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Musique téléchargée illégalement : phénomène de société ? PDF Imprimer Envoyer
Regard sur
Jeudi, 26 Février 2004 12:25

Remis au devant de la scène ces derniers mois avec le débat sur la LEN (loi sur l’économie numérique), le peer to peer et autres piratages reviennent au cœur du débat Internet. Pour l’année 2003, selon le SNEP (Syndicat National de l’Edition Phonographique), la chute du marché français est, en volume, de 11, 5 %. Un chiffre confirmé dans les grandes enseignes de la région, puisque Claude Filliard, responsable disques et vidéos de la Fnac Wilson Toulouse, estime accuser une baisse de « 10 à 15 % sur les disques, compensée néanmoins par de très bons scores en vidéo, qui permettent d’obtenir une progression de 5 % sur l’ensemble du secteur disques-vidéo en 2003. » Avec cette chute de ventes discographiques conséquente, assistera-t-on à un durcissement, déjà observé aux Etats-Unis, du comportement de l’industrie musicale ?

Répression ou pédagogie ?

La très puissante RIAA (Recording Industry Association of America, qui regroupe la Warner, Sony, BMG, Universal et EMI), est en effet de plus en plus offensive, allant récemment jusqu’à menacer la mère d’une pirate en herbe, Michele Scimeca, d’une amende de 150 000 dollars par œuvre piratée. En France, la LEN prévoit l’annulation de la notion de correspondance privée pour les mails. Les majors pourront donc porter plainte et obliger les fournisseurs d’accès à leur fournir les coordonnées des pirates. Assistera-t-on aux mêmes dérives ? Des initiatives pédagogiques voient néanmoins actuellement le jour : la Sacem, en partenariat avec la filière musicale, a lancé le 25 janvier 2004 le site Promusicfrance.com, « visant à réunir tous les acteurs de la musique pour dire oui à la création, stop au tout gratuit et vive le développement de services de musique en ligne équitables ».
Alors que les hébergeurs travaillent à une charte pour éviter l’obligation de surveillance des sites dans la loi, Philippe Jean, gérant d’Akilao (hébergeur toulousain), explique que le filtrage du contenu web serait une hérésie. « Etre derrière chaque page est impossible. A mon avis, cette loi est plus destinée à responsabiliser les hébergeurs qu’autre chose.»

La Sacem s’interroge et tente de responsabiliser ses partenaires

Qui dit piratage, dit perte de droits d’auteur, pour l’artiste et pour la société qui gère ses droits, la Sacem… Sylvain Lebel, secrétaire adjoint du conseil d’administration de la Sacem, estime qu’il y aurait « 130 millions de fichiers illégaux transitant chaque jour sur le net » (la lettre de la Sacem, janvier 04). Jean-Claude Odetto, responsable juridique de la Sacem Toulouse précise qu’ « il n’y a pas encore de chiffres en région, concernant les pertes pour les créateurs. Pour ce qui est de la production, en Midi-Pyrénées, il n’y a que des petits pressages. Ce sont les multinationales basées à Paris qui sont percutées de plein fouet. » Au sujet de la lutte contre le piratage, Bernard Miyet, président de la Sacem, répond aux internautes (site de la Sacem, 20 juin 2003) : « la meilleure solution serait d'avoir des systèmes de filtrage permettant de reconnaître et de laisser passer les oeuvres légalement autorisées, sans attenter à la vie privée ou au secret de la correspondance. Cela impose que tous les partenaires, notamment les opérateurs télécoms et les fournisseurs d'accès prennent leur part de responsabilité. »

Une solution : ajouter de la valeur aux téléchargements payants

Au final, faut-il diaboliser le piratage ou s’en servir ? Daniel Kaplan, délégué général de la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération), est persuadé qu’il vaut mieux se servir des nouvelles habitudes des consommateurs, en offrant une valeur ajoutée aux téléchargements payants, plutôt que d’appliquer une répression qui ne réglera jamais le problème. « Pour l’industrie musicale, cette approche pourrait se concrétiser de plusieurs manières : en commercialisant des forfaits sans limite d’usage ; en facilitant l’accès au fond de catalogue (inaccessible dans les bacs) et la découverte de titres méconnus ; en vendant des performances autant que des enregistrements ; en personnalisant des playlists ; en travaillant de manière proactive sur les goûts des consommateurs ; en travaillant la qualité et l’accompagnement du support physique (voir le succès des DVD) ; en faisant des fans leurs ambassadeurs sur les réseaux, en valorisant l’échange et la communauté entre amateurs de musique ; en monétisant auprès d’annonceurs le trafic sur leurs sites et services de musique en ligne ; en gérant le contexte de lecture et de réception de la musique (seul ou en famille, à la maison ou en mobilité...) ; en produisant des compilations à la demande ; en faisant le DJ pour des fêtes... – la liste est loin d’être épuisée. Sans même aller jusque là, le succès confirmé d’iTunes d’Apple est une illustration de la valeur perçue, et admise, du service et même de l’intermédiation. » (site de la Fing)
Avec 35 millions de titres vendus en 9 mois (à 99 centimes d'euro hors taxes), le principe iTunes Music Store est en effet un vrai succès et devrait bientôt voir le jour sous Windows. Dell et Microsoft se penchent sur des modèles identiques. En France, les résultats d’Universal, de Virgin Mega, et de DigiFnac sont éloquents et montrent de réelles perspectives : 30 à 40 000 titres vendus par mois. Cet été, la Fnac compte même accompagner l’ouverture d’un nouveau site de téléchargements payants (dont le nom prévu est, pour le moment, Fnac Musiq) de « démonstrations de téléchargements en magasin », indique Claude Filliard.

Le CD n’est pas encore mort

Des systèmes qui, en tout cas, ne tueront certainement pas le CD de sitôt. Car tout le monde est-il prêt à dématérialiser la musique ?
Jean-Pierre Mader, pour sa part, y reste attaché. « J’aime avoir la pochette. Sur celle des White Stripes, tu apprends qu’ils ont enregistrés en 8 pistes, qu’il n’y a pas d’ordinateur… Je préfère payer trois fois plus cher et avoir l’album, avec les photos…
Pour rien au monde je ne téléchargerais le disque de Radiohead, il me tarde d’aller l’acheter en magasin. Peut être que pour des choses fonctionnelles, comme de la musique d’ambiance, le téléchargement est une bonne chose. Vous faites une fête tango, vous téléchargez de la musique tango… Mais pour rien au monde, je n’aimerais avoir les Beatles téléchargés !
Et puis, je trouve que le MP3 ne sonne pas bien, pour moi, c’est la même différence qu’entre la cassette VHS et le DVD… »

Jérôme Boloch , MID e-NEWS
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