TVHD et autres applications gourmandes en débit (téléenseignement, télémédecine…) font le reste. KP (à Tokyo)
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